Rétrospective du peintre Antonin Slavicek : découverte d'un génie

Tout est fascinant chez lui : son oeuvre monumentale, glorifiant la campagne tchèque et la capitale du pays, sa vie, courte, mais intense, son tempérament explosif. Un sujet de roman... Après plus de quarante ans, l'oeuvre intégrale d'Antonin Slavicek, un des plus grands paysagistes tchèques, est présentée au public. L'exposition événement de l'année, qui a déjà battu le record de fréquentation, est à voir jusqu'au 5 septembre prochain à la Bibliothèque municipale de Prague, place Marianske, à deux pas de la station de métro Staromestska.

Né en 1870 et mort quarante ans plus tard, Antonin Slavicek a créé toute son oeuvre en l'espace de quinze ans. Etudiant à l'Ecole des Beaux-Arts de Prague, dans l'atelier du légendaire Julius Marak, il fait irruption sur la scène artistique locale. Son talent est incontestable, sa technique brillante. Jamais dans sa vie Slavicek ne s'en contentera - il voudra toujours aller plus loin, abandonner les certitudes. Capter, par la peinture, ce qui lui semblait essentiel dans la vie, essentiel, mais difficilement exprimable.

Dans la première étape de son parcours artistique, que le peintre appelait « élégante », il peint, dans un style proche de l'impressionnisme, des endroits qui lui sont chers : Okor et Veltrusy, près de Prague, Bechyne, en Bohême du sud. Des allées, des parcs de Prague : Letna, Stromovka, Hvezda... Le jeu du soleil dans une forêt, les reflets de la lumière sur l'eau, son épouse Mila en train de se promener ou de lire sous un arbre... Des moments de bonheur, parfois teintés d'une sorte de mélancolie douce, une peinture sublime, réjouissante, caressante...

Dans la seconde étape de sa création, à la charnière des XIXe et XXe siècles, Antonin Slavicek découvre, pour lui-même et pour la peinture tchèque, un coin du pays à la beauté rude : le village de Kamenicky, dans les hauteurs tchéco-moraves. Un pays de collines venteuses, d'un ciel infini, des champs et des prés à perte de vue... "Slavicek pressentait que pour créer une oeuvre vraie, il fallait plus qu'un oeil et une main. Lui, il avait besoin de se fondre dans le paysage, pour pouvoir le peindre", lit-on dans le catalogue de l'exposition. "Je ne pourrais pas peindre une maison de campagne si je savais qu'elle est habitée par des vauriens", disait le peintre, lui-même. Jana Orlikova est l'auteur de son exposition...

"Slavicek était un citadin typique. Il est né à Prague et sa famille n'avait pas de racines à la campagne. Mais il y recherchait la pureté, la vérité, la sincérité qu'il ne trouvait pas en ville. Evidemment, Prague lui était très proche - il adorait cette ville, surtout la Vieille-Ville que l'on trouve sur ses tableaux : la rue Jilska, où il est né, le couvent St.-Agnès et ses environs, la rue Kaprova, le quartier juif, qu'on était en train de démolir, mais dont il se souvenait du temps de sa jeunesse."

Plein de vie, marié à une femme remarquable, père de trois petits enfants, qui deviendront, un jour, écrivain, peintre et cinéaste, Antonin Slavicek est frappé, à l'âge de 40 ans, d'apoplexie. Partiellement paralysé, il n'arrive plus à peindre, sa vie, estime-t-il alors, n'a plus de sens. Il se suicide. Peu avant cette tragédie, lorsqu'il est encore en bonne santé, il créé deux magnifiques panoramas de Prague et un cycle inachevé, consacré à la Cathédrale St.-Guy, au Château de Prague. Selon Jana Orlikova, il n'y a pas de comparaison à faire avec la fameuse cathédrale de Rouen de Claude Monet.

"Monet a mis l'accent sur des choses tout à fait différentes. Slavicek, comme la plupart des peintres tchèques, soulignait le contenu du tableau, ce à quoi les impressionnistes ne n'intéressaient pas du tout. Monet était fasciné par le jeu de la lumière sur une belle architecture, Slavicek a vu dans la cathédrale un haut lieu de l'histoire tchèque. Une connaissance intime du lieu et de son atmosphère se dégage de son tableau. J'ai voulu montrer, par cette exposition, que sa courte vie était aussi une sorte d'oeuvre passionnante. C'est un cercle qui commence avec l'entrée d'un talent indéniable dans l'art tchèque et qui se referme avec des peintures raffinées, libérées de tout ce qui était inutile."

La rétrospective d'Antonin Slavicek, c'est à la Bibliothèque municipale de Prague, jusqu'au 5 septembre prochain. A l'automne, une partie de l'exposition se déplacera à Pardubice, en Bohême de l'est.