Les Métamorphoses de Karl Ditters von Dittersdorf

03-06-2012

Les symphonies exprimant les Métamorphoses d’Ovide – tel est le titre d’un cycle de compositions qui est l’une des œuvres les plus originales et les plus connues de Karl Ditters von Dittersdorf. Bien qu’il soit moins connu que ses grands contemporains Gluck, Haydn, Mozart et Beethoven, il n’en est pas moins une figure importante du classicisme musical. Nous pouvons dire que parmi les grands musiciens de son époque Karl Ditters von Dittersdorf a été celui dont la situation sociale a été la plus brillante et que pendant une grande partie de sa vie il a eu le privilège de s’adonner à la création musicale sans se soucier des problèmes matériels. Ses symphonies inspirées par le poète latin Publius Ovidius Naso – Ovide ont été créées entre 1783 et 1786.

Karl Ditters von DittersdorfKarl Ditters von Dittersdorf Karl Ditters von Dittersdorf est viennois. Il est né dans la capitale autrichienne en 1739 et c’est à cette ville qu’il doit sa formation, sa culture, ses connaissances de langues, ses allures aristocratiques et aussi le début de sa carrière musicale. Fils d’un tailleur du théâtre de la Cour impériale, il devient page du prince Joseph Friedrich von Hildburghausen et côtoie dès sa tendre enfance d’imminentes personnalités de la vie publique et artistique. Ses dons pour la musique en font bientôt un violoniste et compositeur prometteur. Il entre successivement dans les services de plusieurs grands seigneurs et fait une grande tournée en Italie en compagnie de son ami Christophe Willibald Gluck. En 1765 il devient chef de chapelle d’Adam Patachich, évêque de Grosswardein aujourd’hui Oradea en Roumanie. Finalement il entre au service du comte Philipp Gothard Schlaffgotch, prince-évêque de Breslau et accepte son invitation à s’installer dans la ville de Javorník en Moravie où il passera 28 ans, la période la plus heureuse et la plus fructueuse de sa vie. C’est pendant cette période qu’il crée 12 symphonies inspirées des Métamorphoses d’Ovide dont la moitié seulement se conserveront jusqu’à notre époque. La première de ses symphonies, qui sont en réalité des poèmes symphoniques, évoque en quatre mouvements les quatre étapes de l’existence de l’humanité après la création du monde comme elles étaient présentées par la tradition antique : l’Age d’or – période d’harmonie, l’Age d’argent, l’Age de bronze et finalement l’Age de fer, période de conflits et de violence.

 

C’est grâce au prince de Breslau que Karl Ditters raffermit sa position dans la société. La générosité de Philipp Gothard Schlaffgotch se manifeste non seulement dans les appointements exceptionnellement élevés du musicien mais aussi dans les fonctions que l’évêque lui confie. Il exerce entre autre la fonction de préfet et d’administrateur du domaine de Jeseník, d’assesseur de la Cour et de conseiller épiscopal. C’est également grâce au prince évêque, son bienfaiteur, que Karl Ditters est anobli et reçoit de l’impératrice Marie-Thérèse le titre « von Dittersdorf ». Ces fonctions officielles ne l’empêchent pas cependant de créer 50 opéras, près de 200 symphonies, oratorios, œuvres d’église, concertos instrumentaux et compositions de chambre. Parmi ses symphonies il y a des œuvres assez spécifiques qui pourront être caractérisées comme de la musique à programme. Dans ses Symphonies inspirées des Métamorphoses, il évoque avec une grande fantaisie musicale les situations concrètes présentées dans les poèmes d’Ovide sans quitter pourtant la forme de la symphonie classique. Un des poèmes les plus dramatiques évoque la Chute de Phaéton, fils d’Apollon terriblement puni d’avoir osé conduire le char d’Hélios et d’avoir bravé le grand Zeus.

 

La fin de la vie de Karl Ditters est assombrie par la mort de son mécène et ami Philipp Gothard Schlaffgotch. Le successeur du prince - évêque n’accorde au musicien qu’une modeste pension et la situation matérielle de Karel Ditters se détériore rapidement. Malade et pauvre, il décide finalement de quitter Javorník et se réfugie dans le domaine du baron Ignaz Stillfrid qui l’accueille au château de Červená Lhota en Bohême du Sud. C’est là où il finit sa vie dans des conditions modestes mais il réussit encore à dicter ses Mémoires à son fils aîné. Il meurt avec le siècle des Lumières en octobre 1799 à l’âge de 60 ans et est enterré dans le cimetière du village de Deštná. Son œuvre et ses symphonies restent les témoignages d’un talent exceptionnel. Nous pouvons dire que ses poèmes symphoniques ont devancé leurs temps et ont auguré l’âge d’or de la musique à programme et l’arrivée des grands compositeurs romantiques du XIXe siècle.

03-06-2012