Fler.cz : un marché des artisans sur internet pour les « les petites mains dorées tchèques »

03-01-2014

Cela fait tout juste six ans que le site Fler.cz est apparu sur la toile. Son objectif : permettre aux petits artisans tchèques et slovaques de trouver une clientèle sur le net. Le site compte aujourd’hui des milliers d’utilisateurs. Michala Gregorová, chargée des relations publiques de Fler, explique le phénomène Fler.cz.

 « Zlaté české ručičky », « les petites mains dorées tchèques » est une expression bien connue de la langue tchèque qui évoque l’habilité des Tchèque dans le travail manuel, une certaine forme de débrouillardise mêlée au talent, et la capacité qu’ont finalement les Tchèques à produire, fabriquer et construire des choses de leurs propres mains (http://www.radio.cz/fr/rubrique/tcheque/les-petites-mains-tcheques-dorees). C’est donc pour offrir un marché virtuel à ces petites mains dorées tchèques qu’a été fondé Fler.cz. Michala Grégorová :

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz « Fler est né au début de l’année 2008. Cela a commencé avec le fondateur de Fler qui est graphiste et sa femme qui est styliste de mode. Cela l’a inspiré parce qu’il s’est rendu compte à quel point il est difficile de vendre quelque chose que l’on a fabriqué manuellement. Soit on est dépendant des galeries qui prennent généralement de grosses provisions, ou on peut participer à des évènements extérieurs ; mais ce n’est pas forcément très confortable. On peut encore monter un e-shop, mais c’est difficile parce qu’il faut y faire venir des clients et cela demande des compétences techniques et un engagement marketing. Donc, l’idée est venue de fonder un marché online où tous ceux qui fabriquent quelque chose manuellement en Tchéquie et en Slovaquie, pourraient proposer leurs articles et leurs produits dans un même espace. Ainsi est né Fler.cz. Le nom du domaine ne veut rien dire, ça plaisait simplement au fondateur Jiři Kubeš, qui, en un mois, a pensé à un prototype, à un design, et qui a persuadé les gens d’y proposer leurs articles. »

Sur la page d’accueil du site, on trouve ainsi près de vingt rubriques dans lesquelles sont classées des produits de la mode, des sacs, des bijoux, des verres, des objets en céramique, des oeuvres d’art, ou même des articles de santé et beauté. Un choix donc très large, comme l’explique Michala Grégorová :

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz « Sur Fler, il y a énormément de choses. Les seules restrictions sont que les produits doivent être fabriqués manuellement et qu’ils soient, d’une certaine façon, créatifs. Les produits les plus populaires sont les bijoux, les sacs et les objets relatifs à la décoration d’intérieur. Mais il y a aussi toutes sortes d’objets artisanaux. C’est intéressant de voir cet artisanat parce que l’artisanat commençait à disparaitre doucement. Personne ne voulait plus faire des études pour devenir artisan,. Cela avait perdu de son prestige. Grâce à Fler, on constate qu’il y a des artisans, qu’ils soient forgerons ou charpentiers et que l’artisanat n’est pas du tout mort. Et il y a encore beaucoup d’autres personnes qui sont capables de fabriquer des objets et de les proposer. »

Selon Michala Grégorová, plusieurs dizaines de milliers de créateurs utiliseraient activement cette plateforme internet qui est visitée quotidiennement par plus de 70 000 personnes. Un vrai phénomène, qui fonctionne depuis quatre ans principalement par le bouche à oreille. Un phénomène principalement féminin. Michala Grégorová :

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz « En ce qui concerne les consommateurs, ce sont les femmes qui sont les plus grandes acheteuses. Je pense qu’elles représentent 90 % des clients. Les hommes y viennent avec plus de précautions, mais ils sont là et je sais qu’ils cherchent souvent des cadeaux pour leur copine ou leur femme. En ce qui concerne les créateurs, il y a un peu plus d’hommes, notamment dans le domaine de l’artisanat traditionnel, même si ce sont les femmes qui prédominent. Je ne sais pas d’où ça vient, peut-être qu’elles ont un accès plus actif à internet, c’est difficile à dire. »

Comment s’inscrire sur le site ? Combien cela coûte-t-il ? Comment cela fonctionne très concrètement ? C’est ce qu’explique Michala Grégorová :

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz « Tout le monde peut vendre si les objets remplissent les conditions minimum, c’est-à-dire qu’ils sont faits manuellement et qu’ils sont créatifs. C’est gratuit, et le vendeur paie une provision si l’objet est vendu. Cele veut dire que si vous ne trouvez pas d’acheteurs, vous ne payez rien, et quand vous commencez à vendre, vous payez 11 % de commission sur le prix de l’objet vendu. Fler est un intermédiaire, un marché sur lequel chacun peut vendre ou acheter. C’est fait de telle façon que le client doit payer avant, puis le créateur envoit l’objet. Ceci n’est pas habituel en République tchèque ou en Slovaquie quand on regarde les e-shop, personne ne paie à l’avance ou seulement parfois 10 % et le reste ensuite.
On a préféré ce système parce qu’au début, il fallait convaincre les créateurs et on a pensé que ce serait pour eux une garantie. Et les gens n’ont aucun problème avec ce principe. Cela vient sans doute du fait que pour chaque objet, vous pouvez voir le créateur, son travail et sa personnalité. Il y a un système de notation et ça marche très bien. »

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz Sabina Hütterová est utilisatrice de Fler.cz. Elle nous fait part de son expérience et de son regard sur l’artisanat tchèque :

 « Je suis créatrice, donc j’essaie de vendre mes créations. Je fabrique des marionettes en bois, en fil de fer. Fler est une bonne occasion de montrer au public des créations. »

Vous connaissez le site depuis longtemps ?

 « Je crois que cela fait deux ans que je connais ce site, que j’utilise plus ou moins. »

Cela vous a-t-il permis de trouver des clients ?

 « Je pense qu’il faut vraiment être sur Fler tous les jours, et y travailler en mettant des photos, des nouvelles créations pour que les gens voient ce qu’il y a de nouveau. Si on ne s’en occupe pas, ça ne marche pas beaucoup parce qu’on n’est plus visible. Mais je trouve que c’est un bon moyen de vendre des créations si on n’a pas de magasin. »

Photo:Site officiel de  Fler.czPhoto:Site officiel de Fler.cz Pouvez-vous comparer avec ce qui peut se faire en France comme objets artisanaux et ce qui se fait ici, voyez-vous des différences notables ? Les styles sont-ils comparables ?

 « Je trouve qu’ici, en Tchéquie, on est beaucoup plus créateur. Je vois des choses différentes, plus développées. Il y a plus d’idées à mon avis et je pense qu’il y a beaucoup plus de personnes, de femmes, qui créent, qui fabriquent des objets à la maison. »

Ce sentiment qu’il y a énormément de créateurs et de créativité en République tchèque est aussi partagé par Michala Grégorová.

Photo: Site officiel de Fler.czPhoto: Site officiel de Fler.cz « Fler est en fait un bel exemple de marché libre. Comme vous le voyez, des gens ont réussi à faire un travail incroyable. On peut voir par exemple des gens qui ont commencé en 2008. La plupart, au départ, ne savaient pas comment présenter leur travail, comment photographier leurs objets, comment les décrire. Mais on peut voir sur le parcours de certains de formidables progrès. Les créateurs ont appris à photographier parfaitement leurs objets, à les mettre en valeur, à communiquer avec leurs clients. Grâce à Fler, de nombreuses personnes se sont créés une activité indépendante qui leur fournit un revenu régulier. Par exemple des gens qui fabriquaient des objets à la maison mais qui n’avaient personne d’autres que leurs amis à qui les vendre se sont rendus compte qu’il y avait une demande importante. Cela me semble être un phénomène remarquable. »

 

Rediffusion du 10/02/2012

03-01-2014