Les multinationales basées à Prague sont touchées par la crise économique

17-10-2008

Officiellement, la crise financière n’a pas encore touché directement la République tchèque : aucune fermeture de banques n’a été annoncée. Pas de crise financière donc mais déjà l’ombre d’un ralentissement économique, lié au risque de récession à l’ouest. Et déjà, dans les multinationales installées à Prague, l’heure est à la réduction des coûts. Leurs sièges se trouvent en effet dans les pays situés en première ligne ; la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis. Or, ces mastodontes que sont Exxon Mobile ou Accenture, pour ne citer qu’eux, sont de grosses pourvoyeuses d’emploi en République tchèque.

Nous sommes dans les services partagés d’une grande compagnie étrangère basée à Prague. Le 8 octobre dernier, soit quelques semaines après le début de la crise financière, les 300 employés reçoivent un e-mail du management, au titre très clair : « Mesures de réduction des coûts applicables immédiatement ». Le préambule annonce la couleur : « Nous souhaitons conserver notre marge et nos bénéfices ».

Une semaine plus tard, une réunion d’informations est organisée avec l’ensemble des employés pour faire le plein. A vrai dire, ce genre de meeting général est fréquent mais cette fois-ci, contexte oblige, il y a beaucoup plus de monde que d’habitude. En fait, il y a même la queue, du jamais vu pour une réunion ici. On va en effet parler des mesures consécutives à la crise et une légère tension est palpable dans l’assistance. Les visages sont fermés et les propos des intervenants assez vagues…

On annonce que l’activité a baissé depuis le début de la crise financière. L’attente est pour l’instant de mise et les mesures annoncées, temporaires, puisqu’elles valent jusqu’à mars 2009. A cette date, un réexamen de la situation devrait avoir lieu. Point important, les salaires ne seront pas touchés, on respire dans l’assistance. Cependant rien sur le gel éventuel des augmentations...

En fait l’essentiel a déjà été dit sur une émission de la télévision-web interne de l’entreprise, sous forme d’un débat entre les salariés de la maison-mère et le comité directeur. La volonté de transparence est évidente et le message simple : nous réduisons les coûts et nous espérons ne pas avoir à réduire les effectifs dans le futur. « La vérité, précise le comité directeur, c’est que nous dépendons des actionnaires et que ces derniers ne s’intéressent qu’au chiffre d’affaires ».

Par quelles mesures cette réduction se traduit-elle concrètement ? Gel des embauches et non remplacement des postes vacants pour tout accord antérieur au 7 octobre, relocalisation des effectifs afin d’optimiser l’utilisation de la masse salariale. Plus que jamais, efficacité est le maître-mot. Les bourses ont beau repartir à la hausse suite au plan de sauvetage financier européen et américain, l’heure est plus à l’anticipation qu’à l’optimisme.

Lors de ce débat télévisé, les dirigeants de l’entreprise annoncent une politique plus drastique concernant les dépenses des consultants et des employés. Le dîner à 150 000 euros de la banque Fortis est encore dans les esprits. Et on le dit franchement ici, il y a eu des abus dans le passé, ils ne doivent pas se reproduire. C’est dit, sauf dans le cas d’un travail clientèle, les déplacements au compte de la société doivent être réduits au strict minimum. Une remise en ordre qui voit déjà un respect plus systématique des procédures de plafond.

Autre coupes budgétaires prévues dans les investissements informatiques et les voitures de fonction. Dans les locaux pragois, les bouteilles d’eau, jusque là en libre disposition, ont d’ailleurs été remplacées par des fontaines à eau, plus économiques. Les employés ont un moment craint qu’on leur sucre le café mais ce n’était qu’une rumeur !

Le comité directeur sollicite même ses employés pour trouver un moyen d’économiser les coups de production ! Et le directeur de clore la réunion par une allégorie explicite : « Il est plus facile de mincir quand on est gros que quand on est mince... ».

Nous avons souhaité interviewer des employés de cette compagnie, mais personne n’a voulu nous répondre, malgré l’anonymat. Souci de prudence dans une conjoncture apparemment plus serrée ? Nous avons en revanche pu joindre Mariana, qui travaille comme consultante pour une compagnie américaine installée à Prague.

Voyez-vous déjà les conséquences de la crise financière au sein de votre entreprise ?

" Oui absolument. Il y a environ un mois, les investissements importants ont été stoppés. De même, des projets entamés ont dû être arrêtés ou repoussés jusqu’à une date indéterminée. Concernant les augmentations de salaire, nous n’avons aucune information. Le management veut prendre des précautions et anticiper un maximum. Il est possible que le budget revienne à la normale, mais à condition que la crise économique ne prenne pas plus d’ampleur. On fixe actuellement les budgets et la tension est dans l’air, cela se ressent au niveau de l’atmosphère. "

Une campagne de communication a-t-elle été effectuée pour sensibiliser les employés ?

" Bien sûr, il faut communiquer, mais il faut également veiller à ne pas devenir alarmiste. Je crois que les dirigeants ne veulent pas effrayer les employés sur leurs perspectives d’évolution, car ils craignent de les voir partir. La direction a évoqué la crise mais, comme je l’ai dit, nous n’avons rien entendu à propos des augmentations de salaire, qui ont pourtant lieu à chaque début d’année, donc bientôt. Personne ne veut en parler. Concernant la transparence de la communication, je dirais donc : oui et non. "

D’après vous, le marché du travail à Prague est-il pour l’instant touché ?

" Je dirais que non, surtout à Prague, où le taux de chomâge reste faible, malgré la crise. Il suffit de consulter les sites Internet des agences de recrutement pour s’en apercevoir. "

Comment vos collègues ou vos proches perçoivent la menace d’un ralentissement économique ? En parlez-vous parfois avec eux ?

" Oui, certains de mes amis s’apprêtaient à prendre un crédit pour acheter un appartement, mais ils se sont ravisés. Ils préfèrent attendre de voir comment le marché immobilier va évoluer. Mais c’est plus au niveau de l’emploi qu’on commence ici à se poser des questions, surtout dans les secteurs de la finance et de l’immobilier. "

17-10-2008