Les Tchèques face à la hausse des prix

30-05-2008

Depuis le début de l’année, les prix ont sensiblement augmenté en République tchèque, comme ailleurs en Europe. Les salaires quant à eux ne suivent pas cette augmentation. La situation est-elle plus sensible qu’en France ? Comment les Tchèques vivent cette augmentation au quotidien ? C’est ce que nous voyons aujourd’hui.

Le touriste occidental en visite à Prague est souvent étonné du nombre de voitures de qualité, garées dans les rues. Mais derrière une vitrine impeccable, la réalité est un peu moins rutilante. Le salaire moyen en République tchèque tourne autour de 21 000 couronnes brut, soit environ 16 000 Kc net. Ce qui nous donne 637 euros net par mois, un revenu qui ne représente même pas 30 % du salaire moyen français (environ 1 842 euros net par mois), avec pourtant des prix identiques voire supérieurs pour certains biens, comme on le verra.

La situation est d’autant plus délicate que, comme partout en Europe, les prix augmentent, y compris pour les postes les plus quotidiens comme la nourriture, l’électricité ou le pétrole. Mauvaise conjoncture mondiale, réformes gouvernementales sur la TVA, alignement progressif sur l’euro, tout concourt à faire de l’augmentation des prix un phénomène à long terme. Seule contre-partie réelle pour l’instant : une couronne forte mais cela n’est avantageux que le temps de vacances à l’étranger !

Quand les Tchèques ne cumulent pas les boulots, ce sont les heures supplémentaires, on le sait. Et ils doivent parfois développer des techniques d’ingéniosité pour joindre les deux bouts. Exemple d’une famille de 2 enfants, à Holesovice. La maman ne travaille pas car les enfants sont en bas âge et le salaire du papa est d’environ 15 000 Kc net, soit 600 euros, à peu près la moitié d’un SMIC français. Et pourtant, tant bien que mal, ils font marcher la barque et sans s’endetter.

Et puis il y a des stratégies de base, qui sont les mêmes partout, à commencer par ne pas faire toutes ses courses au même endroit. Une solution plus simple et non moins sage, nous écoutons Anna, 20 ans et employée dans une compagnie aérienne : «je m’efforce de choisir les produits mais j’essaie aussi d’aller dans les supermarchés où les prix sont les moins élevés.»

Savoir constituer son panier est essentiel en République tchèque. Différence notable, par rapport à la France - c’est à vrai dire l’inverse total - la viande est, en République tchèque, moins chère chez le boucher qu’au supermarché et, on s’en doute, bien meilleure. L’exact inverse de la France. Manger bien et moins cher est donc, comme partout, possible. Il n’empêche, le papa dont nous parlions s’est résigné à ne déjeuner à midi que du pain, pendant quelques mois !

Ce genre d’exemple vient malheureusement confirmer une étude récente de l’Union européenne, selon laquelle 20 % des Tchèques ne pourraient pas se permettre un repas au restaurant. Il ne s’agit pas de faire de misérabilisme mais il ne faudrait pas non plus penser que la croissance bénéficie à tous de la même manière !

Ce sont les réformes des finances publiques, prises au début de l’année par le gouvernement, qui ont poussé l’inflation à son plus haut niveau depuis 1998. La hausse de la taxe sur la TVA a entraîné une augmentation des denrées alimentaires, du transport et de l’hôtellerie. Ainsi, des produits de base comme les fruits et légumes ont augmenté de 5 à 6 %. Quand on sait que ces produits sont autant un facteur d’alimentation que de santé, on peut se demander si le problème ne devient pas de santé publique. Augmentation significative et également observable pour le pain (plus de 20 % !), le beurre, les œufs et le lait. Bien sûr, on n’en est pas au phénomène du Beurre-Œuf-Fromage de l’occupation allemande mais la situation pourrait devenir gênante. La bière elle ne connaît pas d’augmentation sensible !

Nous nous sommes rendus dans un hypermarché, à Prague 5, légèrement en périphérie de Prague, afin de prendre la température fiduciaire sur quelques produits de base.

Dans un supermarché de quartier, des ménagères qui viennent faire leur course et de nombreux employés des compagnies situées autour. Ils préfèrent souvent se constituer leur repas ici plutôt que d’aller au restaurant, dont l’offre se limite à des hamburgers ou des pizzas. Mais cela revient-il vraiment moins cher ? voyons les prix… La baguette est à 23 Kc, soit 0,92 euros. C’est à peu de choses près le même prix qu’à Paris ! 1 kg de tomates coûte 30 Kc, soit 1,20 euros. En France, le kilo revient à 2 euros, c’est plus cher mais le rapport qualité-prix resre à peu près le même. Le kilo de pomme Granny Smith est à 50 Kc, soit 2 euros, c’est sensiblement le même prix qu’en France !»

Nous retrouvons Anna. Son petit ami est français et elle nous livre une observation éloquente : «si on va au restaurant à Paris, bien sûr, c’est cher, horrible ! Mais si on va dans un supermarché, on trouve des produits parfois nettement moins chers qu’à Prague. Je pense que ce n’est pas trop difficile de trouver en France des endroits où acheter des produits de qualité et pas trop onéreux. Si l’on aime cuisiner, c’est idéal mais de toute façon cela reste dur de comparer vu les différences de salaires ».

Autrement dit, proportionnellement au salaire et hormis les restautants, on peut manger mieux et moins cher en France qu’en République tchèque ! Anecdote en forme de clin d’œil, Anna nous a avoué consacrer 40 % de son budget à la nourriture, ce qui n’est pas commun ! Son péché mignon : les restaurants justement...

Nous sommes actuellement dans une situation conjoncturelle qui voit une augmentation des prix partout en Europe et au-delà. Ce phénomène n’affecte pas que le pouvoir d’achat, mais aussi la consommation et donc la croissance. Il pourrait aussi entraîner des dépenses imprévues pour le budget d’Etat.

30-05-2008