L’Education nationale pour les Français vivant à Prague est-elle un luxe ?

13-06-2008

Selon une loi récente, depuis septembre 2007, les frais de scolarité pour les Français vivant à l’étranger sont devenus gratuits. Mais uniquement, pour l’instant, aux élèves de Terminale et, courant 2008, aux élèves de Première. Derrière une évolution latente, une situation qui ne change pas assez vite pour les Français à l’étranger. Qu’en est-il à Prague ?

Les seules conditions pour bénéficier de la loi de gratuité sont d’être Français et bien sûr résident dans le pays où la scolarisation doit avoir lieu. Si des informations sont demandées sur les revenus familiaux, ils sont confidentiels et ne doivent pas être justifiés par des documents officiels. Par ailleurs, les familles ayant déjà payé des frais de scolarité de Terminale seront intégralement remboursés.

D’un côté, cette nouvelle loi augure des réels progrès et brise un tabou auquel aucun gouvernement ne s’était encore attaqué. C’est comme s’il y avait un droit à deux vitesses, la gratuité de l’enseignement dans les écoles primaires étant tout de même, rappelons-le, un droit citoyen depuis 1881 en France ! Une évolution de la situation des Français de l’étranger est donc en cours.

Mais pour les parents d’élèves dont les enfants sont scolarisés pour des classes antérieures à la Terminale – et ils sont majoritaires – cela ressemble un peu à de la poudre aux yeux. La gratuité au reste des cycles, dans un ordre décroissant, devrait être lente et très progressive...

Coût de la scolarité au lycée français de Prague. Pour des Français, les prix à l’année tels qu’ils apparaissent sur le site du lycée, vont de 111 500 Kc (4 600 euros) en maternelle à 183 000 Kc (7 500 euros) pour le second cycle du secondaire. A quoi il faut ajouter 11 500 Kc (480 euros) de frais d’inscription mais également les épreuves du Brevet et du Bac, payantes. Inutile de préciser que ce n’est pas pour tout le monde ! Ces prix sont moins élevés pour les Tchèques et plus élevés pour les étrangers non-francophones.

Vladan a 20 ans et il vit à Prague. Il a étudié au lycée français où il a passé son bac. Il n’est pas Français mais d’origine bulgare et de nationalité canadienne. Pourtant son français est absolument sans accent, côté magique du lycée français.

« Le lycée français de Prague est rattaché à l’Académie de Strasbourg. Toutes nos vacances et tous nos examens ont lieu en même temps qu’à Strasbourg, c’est tout à fait similaire au système français. C’est tout simplement une formation française, il n’y a aucune différence ».

Et cette formation, Vladan continue d’en profiter : « Le français me sert directement dans ma vie professionnelle puisque je travaille actuellement au sein du département français dans une multinationale allemande. J’y utilise le Français quotidiennement. »

Quand on aborde le thème du coût de la scolarité, le tableau est un peu moins rose : « Le coût de la scolarité représente le côté négatif du lycée. C’est un très bon lycée et le programme français offre de nombreux avantages mais c’est cher pour certains étudiants. L’année revenait à 6 000 euros, ce qui est sans doute trop. Mes parents ont par exemple traversé une période difficile financièrement et ils n’arrivaient plus à payer le lycée. »

Heureusement pour Vladan, cela s’est ensuite arrangé. Parmi les Français, la plupart sont des enfants de parents expatriés, au sens strict du terme, c’est-à-dire envoyés en République tchèque par leur entreprise. Les conditions financières sont-elles également durement ressenties par ces familles ?

« Je crois que 50 % des élèves du lycée français sont français, le reste étant, en gros, tchèque. De nombreuses familles tchèques inscrivent leur enfant au lycée français. Les parents expatriés ne se plaignaient pas du coût de la scolarité. En effet, les sociétés pour lesquels ils travaillaient prenaient ces frais à leur charge et il n’y avait donc pas de problème de ce côté-là. »

Le prix n’est donc pas prohibitif pour tous mais il le reste pour certains et cela peut aussi concerner des Français qui ne sont pas liés à une entreprise en France mais qui auraient un emploi local ou une entreprise. Enfin, pour certains Tchèques, le prix de la scolarité au lycée français est trop élevé.

Et ce alors même que la formation qui y est dispensée constitue, pour certains, un sérieux atout professionnel. On peut évoquer ici Míša, qui a le même âge que Vladan et qui, comme lui, a été scolarisée au lycée français de Prague. Elle a su utiliser sa bonne connaissance des mentalités et de la langue françaises et est aujourd’hui chef de projet Junior à Saint-Gobain Prague, où elle travaille chaque jour avec un management français.

Nous donnons le mot de la fin à Vladan, pour savoir ce que, selon lui, le lycée français pouvait apporter en terme d’atouts personnels et professionnels ? « C’est un système assez polyvalent, qui pousse les étudiants à réfléchir. C’est pour cette raison que j’envisagerais peut-être un jour d’aller étudier en France. »

« Je dirais que les systèmes d’enseignement tchèques et français ont chacun leur bon côté. En tout cas, aucun n’est plus facile ou difficile que l’autre. En France, une créativité un peu plus grande est peut-être offerte aux étudiants, un enrichissement personnel est également plus mis en avant. Au passage, j’ai passé un bac littéraire et j’en garde un très bon souvenir. En un mot, le système français est plus axé sur la liberté d’esprit, ce qui me plaît. »

13-06-2008