20 ans dans l’OTAN : « Les Tchèques ont déjà connu des menaces hybrides en 1968 »

Comment l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord a-t-elle changé depuis son élargissement en 1999 et quels sont les défis que la Tchéquie affronte en son sein aux côtés des autres pays membres ? Pour en parler, Radio Prague a invité dans ses studios deux hommes probablement les mieux placés pour répondre à ce genre de questions, à savoir l’ambassadeur tchèque auprès de l’OTAN, Jiří Šedivý, et l’ancien président du Comité militaire de l’Alliance, Petr Pavel.

Photo: Utenriksdept via Foter.com / CC BY-NDPhoto: Utenriksdept via Foter.com / CC BY-ND « L’année 2019 n’est pas une année plus calme en termes de sécurité, nous constatons, au contraire, que la situation sécuritaire devient de plus en plus compliquée. Les menaces qui émergent sont plus nombreuses et plus variées qu’auparavant. L’appartenance à l’OTAN garantit notre sécurité et nous avons besoin de cette sécurité en 2019 comme avant », constate Petr Pavel qui a présidé, entre 2015 et 2018, le Comité militaire de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Pour la première fois, un ressortissant d'un ancien pays du bloc communiste se trouvait à la tête de la plus haute instance militaire de l’OTAN.

Elargie depuis 2004 à une dizaine d’Etats, dont les pays baltes et des Balkans, l’Alliance atlantique n’a pourtant rien perdu de sa capacité d’action, estime Petr Pavel :

Petr Pavel, photo: Onřej TOmšůPetr Pavel, photo: Onřej TOmšů « Même si l’Alliance s’est élargie aux 29 pays membres actuels, elle dispose de mécanismes suffisamment souples pour réagir de manière rapide et efficace. (…) Par exemple, en cas d’attaque à la roquette inattendue, l’OTAN pourrait réagir immédiatement sans que les diplomates ou les militaires représentants les 29 Etats membres soient obligés de se réunir au préalable et de donner leur consentement à une réponse adéquate. »

Ambassadeur tchèque au sein de l’OTAN, Jiří Šedivý estime que l’organisation militaire qui relie l’Europe aux Etats-Unis est en constante évolution depuis la fin de la guerre froide. Son principal enjeu est aujourd’hui de lutter contre les pratiques de guerre hybride. On écoute Jiří Šedivý :

Jiří Šedivý, photo: Archives de  MZV ČRJiří Šedivý, photo: Archives de MZV ČR « Dans les années 1990, l’OTAN s’est transformée : elle est passée d’une formation de défense puissante et statique à une organisation capable d’envoyer ses soldats à l’étranger, de lancer des opérations d’expédition, auxquelles la République tchèque a elle aussi participé. Nous avons appris à collaborer avec la société civile, à mettre en place des projets de développement. Depuis l’annexion russe de la Crimée en 2014, la stratégie de l’OTAN a de nouveau changé : elle est marquée par un retour à la politique de défense collective. »

« Plus particulièrement, nous sommes très préoccupés par la cyber-sécurité qui réagit aux pratiques de guerre hybride, c’est-à-dire à la désinformation, à la propagande, à toutes ces activités non-militaires. A présent, nous ne disons plus que l’OTAN traverse un processus de transformation, mais d’adaptation. Cette période d’adaptation aux nouvelles menaces a commencé justement par la crise en Ukraine. »

Pour Jiří Šedivý, l’appartenance d’un pays de taille moyenne telle que le République tchèque à une structure de défense collective reste une question de survie, sachant que le pays a déjà fait l’expérience d’une guerre hybride au cours de son histoire :

« Cette méthode de lutte hybride, appliquée par la Russie en Crimée, est basée sur le déploiement de forces paramilitaires, secrètes, sur une forte propagande et des activités clandestines. C’est une réalité à laquelle nous nous préparons, mais qui, en même temps nous est assez familière : une opération hybride a été lancée par l’Union soviétique dans l’ancienne Tchécoslovaquie dans les semaines qui ont précédé l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie dans le pays, en août 1968. »