50 ans après, l’écrasement du Printemps reste un sujet de tension entre Prague et Moscou

13-06-2019

Dans deux mois sera marqué le 51è anniversaire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de l’URSS et de plusieurs autres pays du Pacte de Varsovie. Plus d’un demi-siècle après, l’écrasement du Printemps de Prague reste un traumatisme et un sujet sensible dans les relations tchéco-russes. En cette fin de printemps 2019, c’est une nouvelle initiative législative au parlement russe qui suscite de vives réactions à Prague.

Photo: CIA, Flickr, public domainPhoto: CIA, Flickr, public domain

Des députés envisagent de faire adopter par la Douma une nouvelle loi selon laquelle les troupes soviétiques ayant participé à l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968 avaient agi pour contrer un « coup d’Etat ». Le projet prévoit également de donner aux soldats participants le statut d’anciens combattants.

Youri Sinielchikov est un des députés russes à l’origine de cette proposition de loi. Il est lui-même un ancien soldat qui a participé à l’opération « Danube » de 1968, une opération efficace et rondement mené selon lui – pas une occupation:

« Nous nous préparions à un affrontement avec l’OTAN. On était armés jusqu’aux dents, chacun de nous avait une mitraillette avec deux chargeurs et des grenades »

Une initiative similaire avait échoué en 2016 à la Douma ; les parlementaires tchèques n’ont pas attendu le vote concernant la nouvelle version pour réagir. La chambre des députés a officiellement protesté en indiquant qu’il s’agissait d’ « une abjecte tentative de légitimation de l’occupation ».

« Ce qu’il s’est passé en 1968 était une violation du droit international, il s’agissait d’une occupation », explique Marian Jurečka (KDU-ČSL), l’un des co-auteurs de la résolution adoptée par la Chambre basse.

Pavel Fischer, photo: Archives de Radio PraguePavel Fischer, photo: Archives de Radio Prague Même son de cloche du côté des sénateurs tchèques, qui considèrent que cette nouvelle loi serait une violation du traité tchéco-russe signé en 1993, dans lequel il est bien question d’occupation.

Pavel Fischer préside la commission du Sénat pour les affaires étrangères. Il fait le lien entre cette dernière initiative à Moscou et la politique étrangère actuelle de la Russie.

« Non seulement la Russie occupe mais elle s’efforce également de réécrire l’histoire et de faire en sorte de légitimer ses occupations passées, comme elle le fait dans le cas de la Tchécoslovaquie notamment. »

Le président de la République Miloš Zeman a lui aussi exprimé son désaccord par l’intermédiare de son porte-parole ; le chef de l’Etat a convoqué à ce sujet l’ambassadeur russe ce jeudi - preuve qu’il s’agit d’un sujet très sensible à Prague.

A Bratislava aussi : quelques jours avant sa prise de fonction officielle, la présidente élue de la Slovaquie Zuzana Čaputová a déclaré : « cette intention de légitimer de quelque manière que ce soit l’invasion des armées russes me semble tout à fait inacceptable. »

Il y a trois ans, un documentaire historique russe comparant l’invasion à une aide fraternelle avait également suscité de vives réactions chez les Tchèques et les Slovaques (https://rozhl.as/3yM).

13-06-2019