Avec Vladimír Mišík, l’album tchèque de l’année

10-11-2019

C’est un des principaux événements de cet automne et même très certainement de cette année sur la scène musicale tchèque. Figure légendaire de la scène underground tchécoslovaque des années 1970, Vladimír Mišík a sorti un nouvel album en septembre dernier, son premier depuis neuf ans remarquablement accueilli par la critique, et à juste titre. Intitulé « Jednou tě potkám » - littéralement « Un jour je te rencontrerai », ce nouvel album solo comporte quatorze chansons qui sont autant de confessions de celui qui est aussi surnommé « le barde de Letná ».

Vladimír Mišík, photo: Tomáš Vodňanský, ČRoVladimír Mišík, photo: Tomáš Vodňanský, ČRo Fruit de l’euphorie d’après-guerre, né en 1947 à Prague d’un amour fugace entre un soldat américain et une infirmière slovaque, Vladimír Mišík est une légende tchèque. La preuve, depuis 1995, la petite planète n° 18 456 du système solaire porte même le nom de Mišík avec la bénédiction de l’Union astronomique internationale.

Chanteur et guitariste, c’est lui, Vladimír Mišík, qui a fondé The Matadors et Blue Effect, deux groupes qui, depuis la seconde moitié des années 1960, ont considérablement influencé la scène rock de l’ancienne Tchécoslovaquie, et enfin Etc…, une formation qui se produit en concert aujourd’hui encore.

Interdit officiellement de concert par le régime communiste en 1982, Vladimír Mišík est aussi un homme de convictions. Il avait interprété une de ses plus belles chansons « Variace na renesanční téma » (ou « Láska je jako Večernice » - « L’amour est comme l’étoile du soir ») lors de la manifestation qui avait rassemblé plus de 500 000 personnes sur l’esplanade de Letná en novembre 1989.

Député pendant deux ans après la révolution sous les couleurs du mouvement civique Forum civique constitué parmi les principaux dissidents tchèques autour de Václav Havel, Vladimír Mišík, après de graves problèmes de santé, a aussi refusé, en 2013, la décoration que le président Miloš Zeman entendait lui remettre.

Inoubliable pour des chansons comme « Slunečný hrob » (Le tombeau ensoleillé), qui a marqué la dramatique fin des années 1960, « Stříhali dohola malého chlapečka » (Ils ont rasé le petit garçon), « Proč ta růže uvadá » (Pourquoi cette rose se fane) ou encore donc « Láska je jako Večernice », Vladimír Mišík reste, à 72 ans, une figure incontournable pour plusieurs générations, comme le restent aussi ses plus grands succès toujours repris et fredonnés autour des feux de camp où les Tchèques apprécient tant se retrouver le soir venu.

Photo: 100PROmotionPhoto: 100PROmotion Cette fois, tout est un peu différent avec « Jednou tě potkám ». D’abord parce que l’album était très attendu, neuf ans après le dernier, « Ztracený podzim ». Mais aussi et surtout parce qu’il s’agit là du premier album solo de Vladimír Mišík, où il n’est pas accompagné de son groupe Etc… Un album en forme de bilan pour l’artiste, dont le titre est inspiré d’un poème de Václav Hrabě, figure marquante de la Beat Generation en Tchécoslovaquie. Le single éponyme « Jednou » - « Un jour » - est d’ailleurs un poème mis en musique de Hrabě.

« ‘Jednou tě potkám’ est un événement comme la scène musicale tchèque n’en avait plus connu depuis longtemps », a-t-on pu lire dans les médias tchèques. Bref, une authentique réussite qu’on vous laisse apprécier… Et si vous avez un ami tchèque et que vous ne savez pas quoi lui offrir pour Noël, pas besoin de chercher beaucoup plus loin la bonne idée.

10-11-2019