Johel Mitéran : « On ne lève pas assez le nez pour regarder »

08-03-2009

On retrouve dans cette rubrique, Johel Mitéran : professeur et chercheur à l’université de Dijon en Bourgogne, dans le domaine de l’électronique et l’image, il est aussi chanteur, musicien dans un groupe baptisé les Cols roulés, écrivain en herbe, mais aussi photographe, une activité créatrice qui est liée à ses travaux de recherches. Il vit entre Dijon et Prague, et au café Mlýn, sur l’île de Kampa, il expose ce mois-ci ses Figures éphémères... Qui n’a jamais essayé de reconnaître des formes dans les nuages qui se meuvent au-dessus de nous ? Johel Mitéran capte ces moments poétiques qui peuvent être doux et paisibles comme le moutonnement d’un gros cumulus, ou angoissants comme un ciel d’orage. Il a également travaillé sur des photos de drapés aux couleurs chaudes, peut-être plus inquiétantes que l’ensemble consacré aux nuages.

Nous nous trouvons au café Mlýn sur l’île de Kampa à Prague. Je suis avec Johel Mitéran fait de la photo, entre autres activités. Vous êtes également professeur d’université, vous nous direz un peu plus tard précisément ce que vous faites. Vous présentez ici une exposition photo intitulée Figures éphémères. Pour ceux qui ne peuvent pas voir ces figures éphémères, quelles sont-elles ?

« Elles sont, pour une bonne partie de l’exposition, prises essentiellement dans des nuages qui par essence, ne durent et ne passent que quelques instants. Mon idée principale est de faire un lien entre ces figures, ce qu’on peut y reconnaître et mes recherches qui sont orientées vers la reconnaissance automatique de formes dans les images pour des applications qui peuvent être industrielles ou médicales ou relativement larges dans la société actuelle. »

Pourriez-vous me donner un exemple concret d’application pour qu’on puisse savoir exactement en quoi cela consiste...

« Des applications de localisation automatique de formes, vous en avez aujourd’hui, vous en avez dans pas mal d’appareils numériques par exemple qui sont capables de localiser les visages automatiquement pour faire la mise au point. C’est le type d’applications ludiques ou grand public. On a aussi des applications de contrôle qualité grâce à des prises d’images sur des produits, on va essayer de détecter des défauts et d’améliorer la qualité des produits. On a aussi des applications dans le domaine médical où on peut analyser les mouvements des gens qui sont en rééducation par exemple. A partir de l’analyse de ces mouvements on va adapter la rééducation pour qu’elle s’améliore et que les personnes redeviennent plus mobiles par exemple. »

D’accord, je comprends un peu mieux et je pense que les auditeurs aussi. Donc le visuel est très important pour vous, la photographie, est-ce quelque chose qui a toujours été important pour vous ? Cette exposition est-elle la première ?

 « J’ai déjà fait quelques expositions en France, essentiellement en Bourgogne pour l’instant. Sur Dijon, là où j’enseigne et je fais de la recherche. La photo j’en fais depuis l’âge de 10-11 ans à peu près. J’ai commencé comme pas mal d’amateurs avec un petit laboratoire à la maison et à faire du développement en noir et blanc relativement classique. Il y a deux ans j’ai franchi le pas du numérique avec lequel je travaille dans mon domaine professionnel depuis longtemps. Je l’ai franchi pour le côté plus artistique. Ca m’a ouvert de nouveaux horizons. J’avais fait des expositions intitulées Verre et lumière, qui consistaient à prendre des photos d’objets en cristal, beaucoup de cristal de Bohême notamment, avec des orientations d’éclairage un peu particulières qui donnaient des photos assez abstraites qu’on peut découvrir éventuellement sur mon site. Après ces travaux sur le verre et la lumière, j’ai souhaité donner plus de lien avec mes activités de reconnaissances de formes, j’ai donc utilisé la possibilité du numérique au niveau des nuages et des drapés qui sont un autre aspect de l’exposition. »

Restons-en aux nuages : ça a un côté très poétique. De nombreuses personnes, enfants ou même adultes, regardent les nuages et y voient des formes comme des animaux ou des personnages... Est-ce un peu cela que vous avez voulu capter ?

« C’est exactement ce type d’approche. Si on considère l’aspect plus scientifique des choses, on peut dire que l’être humain est doué de facultés de reconnaissance extrêmement performantes pour reconnaître ses amis, ses ennemis, les dangers qui l’entourent. Et ces performances peuvent aussi se « retourner contre lui » si l’on veut quand il perçoit des formes qui n’en sont pas. Ca peut être dans les nuages, ça peut être parfois dans l’eau. Ici, dans les nuages, j’ai choisi des formes qui sont plutôt poétiques. Je ne les ai pas toujours choisies, il y a aussi une bonne part de chance puisqu’il faut être là au bon moment. On peut voir des formes comme un loup, un cheval, un singe ou une tête d’hippopotame... des formes plutôt paisibles et poétiques et qui vont bien avec le milieu de l’enfance. Je pense qu’elles pourraient servir à illustrer des livres pour enfants, pourquoi pas ? »

Et vous-même avez réalisé un livre pour enfants, on pourra en reparler tout à l’heure. Revenons aux nuages, il y en a un petit clin d’oeil dans vos photos avec un nuage qui ressemble à la République tchèque...

« Parmi les photos que j’avais, il y avait une photo d’éclaircie au milieu d’une petite tempête. L’éclaircie avait une forme qui se rapprochait de celle de la République tchèque. Je l’ai aidée un tout petit peu. C’est la seule photo qui soit manipulée informatiquement pour augmenter la ressemblance avec la République tchèque. C’était un petit clin d’oeil par rapport à la situation actuelle de la crise et de la tempête qui tourne autour et qui pour l’heure ne rentre pas en République tchèque. »

Loup au zoo de prague, photo: Johel MitéranLoup au zoo de prague, photo: Johel Mitéran Il faut de la patience je suppose, pour prendre les nuages en photo...

« Il faut de la patience, oui, et surtout des opportunités et donc il faut souvent avoir le nez en l’air donc ça peut être un petit peu dangereux. Je pense que j’ai un regard qui me permet de sélectionner relativement facilement ce qui me paraît intéressant. Je pense qu’on ne lève pas assez le nez pour regarder. Pour donner un simple exemple : la photo de la tête de loup, je l’ai prise au zoo de Prague. Tout le monde était en train de photographier les animaux et j’étais le seul à photographier le ciel. »

On disait que vous avez également réalisé un ouvrage pour enfants, qui s’appelle Le bouquet. Mais vous avez aussi d’autres activités : vous chantez, vous faites de la musique, vous êtes donc professeur. Vous êtes pluri-disciplinaire ! Comment gérez-vous toutes ces activités multiples ?

 « La gestion n’est pas évidente d’autant plus que je le fais sur deux sites, puisque je fais mon travail d’enseignement et de recherche à Dijon en Bourgogne. Mes activités annexes, en ce qui concerne la photo, ce sont des parties de nuits pour le traitement. Je saisis toutes les occasions que je peux au niveau des vacances pour le faire. Et au niveau de la musique c’est la même chose. Je le fais très ponctuellement, mais ça reste une activité qui reste quand même secondaire par rapport à mes activités professionnelles. »

Ces concerts, vous les avez faits en France, en République tchèque ?

« On a donné quelques concerts à Dijon et aux alentours, à Paris au théâtre du Lucernaire par exemple. Et le concert principal qu’on ait fait, est à Český Krumlov, au festival international de musique en 2006. C’était une expérience fantastique pour moi. »

Avez-vous des concerts prévus dans les temps à venir ?

 « Pour l’instant on a seulement un concert prévu à Dijon au mois de juillet. C’est vrai que je n’ai pas recherché d’autres concerts. Le travail principal puisqu’on a cherché deux disques, dont le principal est le live à Český Krumlov, est la recherche des concerts. J’avoue que j’ai trop peu de temps à consacrer à ça pour en décrocher suffisamment. »

Cette exposition Figures éphémères est installée pour quelques temps au café Mlýn, vous nous redirez jusqu’à quand. Avez-vous d’autres projets d’expositions ?

« L’exposition sur ce thème ou sur Verre et lumière va bientôt être transportée près de Jihlava (à Pelhřimov, ndlr). Pour l’instant, c’est le seul point certain. Je vais essayer près de Paris, mais c’est une autre histoire. Et pourquoi pas à Prague dans d’autres endroits ? »

08-03-2009