Du neuf avec de l’ancien

21-12-2007

La rénovation du patrimoine industriel est une tendance qui s’affirme en République tchèque, un phénomène qui s’observe plus généralement en Europe. Karlin, Holesovice, Smichov ou encore Liben, ce sont de nombreux quartiers qui, à Prague, sont concernés. Entre développement économique et sauvegarde du patrimoine historique, les réalisations et les projets ne manquent pas.

Quand on se ballade dans certains quartiers de Prague, on a parfois l’impression d’être transporté aux temps de la conquête industrielle. C’est le cas à Holesovice, un ancien quartier ouvrier, où l’on voit encore pointer, ça et là, des cheminées d’usine du XIXème siècle.

Mais ces cheminées ne crachent plus vraiment de fumée. Quand ils ont été conservés et rénovés, les anciens sites industriels ont été souvent réaménagés en magasin ou en atelier. Ainsi, dans la rue Kommunardu, où une ancienne usine abrite ajourd’hui une imprimerie.

Le quartier de Holesovice est emblématique en ce qu’il mêle de plus en plus de structures modernes et de bâtiments industriels rénovés. Sans parler du port de commerce. Ses grues de déchargement lui donnent un vague air de port de Gdansk mais contrairement à son grand frère polonais, il ne tombe pas en déchéance. En rénovation permanente, il semble promis à un brillant avenir.

Pour les habitants des quartiers de Holesovice ou de Karlin, les anciennes cheminées d’usine en briques rouges, repeintes, apportent un cachet unique. La capitale tchèque a connu une industrialisation précoce et rapide, qui a construit son identité historique. C’est cet héritage qui est ainsi conservé.

D’autant plus que Prague n’est pas seule concernée : sites miniers ou ferroviaires, anciennes sucreries, de plus en plus de sites industriels sont réutilisés dans tout le pays. Preuve symbolique de cette nouvelle tendance, la tenue, à Prague, d’une biennale sur l’architecture et le patrimoine industriels mais également l’exitence d’un centre de recherche sur le patrimoine industriel, intégré à l’Ecole supérieure des hautes études techniques.

La revalorisation du patrimoine industriel est de plus en plus d’actualité dans la plupart des pays occidentaux et le débat fait rage entre deux tendances. D’un côté, les partisans d’un réaménagement des sites au goût du jour, avec ajout d’éléments modernes. C’est le cas du bâtiment Corso, dans le quartier de Karlin, projet de l’architecte espagnol Ricardo Bofill. Cette usine de tôlerie du XIXème siècle a été transformée en un ensemble de bureaux modernes. Des éléments en verre se superposent à une structure en brique, le tout ayant respecté le plan d’origine.

De l’autre côté, on trouve les défenseurs d’une rénovation strictement à l’identique. C’est ce que prône l’architecte tchèque Josef Pleskot. La brasserie, qu’il a réaménagée à Litomysl a subi ainsi un minimum de retouches.

Bien sûr, la revalorisation possède aussi des côtés pratiques. Les bâtiments sont en bon état car la Bohême a peu souffert des destructions de la guerre. Le recyclage, si l’on peut employer ce terme, permet donc des économies de coûts.

Les anciennes usines sont réaffectées vers des activités diverses, économiques ou culturelles. Datant de 1895, l’ancienne - et également la première - brasserie municipale, à Holesovice, a rouvert au début des années 2000, après deux ans de rénovation. Un grand projet est actuellement en cours : l’utilisation des quatre grands bâtiments pour des manifestations culturelles, pièces de théâtre et concerts, mais aussi pour des activités sportives.

Le quartier de Karlin abrite également de nombreux exemples de ce type. Dans la rue Salda, la reconversion d’une centrale électrique de 1898 en appartements est en cours. Un ancien dépôt de trams a aussi été transformé en magasin de voitures.

Tous ces projets dynamisent ces quartiers en plein développement, qui forment la première ceinture autour du centre historique. Ils les valorisent, les médiatisent et attirent sur eux l’attention des investisseurs. Sans parler des potentialités que recèle le tourisme industriel, un secteur émérgeant un peu partout en Europe.

Ces projets présentent surtout l’avantage de proposer une alternative originale : développement économique sans sacrifice du patrimoine. L’opération de rénovation qui touche l’ensemble de Holesovice respecte usines et ateliers, témoins de la révolution industrielle. Le quartier de Karlin est tout aussi emblématique puisque cet ancien quartier résidentiel est devenu un centre de l’industrie lourde dans les années 1890.

Enjeu important pour l’avenir, la bataille constante que doivent mener les architectes face aux investisseurs pour imposer des projets qui n’obéissent pas à la seule logique du rendement financier. Et surtout les fonds, privés et surtout publics, qui sont encore insuffisants.

21-12-2007