Une tradition régionale mise à l’honneur au musée des marionnettes à Plzeň

27-09-2014

Le musée des marionnettes à Plzeň (Bohême de l’Ouest) fête ces cinq ans d’existence en ce mois de septembre. Abritée dans une maison de style classique depuis 2009, le musée expose 1 200 marionnettes et offre un regard complet sur l’histoire de cet art dans la région de Plzeň. La guide Jaroslava Froydová a fait la visite pour Radio Prague.

Le musée des marionnettes à Plzeň, photo: Radek Linner, CC BY 3.0 UnportedLe musée des marionnettes à Plzeň, photo: Radek Linner, CC BY 3.0 Unported Le musée des marionnettes propose en trois étages une histoire très complète des marionnettes à Plzeň et ses environs. Tout comme les spectacles de marionnettes, le musée attire les adultes comme les enfants. Pour ces derniers une partie interactive est proposée.

L’exposition commence au XVIIIe siècle au moment où les marionnettistes étaient essentiellement des familles nomades. Environ quinze personnes par famille se déplaçaient dans la région et présentaient leur métier. L’attitude des habitants de Plzeň envers ce divertissement était mitigée, comme le précise la guide Jaroslava Froydová. En effet, si les spectacles attiraient beaucoup de public, les propriétaires des auberges n’étaient jamais sûrs de se voir payer l’addition par ces artistes nomades. Dans les alentours de Plzeň, les Kopecký étaient par exemple actifs, et un descendant de la huitième génération de cette famille évolue aujourd’hui au sein de La Putyka, une compagnie de cirque tchèque parmi les plus reconnues.

En parallèle des déplacements des familles de marionnettistes, les premiers théâtres stables ont été créés. Les deux modes d’existence ont coexisté pendant un certain temps, puis les théâtres ont seuls subsisté. Jaroslava Froydová raconte :

Jaroslava FroydováJaroslava Froydová « Le premier théâtre en pierre à Plzeň consacré aux marionnettes est celui de Škoda (le propriétaire n’a rien à voir avec la fameuse marque de voiture). Monsieur Škoda fabriquait des pains d’épice et au rez-de-chaussée de sa maison il a ouvert ce théâtre. Il s’agissait là de la démarche d’un homme d’affaires car les ventes des pains d’épices se multipliaient le dimanche, jour du spectacle. Voici une réplique d’une machine de marionnettes telle qu’elle existait chez Monsieur Škoda à partir de 1910. »

La sédentarisation de l’art des marionnettes dans les villes a attiré des personnalités illustres de la vie de la cité à s’impliquer dans la création des spectacles. Ainsi, les professeurs des lycées sont devenus des auteurs habituels de pièces. Dans la ville de Plzeň, plusieurs collectifs se sont formés, comme Kocouři (« les matous ») ou Jesle (« la crèche »). Des photographies en noir et blanc de personnes très chic assises au café, que l’on peut voir au musée, confirment qu’il s’agissait d’un passe-temps de la classe plutôt aisée. Le fait que les premières rencontres de marionnettistes ont été organisées à partir de 1904 à Plzeň n’est pas un hasard. D’ailleurs les premiers rassemblements d’UNIMA (Union internationale de la marionnette) ont également eu lieu dans la métropole de Bohême de l’Ouest.

Spejbl et Hurvínek, photo: Site officile du théâtre Spejbl et HurvínekSpejbl et Hurvínek, photo: Site officile du théâtre Spejbl et Hurvínek Les fameuses marionnettes tchèques Spejbl et Hurvínek sont également nées à Plzeň. Conçu par le professeur Josef Skupa pendant la Première Guerre mondiale, Spejbl est un père de famille, personnage comique, caricature d’un bourgeois trop bavard. Son fils Hurvínek est espiègle et rusé et se moque de la naïveté de son père. Il serait impensable de quitter Plzeň sans en découvrir plus sur la naissance de ces deux caractères, complétés plus tard par deux caractères féminins, Mánička et bábinka, et par un chien.

« Spejbl est né en 1919 dans des circonstances très particulières. Josef Skupa, enseignant au lycée, a été travailleur forcé dans l’usine d’armes de Škoda pendant la Première Guerre mondiale. En même temps, il allait dans son temps libre jouer au Théâtre des colonies de vacances (Divadlo Feriálních osad) où il donnait sa voix à un pantin, c’était un personnage révolutionnaire qui prédisait la fin de l’Autriche-Hongrie déjà pendant la Première Guerre mondiale. Mais ce pantin était tout seul sur scène. Alors, un autre caractère a dû être créé. Josef Skupa l’a conçu et dessiné et l’ébéniste Karel Nosek l’a fabriqué. Spejbl est apparu dans un spectacle pour la première fois en 1920. Ce n’est que sept ans plus tard que son fameux fils, Hurvínek a été créé. »

Sur scène Spejbl a été doublé et manipulé par Josef Skupa qui a fait aussi la voix de Hurvínek, qui avait toujours son propre marionnettiste. A l’époque, le marionnettiste Josef Skupa a découvert un élève talentueux au lycée, il s’agissait du Jiří Trnka. Avant de créer ses films d’animation qui lui ont valu une renommée internationale, Jiří Trnka se consacrait à la création de décors au théâtre, notamment pour son maître Josef Skupa à Plzeň.

La visite du premier étage s’achève et nous passons au deuxième, où nous accueille un défilé de marionnettes des années 1920 et 1930. Jaroslava Froydová explique :

Photo: Lucie DrechselováPhoto: Lucie Drechselová « La première rangée de marionnettes s’appelle Le marché oriental. On utilisait ces marionnettes pour un rajout à la fin du spectacle. Le défilé débute avec l’apparition d’un charmeur de serpents. Il a une flûte et les serpents tournent autour de lui. Le deuxième est l’avaleur de sabres. La marionnette peut vraiment sortir le couteau et puis l’enfoncer dans sa gorge. Puis, il y a un vizir, le chef de tout ce beau monde, et un petit garçon noir qui dansait. En dernier, vient le fakir qui sait cracher le feu. L’effet était réel, on lui mettait une poussière inflammable dans la gorge et à l’aide d’un clou brûlant on faisait exploser le mélange. »

Jusqu’en 1966, le théâtre de la famille de Karel Novák proposait l’essentiel du divertissement marionnettiste à Plzeň. La qualité de production était telle que quand le théâtre a présenté La Fiancée vendue de Bedřich Smetana, les chanteurs de l’opéra national se sont déplacés pour chanter les airs. Parmi les thèmes abordés se trouvaient notamment les épisodes de l’histoire tchèque, notamment de la période des hussites. Le langage était aussi très soigné. Au départ, le théâtre de Karel Novák collaborait avec Josef Skupa. Néanmoins, ce dernier a fait des choix dramaturgiques différents en allant plus vers le style satirique du bon soldat Švejk. Ainsi la séparation des deux marionnettistes est devenue inévitable. Jaroslava Froydová poursuit :

Photo: Lucie DrechselováPhoto: Lucie Drechselová « Après le départ de Spejbl et Hurvínek, le théâtre de Monsieur Novák a perdu ses protagonistes comiques. Alors, Monsieur Novák a inventé deux personnages, Grundle et Šlafunda, un peu dans le style de Laurel et Hardy. Une grande partie des visiteurs de notre musée demande dès l’entrée si nous avons ce duo exposé ici car ils se rappellent bien d’eux. Moi aussi je me rappelle d’eux de mon enfance. Leurs interactions avec les enfants étaient remarquables même si elles ne n’apparaîtraient peut être pas aussi drôles aujourd’hui. Imaginez que les enfants venaient et savaient quelles questions il fallait poser à ces deux marionnettes sur scène. Ils étaient si bien entraînés, ils savaient qu’il fallait demander quelle heure il était. La réponse, c’était qu’il est la marmelade moins vingt par exemple. »

Au musée, les marionnettes les plus anciennes ont 150 ans. La plupart ne dépasse pas un mètre de hauteur car des marionnettes plus grandes étaient difficiles à manipuler. Parfois, elles étaient créées par des ébénistes et ont donc une réelle valeur artistique. Même si on changeait leur vêtement pour pouvoir les utiliser pour différents personnages, on se rend compte que le caractère d’une marionnette est largement déterminé par son visage sculpté, d’autant plus que ses traits sont exagérés afin que les spectateurs au vingtième rang le voient bien. L’expressivité de leurs visages, la beauté de leurs costumes et puis la maîtrise de leurs attributs se combinent pour forger le caractère d’une marionnette et les capacités de certaines marionnettes vont parfois très loin. Par exemple, un saxophoniste au musée de Plzeň est si réaliste qu’il nettoie régulièrement la salive sur son anche.

Photo: Site officiel du musée des marionnettes à PlzeňPhoto: Site officiel du musée des marionnettes à Plzeň Le musée des marionnettes à Plzeň expose également plusieurs modèles de théâtres de table, des petites constructions d’un mètre de hauteur au maximum que les bourgeois aisées pouvaient s’acheter pour en disposer chez eux. Jaroslava Froydová explique en quoi ces théâtres étaient en effet un vecteur de sociabilité dans le quartier :

« Le théâtre des marionnettes a obtenu un grand succès dans la première moitié du XXe siècle. En réponse à cela, on a commencé à fabriquer des théâtres de petite taille pour les particuliers. Un exemple que nous avons ici provient de l’atelier de Münzberg à Prague. Les marionnettes ont été dessinées par le peintre Mikoláš Aleš. Josef Skupa a fait des coulisses. Pour ces théâtres de table la famille achetait les têtes, les bras et les jambes, parfois aussi des corps. Et le travail commençait. Il fallait monter les pièces. Puis, les mamans cousaient les costumes. Les coulisses étaient collées sur un papier résistant et maintenues grâce à un petit contrefort. C’était le travail des hommes de la famille. Une grande boîte faisait office de scène. J’ai reçu un théâtre pour marionnettes de ce type quand j’avais sept ans et je dois dire que c’était une activité pour les soirées longues d’hiver. Quand on avait entièrement vidé les emballages, cela prenait déjà la moitié de l’espace dans le salon. Puis, toute la rue se rassemblait, les voisins venaient aussi assister aux spectacles, c’était un vrai phénomène, auquel l’invention de la télévision a mis fin. Le commerce des marionnettes ne faisait plus gagner de l’argent et les ateliers ont fermé. »

Photo: Site officiel du musée des marionnettes à PlzeňPhoto: Site officiel du musée des marionnettes à Plzeň A Plzeň, l’art des marionnettes est une tradition régionale revendiquée, comme l’atteste non seulement l’existence du musée, mais aussi la popularité et la renommée du théâtre professionnel Alfa qui présente les spectacles des marionnettes à la fois divertissants et critiques et continue à attirer un public varié, composé d’enfants mais aussi d’adultes. Le théâtre de marionnettes conserve donc sa capacité à rassembler les gens, même si cela se fait plus dans une salle de spectacle et moins dans un salon familial lors d’une soirée pluvieuse autour d’un spectacle amateur.

27-09-2014