La libéralisation totale du marché du travail de l'UE n'est pas pour tout de suite

30-01-2009

La libéralisation totale du marché du travail de l’Union européenne est un des objectifs de la présidence tchèque, qui souhaite que toutes les restrictions à la mobilité géographique des travailleurs soient levées. Mais l’objectif, dans un contexte de crise, semble difficilement atteignable. Une réunion informelle sur le sujet rassemblait la semaine dernière les 27 ministres de l’Emploi de l'UE à Luhačovice en République tchèque.

Mirek Topolánek et Werner Faymann, photo: CTKMirek Topolánek et Werner Faymann, photo: CTK Un Autrichien peut travailler librement en République tchèque mais un Tchèque a besoin d’un permis spécial pour pouvoir travailler en Autriche. Le chancelier autrichien Werner Faymann l’a répété à Prague cette semaine : Vienne va sûrement prolonger au maximum la période de transition permise par la Commission européenne, c’est à dire jusqu’à 2011 pour les ressortissants des pays comme la RT qui ont adhéré à l'Union en 2004.

Quatre pays - Allemagne, Autriche, Belgique et Danemark - maintiennent toujours des restrictions sur leur marché du travail pour les citoyens des pays entrés dans l’Union en 2004, et une dizaine d’Etats en tout ont maintenu des restrictions pour les ressortissants des deux derniers pays à avoir intégré l’UE, la Bulgarie et la Roumanie.

Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne Pour sa présidence de l’UE, le gouvernement tchèque a choisi comme slogan « l’Europe sans barrières » et souhaite que cette barrière qui limite la libre circulation de la main d’œuvre soit levée partout, crise ou pas crise. Un avis partagé par le commissaire européen et ancien premier ministre tchèque Vladimír Špidla :

« Il faut dire clairement que la crise ne peut pas être un prétexte pour éviter la libre circulation des travailleurs. »

Pourtant la crise est là et la hausse du chômage fait peur. La Belgique est un des pays qui n’a pas encore ouvert son marché du travail à tous les citoyens de l’UE. Joëlle Milquet est la ministre belge de l’Emploi :

« Pour nous comme pour d’autres, dans une période de crise économique où on a un très grand nombre de chômeurs, il est normal qu’on essaie d’abord de faire travailler nos chômeurs avant d’ouvrir trop largement à une main d’œuvre d’origine étrangère. Ça peut paraître un peu protectionniste vu de l’extérieur mais comme ministre belge de l’Emploi, je dois d’abord faire travailler les chômeurs belges dans la mesure où on peut encore le faire... On est prêt à ouvrir les frontières, pour peu qu’on résolve en tout cas quelques problèmes, notamment ce qu’on appelle chez nous la problématique de la responsabilité solidaire. Parce que nous ne voulons pas arriver à du dumping social et nous voulons, si c’est le cas, renforcer vraiment les contrôles et les obligations des entreprises qui sous-traitent à des entreprises d’origine étrangère, européenne, avec énormément de main d’œuvre venant de l’extérieur. Parce que ce à quoi on assiste pour le moment, c’est souvent à du dumping social et parfois à certaines fraudes sociales. On doit éviter ça évidemment. »

Alors que va faire la Belgique sur la question? Est-ce qu’on sait concrètement comment ça va se passer en Belgique pour les travailleurs des pays nouvellement entrés dans l’UE ?

« Chez nous en Belgique, on a un gouvernement de cinq partis qui ne sont pas d’accord sur ce point. On a toujours considéré que la décision sur l’ouverture des frontières était liée à un grand accord que nous devons conclure sur l’asile et l’immigration. Tant que cet accord n’est pas là il n’y aura pas d’ouverture des frontières. Donc on est dans un contexte politique un peu plus général par rapport à cette problématique... Mais le jour où on a un compromis qui touche à la fois la problématique des sans-papiers, la régularisation par le travail, la naturalisation etc., on pourra alors résoudre le problème des obstacles à l’arrivée des derniers Etats-membres. Mais c’est vrai que la crise économique ne facilite pas le débat. Parce que si nous nous retrouvons face à un nombre encore plus important de chômeurs, nous n’aurons pas toujours le consensus social pour dire d’aller ouvrir à une main d’œuvre très souvent non qualifiée alors que nous devons résoudre le problème aussi chez nous. Maintenant, il y a déjà énormément de travailleurs des pays de l’Est en Belgique, il y en a vraiment beaucoup. Jusqu’à présent on en est là, mais on peut ouvrir les frontières assez largement si on a un accord général. »

Malgré la période difficile qui s’annonce, l’eurocommissaire tchèque Vladimír Špidla veut rester optimiste :

« A l’époque où la Commission a commencé son travail, il y avait trois pays qui avaient leur marché du travail ouvert. Aujourd’hui, on en est à 23. »

Mais il y a une dizaine de pays qui limitent toujours l’accès de leur marché du travail aux citoyens bulgares et roumains...

« Oui, c’est un fait, mais pour les citoyens des pays entrés dans l’UE en 2004, il n’en reste que quatre. Je pense qu’on va progresser, je n’ai pas de doutes, à la fin on obtiendra la libre circulation... »

La libéralisation du marché du travail européen devrait donc finir par être totale, mais cela devrait prendre encore du temps. Les restrictions ne peuvent être maintenues que jusqu’en 2011, et jusqu’au 31 décembre 2013 pour les ressortissants bulgares et roumains.

30-01-2009