Les Pragoises, entre tradition et émancipation

02-07-2011

Où trouver des cafés non-fumeurs à Prague avec un coin pour enfants ? Quelles sont les meilleures boutiques second-hand de votre quartier ? Où se détendre à Prague ? Comment trouver un bon salon de beauté ? Comment concilier vie de mère et vie professionnelle ? Autant de questions que se sont posées Florence Gindre et Helena Vaďurová dans un ouvrage consacré à Prague à travers le prisme de ses habitantes. Bonnes adresses, bon plans, conseils pratiques. Tout cela est agrémenté de témoignages de Pragoises sur leur vie quotidienne dans la cité vltavine.

Helena Vaďurová est, avec son amie Florence Gindre, l’auteure d’un ouvrage sorti fin mai aux éditions françaises Edkiro. Ce livre s’appelle Regard voisin féminin, A la rencontre des Pragoises. Helena Vaďurová, vous êtes tchèque comme votre nom l’indique, mais francophone et surtout très francophile. Vous êtes professeur de FLE. Vous êtes pragoise depuis les années 1990, mais plus pour longtemps puisque vous allez bientôt partir pour d’autres horizons car vous déménagez cet été en France avec votre famille. Nous vous accueillons aujourd’hui pour la sortie de ce livre. Regard voisin féminin, qu’est-ce que c’est et comment c’est né ?

 « C’est un guide culturel sur Prague à travers la vie des femmes qui vivent à Prague, surtout des Tchèques, mais aussi des étrangères expatriées installées à Prague depuis longtemps et qui en général se plaisent à Prague. L’idée est venue de Florence. Tout a commencé avec le site internet Vivre à Prague qui comprend plusieurs rubriques, notamment la rubrique Regard voisin qui parle des différences entre culture tchèque et culture française. »

Il s’agit d’un site de vie pratique auquel vous contribuez aussi…

 « Exactement. C’est destiné aux Françaises et aux Français qui arrivent à Prague, en tant que touristes, mais surtout en tant qu’expatriés. C’est pour mieux vivre sa vie à Prague. Au départ, voilà ce qu’était cette rubrique. Ensuite elle s’est développée : Florence a voulu parler de la vie quotidienne des femmes tchèques à Prague. Pour chaque chapitre, on voulait que ça parle de la vie de familles, de la vie au travail, mais aussi de la vie religieuse ou même sexuelle. Et dès le début, j’ai dit qu’il serait bien d’interviewer des femmes et de faire leur portrait qui illustrerait chaque chapitre. »

C’est un guide culturel, un guide de vie pratique et chaque chapitre traite d’un thème en particulier : le temps libre, être maman à Prague, prendre soin de soi… Dans chaque chapitre, vous introduisez le sujet brièvement au début, puis vous agrémentez cela de témoignages de Tchèques. Ce sont des copines ? Des personnes que vous avez rencontrées par hasard ?

 « Ce sont des copines, mais aussi des copines de copines. Je pense que tout cela s’est plutôt fait par le bouche à oreille. Quand vous interviewez une amie, elle vous suggère quelqu’un. C’est vrai que c’était très amusant et très enrichissant de rencontrer toutes ces femmes venues d’horizons très différents. »

Justement la Pragoise, qui est-elle ? Est-il possible d’en faire un portrait-robot, un portrait-type ?

 « Je pense que c’est difficile : chaque Pragoise est différente. Je parle de cela dans le chapitre sur la vie sexuelle. Ce chapitre, je l’ai rédigé avec l’aide d’un sexologue parce que c’est certes bien de voir les Pragoises de notre point de vue à Florence et moi, mais c’est également bien d’avoir le regard d’un homme. Le portrait est assez flatteur : les Pragoises sont belles, sexy, pleines d’énergie, d’avenir, elles ont envie de réussir leur vie, mais elles ploient aussi sous le poids des traditions héritées de l’époque communiste, de nos mères et de nos grands-mères. Du coup, les jeunes Pragoises jonglent entre la vie professionnelle et leur future vie de mère. C’est souvent difficiles pour elles de faire le lien entre ces deux vies, entre la vie de mère et de femme active. »

Vous consacrez justement un chapitre au fait d’être mère à Prague, en République tchèque. De nombreux obstacles peuvent se mettre en travers d’une mère ou d’une future mère : vous évoquez le problème du droit de choisir d’allaiter ou pas son enfant, du droit d’accoucher en hôpital ou chez elles. Certaines choses ont encore du mal à rentrer dans les mœurs médicales. Et puis il y a le quotidien qui est compliqué en tant que mère, à commencer par le problème des tramways et des poussettes !

 « Oui, le transport n’est pas facile pour les mamans avec la poussette. En même temps, il y a d’autres possibilités, d’autres occasions pour les mamans et les enfants comme de beaux parcs, de belles aires de jeu, des cafés, des lieux de rencontre avec d’autres mamans et d’autres enfants. Il y a plein de contraintes, mais aussi plein d’occasions enrichissantes. »

Il reste quand même ce problème qui revient : une femme qui a été pendant des années en congé maternité éprouve parfois des difficultés à se réintégrer dans la vie active…

 « Là, je pense qu’il y a une grande différence entre les mères tchèques et les mères françaises. Les mères tchèques restent longtemps à la maison à s’occuper des enfants. Cela peut être trois ans ou plus si d’autres enfants viennent se rajouter. »

C’est volontaire, ou bien c’est le poids des traditions ou encore à cause du système d’allocations ?

 « Je pense que c’est en grande partie dû aux traditions, mais aussi au système social assez avantageux : la mère touche des allocations et est également couverte par l’assurance-maladie, donc tout est pris en charge par l’Etat. En plus, ce n’est pas bien vu quand la mère retrouve sa vie professionnelle très tôt. Si elle retourne au travail quelques mois ou un an après l’accouchement, elle va être vue comme une mère indigne, une mauvaise mère. »

Est-ce que les choses changent quand même ?

 « Je pense que ça change. Mais il faut dire aussi qu’il y a des mères qui sont contentes de rester à la maison à s’occuper des enfants. Mais il y a du progrès. »

Qu’est-ce que cette aventure d’écriture, de rencontres, de découvertes, vous a-t-elle apporté personnellement ? Est-ce que ça a changé votre regard sur les femmes qui vous entoure ?

 « Pour moi, c’était très enrichissant. Surtout ces rencontres avec des femmes très différentes. Et puis j’ai découvert beaucoup de nouveaux endroits : par exemple, tout le monde des instituts de beauté. J’ai rencontré ces femmes qui prennent soin d’elles-mêmes. Donc ça c’était très intéressant. J’ai réalisé qu’il y avait beaucoup d’institut de beauté et de solariums à Prague. »

C’est un trait commun aux femmes ici : la Pragoise est coquette !

 « Oui, très coquette ! Justement, tout à l’heure, j’ai vu une Pragoise, enceinte d’au moins six mois, dans la rue : elle était en minijupe, en talons hauts… »

On suppose que ses ongles devaient être parfaits et qu’elle était passée chez l’esthéticienne quelques jours auparavant…

 « Exactement, il y a beaucoup de Pragoises vraiment très coquettes ! »

Ce livre est sorti aux éditions Edkiro. Comment peut-on se procurer ce livre à l’heure actuelle ?

 « Pour l’instant c’est un peu compliqué. On peut se le procurer en allant sur le site d’Edkiro, www.edkiro.fr. En ce moment, je cherche des solutions pour que le livre soit en vente dans des librairies au centre de Prague. Il y a des négociations avec un distributeur de livres tchèque qui pourrait commander des livres à notre maison d’édition puis les proposer à des libraires ici. Comme ça a été publié en France, il y a aussi un problème de coût. Le livre est plutôt cher pour les libraires tchèques. Mais je garde espoir et j’espère qu’il sera bientôt disponible dans les librairies de Prague. »

02-07-2011