Quand l’art contemporain se met au vert

Agir au présent est désormais inévitable pour accompagner la transition écologique. Acteur lui aussi dans cette transition écologique, l’art se responsabilise et donne l’exemple aux consommateurs en recyclant les déchets trouvés dans la nature pour les utiliser en tant que matières premières. Quand la poétique devient politique, rencontre avec Adam Vačkář, à la fois artiste contemporain et citoyen engagé, qui pose la question de la place et de la fonction de l’art dans cette lutte écologique.

Frutti di Mare, photo: NOD RoxyFrutti di Mare, photo: NOD Roxy « Je travaille sur le thème de l’écologie depuis quelques années et le meilleur impact sur le public, c’est de combiner l’art à l’éducation. Il faut utiliser l’art comme un outil éducatif dans les écoles. »

Alors que le Parlement et le Conseil européens se sont entendus afin d’éliminer couverts jetables à utilisation unique, assiettes, pailles et autres –cotons-tiges, d’ici 2021, le plastique subsiste dans notre habitat naturel et le détruit peu à peu. Conscient de cette urgence écologique, Adam Vačkář a récemment participé à une conférence intitulée « Frutti di Mare Project » dans l’espace expérimental NoD du café Roxy à Prague. Cette conférence visait à sensibiliser les artistes et le public aux conséquences de l’utilisation du plastique, si difficile à recycler :

« Je trouve que le plastique est une matière intéressante dans le sens où il rejette des microparticules qui sont omniprésentes dans la nature et se retrouvent dans nos intestins. On peut pleurer, on peut se désespérer, mais on doit admettre que le plastique est bien là. Dans mon œuvre, que je conçois davantage comme une manifestation poétique que de l’engagement, je récupère les déchets pour les réutiliser dans mes créations. »

Récupérant bouteilles en plastiques, emballages et objets rongés par la nature, l’artiste contemporain photographie et assemble les différents objets qu’il trouve sans les modifier, lui permettant ainsi d’exprimer une nature étouffée et emballée dans une épaisse couche de plastique.

Selon lui, les institutions culturelles pourraient, elles aussi, initier cette nouvelle conception de l’art en accompagnant les artistes qui promeuvent une attitude plus responsable dans leur création. Mais, estime Adam Vačkář, si les artistes en font autant, c’est avant tout pour incarner un exemple à suivre…

« Je pense qu’on devrait parler davantage le travailde ces artistes et leur permettre d’exposer plus. C’est important que ce soient des artistes, mais je pense que ça doit être tout le monde. Cette initiative doit venir aussi des consommateurs, qui doivent cesser de consommer de manière excessive. On peut dire que ce sont les multinationales qui sont coupables, et bien sûr qu’elles le sont, mais nous sommes complices dans ce jeu car nous consommons. Aujourd’hui on peut changer et utiliser notre système démocratique en refusant cette consommation. Au niveau de l’art, nous devons nous manifester car nous sommes concernés par ce problème. Nous cherchons des solutions car nous nous nous servons du plastique. Moi-même, j’en utilise mais je n’en achète pas, je ne consomme pas en tant qu’artiste, je ne fabrique pas, j’utilise les choses. »

Adam Vačkář est certain du pouvoir persuasif que l’art exerce dans l’esprit de chacun. Dans sa dernière exposition, présentée par le commissaire Jan Kratochvíl, l’artiste nous proposait de récolter ce que nous avions semé par le biais de photographies et d’objets trouvés :

« Cette exposition s’intitule ‘bad seeds’ (mauvaises graines, ndlr) car elle parle des graines que nous avons plantées dans notre société : de mauvaises graines de pensée sur la consommation sans fin. Celle-ci ne mène nulle part, sauf à une catastrophe. Nous ne sommes pas conscients de ce qui se passe, alors que ces déchets sont partout. C’est pour cela que je propose cette exposition qui est une véritable déchetterie. Il y a une sorte de beauté dans les déchets, on peut les recycler et travailler avec. Cette exposition devient finalement un véritable centre de recyclage. »

Adam Vačkář, 'Bad Seeds', photo: Ateliér Josefa SudkaAdam Vačkář, 'Bad Seeds', photo: Ateliér Josefa Sudka

L’artiste ne recycle pas seulement les déchets… En coopération avec Noemi Smolik, critique d’art et commissaire, Adam Vačkář a fondé une association basée à Prague sous le nom de « Hope Recycling Station », que l’on pourrait traduire comme « Station de Recyclage de l’Espoir » :

Source: Site officiel d'Adam VačkářSource: Site officiel d'Adam Vačkář « On recycle aussi l’espoir. Je pense qu’il en faut beaucoup dans ce pays, car les conditions culturelles ne sont pas toujours idéales… Nous invitons des personnalités du monde entier : des directeurs de musée, des philosophes, des commissaires…… Nous organisons ces évènements à l’École des arts appliqués de Prague. Ces rencontres régulières ne portent pas uniquement sur l’écologie mais sur divers sujets. »

D’origine tchèque, Adam Vačkář a réalisé une partie de ses études à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et a participé au programme de la résidence d’artistes du Palais de Tokyo. D’après ses expériences, la France et la République Tchèque font face aux mêmes inquiétudes et défis à relever :

« À mon avis, la conscience écologique dans les deux pays est similaire. En France, celle-ci est plus poussée en raison de la proximité de la mer. Celle-ci est une source de peur et de problèmes liés au recyclage des déchets. La conscience, c’est une chose, mais après il y a la politique, et ce système de recyclage est très limité. Pour le plastique, seuls 2% sont véritablement recyclés. Le reste est stocké dans les déchetteries ou jeté dans la nature. »

'The Beautiful and Damned, photo: Site officiel d'Adam Vačkář'The Beautiful and Damned, photo: Site officiel d'Adam Vačkář Amoureux de la culture japonaise, Adam Vačkář s’est inspiré du minimalisme japonais pour l’adopter dans ses créations et sa vie quotidienne. Le jeune homme en est convaincu ; si l’on souhaite préserver notre environnement naturel et limiter notre empreinte écologique, la seule solution consiste à…

« Consommer raisonnablement, car le monde est envahi par la surconsommation, par une offre absolument absurde. Surtout dans les pays asiatiques où il y a une offre énorme qui n’est pas nécessaire. Résultat : nous assistons à la destruction de notre planète et de notre environnement. C’est présent, ce n’est pas quelque chose qui se passe ailleurs. Non, cela se produit maintenant. Je pense que la seule possibilité est de moins consommer. Quand on y pense, on a besoin de peu de choses dans la vie. »

Comme en témoignent ses œuvres, l’artiste ne compte pas effacer sa lueur d’espoir malgré un avenir incertain :

« Ce qui se passe maintenant me rend pessimiste et cela prendra encore beaucoup de temps. Pour moi, le futur est très sombre, mais je pense que nous finirons par trouver les bonnes solutions. Nous y arriverons ! »

Alors, artistes et citoyens, le temps n’est plus à broyer du noir, mais à s’acclimater au vert.

'This Side of Paradise, photo: Site officiel d'Adam Vačkář'This Side of Paradise, photo: Site officiel d'Adam Vačkář