Les plus grandes œuvres de la musique classique tchèque (V) : le Poème de Zdeněk Fibich, une œuvre amoureuse

09-02-2020

De nombreuses œuvres de la musique classique se sont vues dénaturées d’une façon ou d’une autre. Il n’y a alors plus que la force de la pièce musicale pour la faire survivre à ces arrangements. À l’inverse, c’est grâce à un arrangement que la mélodie que nous allons aujourd’hui écouter est devenue célèbre.

Zdeněk Fibich, source: public domainZdeněk Fibich, source: public domain Il s’agit du Poème de Zdeněk Fibich (1850-1900). On dit en général que son Poème fait partie de l’œuvre Au crépuscule, une gentillette composition symphonique d’environ treize minutes. Mais peu de gens savent que ce célèbre Poème est avant tout issu d’une autre œuvre. Cette œuvre, c’est le considérable cycle pour piano intitulé Atmosphères, impressions et souvenirs.

La vie privée de Zdeněk Fibich a été faite de tragédies et de décès de proches, dont celui de sa première épouse ainsi que d’enfants. Son deuxième mariage, avec la sœur de sa première femme, était un mariage de raison.

Un journal amoureux musical

Par la suite, à quarante-deux ans, alors qu’il était déjà un homme d’âge mur, Fibich est tombé éperdument amoureux d’une jeune Pragoise de bonne famille, Anežka Schultzová, à qui il enseignait la composition musicale. Sa vie s’en est trouvée sens dessus dessous, et outre l’explosion sentimentale que cette rencontre a constituée, elle a éveillé chez le compositeur un flot de créations qui illustre sa passion amoureuse avec la jeune Anežka. Et c’est dans ce contexte qu’est né le cycle Atmosphères, impressions et souvenirs. Si les historiens de la musique le qualifient de très hétérogène, c’est qu’il s’agit véritablement des expériences personnelles de l’auteur. On peut en effet y voir un genre de journal amoureux musical.

Anežka Schultzová, source: Site officiel FibichAnežka Schultzová, source: Site officiel Fibich Il faut d’ailleurs souligner les titres de certains des morceaux : « Jak jsme spolu seděli na Žofíně » (La fois où on était assis ensemble sur l’île de Žofín), « Jak šli poprvé na ulici » (La première fois où on a marché dans la rue), etc. Certains de ces titres sont à la première personne, d’autres à la troisième personne, comme « Jak se Anežka učila » (La fois où Anežka étudiait).

Dans ces morceaux, Zdeněk Fibich conte les charmes du corps d’Anežka, son caractère et ses humeurs. Il y raconte également ce qu’ils ont vécu ensemble. Anežka a contribué à certaines de ces œuvres. Il s’agissait clairement d’un amour réciproque, d’une belle relation. Et au beau milieu de cette profusion de morceaux pour piano, qu’il a composés par centaines, les notes du Poème de Fibich créent la surprise. Écoutons maintenant la magistrale interprétation du célèbre pianiste Marián Lapšanský.

Cependant, sans le violoniste virtuose Jan Kubelík, cette œuvre courte ne se serait certainement pas fait remarquer au milieu de l’immense cycle Atmosphères, impressions et souvenirs. C’est lui qui a découvert cette pièce et l’a intitulée Poème. C’est également ce maître du violon qui a adapté la mélodie originale pour en faire celle que nous connaissons aujourd’hui. Et que nous allons maintenant écouter.

L’œuvre la plus connue de Zdeněk Fibich

Comme vous avez pu le remarquer, par rapport à la version originale, cette version est enrichie de quelques mesures de prélude. Kubelík a également ajouté ce prélude à sa version orchestrale du Poème.

En vérité, le prélude est l’œuvre de Fibich, et non de Kubelík, car il s’agit de la mélodie d’Au crépuscule. Cette mélodie principale se répète bien évidemment à plusieurs reprises. Sa partie centrale est intéressante de par ses solos de flûte. Il paraît qu’avec ceux-ci, Fibich cherchait à reproduire le chant des rossignols sur l’île pragoise de Žofín, où il retrouvait chaque jour la jeune Anežka. Le compositeur vivait en effet rue Ostrovní, à deux pas de cette île de la Vltava.

Si cela fait bien longtemps que l’on n’entend plus de rossignols dans le centre de Prague, Zdeněk Fibich nous a laissé en héritage l’expression de ses sentiments passionnés. Après la version pour piano et la version pour violon, écoutons maintenant une troisième version de son poème : la version instrumentale. Il s’agit de l’œuvre du compositeur tchèque Zdeněk Fibich la plus célèbre dans le monde.

Cette série présentant les grandes œuvres de la musique classique tchèque s’inspire des émissions conçues par Lukáš Hurník et Bohuslav Vítek pour Vltava, la chaîne culturelle de la Radio tchèque.

09-02-2020