Baobab, une maison d’édition pour enfants, «petite, mais costaud»

25-04-2010

Aujourd’hui, découverte de la maison d’édition Baobab. Né avec le millénaire, en l’an 2000, Baobab a été créé par Juraj Horváth et sa femme Tereza qui ont voulu donner un coup de pouce à la création de livres pour enfants, en panne sèche d’inspiration depuis la révolution de velours. Installés dans la petite ville de Tábor, en Bohême du Sud, ils publient des titres originaux d’auteurs tchèques mais aussi pas mal d’ouvrages traduits du français. Rencontre avec Tereza Horváthová qui évoque son travail et l’état de l’édition de livres pour enfants en République tchèque.

 « Quand Baobab a été créé, on était juste deux : mon mari et moi. On a voulu faire des livres pour enfants parce qu’on s’est rendu compte qu’on ne trouvait aucun beau livre dans les librairies tchèques. On s’est dit que ce serait intéressant. Mon mari est aussi illustrateur, il a étudié dans l’atelier de Jiří Šalamoun qui est un artiste très célèbre. Il a également étudié tout ce qui tourne autour de la fabrication du livre, la typographie etc. »

Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, vous vous êtes dits : on va faire des livres pour enfants nous-mêmes !

 « Oui, c’est ça ! Et moi, j’ai fait des études de français, j’ai toujours aussi un peu écrit à côté. On avait un livre de contes, de Kubín, un auteur tchèque assez connu. Sous le communisme ses contes ont été très adaptés, pour que ce soit plus ‘léger’ pour les enfants. Nous, on voulait la version originale. On l’a préparée pour un éditeur et il n’a pas aimé les illustrations. Donc on s’est dit qu’on allait le faire nous-mêmes. C’est comme cela qu’on a commencé. Ensuite on a trouvé d’autres textes, et on en a publié trois ou quatre par ans. »

Et dix ans après ?

Tereza Horváthová, photo: www.klaster-bechyne.orgTereza Horváthová, photo: www.klaster-bechyne.org « Douze livres par an, mais pas plus. Aujourd’hui on est trois à travailler pour Baobab. La troisième personne, Bara, fait les comptes et la distribution pour nous. Nous, on a aussi d’autres activités à côté. Juraj donne des cours à l’école où il a étudié et dirige également un atelier d’illustration. Et moi... eh bien, j’ai beaucoup d’enfants ! »

Cinq enfants...

« Oui, c’est ça ! »

Vous arrivez à tout gérer ?

« Oui, ça va. (rires) »

Photo: BaobabPhoto: Baobab En fonction de quoi choisissez-vous les titres que vous allez publier ? Parce qu’il y a à la fois des ouvrages originaux, mais aussi des traductions...

« On a commencé à travailler surtout avec de jeunes artistes tchèques qui avaient peu de chances de trouver des débouchés. On a donc commencé avec des titres originaux. Mais en même temps, nous nous sommes rendu compte que les gens ne connaissent pas ce qui se passe à l’extérieur du pays. On s’est dit qu’il y avait d’autres choses merveilleuses ailleurs que l’on pourrait rapporter en République tchèque. Evidemment, ce sont des choses qui se développent lentement, car nous étions tout petits, il faut toujours attendre que l’argent arrive pour pouvoir se lancer dans la fabrication. C’est ainsi que l’on a édité un grand livre de Timothée de Fombelle. A l’heure actuelle, on veut essayer de présenter aux enfants tchèques des choses plus classiques, du XXe siècle, c’est-à-dire des choses qui sont devenues classiques à l’extérieur et qui sont aujourd’hui connues partout. Par exemple, il y a ce cinéaste, Frank Tashlin, qui a fait aussi trois livres à côté. On voudrait également présenter plus l’œuvre de Sempé, qui est très connu en République tchèque. »

Par Le Petit Nicolas...

« Oui, mais ce qui est moins connu, ce sont ses livres d’illustrations humoristiques, avec des blagues... »

Vous dites qu’il n’y avait rien sur le marché au niveau de la production de livres pour enfants en République tchèque. Comment cela se fait-il ? On dit toujours que sous le communisme que l’illustration tchèque était très réputée à l’étranger... Est-ce en lien avec la fin des dotations d’Etat qui a mis un terme à cette manne financière ?

 « C’est exactement cela. Le livre illustré a vécu un vrai boom surtout dans les années 1960. Il y avait des illustrateurs magnifiques. Après 1968, beaucoup d’artistes ont été empêchés de travailler, ils se sont donc ‘infiltrés’ dans l’illustration ou dans le livre pour enfants. On a beaucoup de livres pour enfants dans les années 1970 qui sont très beaux parce qu’ils ont été faits par des grands auteurs. »

L’illustration était une sorte d’échappatoire...

 « C’est cela. Finalement, après 1989, dans les années 1990, ça a complètement changé parce qu’il y avait beaucoup de livres qui existaient déjà. Et les gens des nouvelles maisons d’édition cherchaient plutôt à faire de l’argent rapidement. Ils allaient donc chercher du côté de titres américains et se sont mis à déverser des centaines de titres sur le marché. Le livre d’auteur a complètement disparu. Il y a une histoire assez intéressante : Albatros, qui était la plus grosse maison d’édition subventionnée par l’Etat, possédait tous les droits d’auteurs de ces beaux livres édités. Mais il y a eu des choses pas très claires dans les finances, de l’argent a été perdu. Et en plus ils se sont vraiment orientés vers un aspect très commercial. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils commencent peu à peu à refaire de belles choses. Vraiment, après 1989, il n’y avait rien du tout. Sauf chez les bouquinistes ! »

N’y avait-il pas aussi un autre problème, peut-être récent : d’une part, on prend souvent la littérature pour enfants comme une littérature secondaire, pas rentable... Et puis, aujourd’hui, avec la télévision, est-ce que les enfants n’iront pas plus volontiers vers un dessin animé plutôt que vers un livre illustré ?

« Mais est-ce que ce n’est pas la même chose en France ou ailleurs ? C’est une question de culture. Si on enseigne aux enfants dès le début, dès la maternelle, à travailler avec des livres, on leur apprend à avoir envie de lire. Ce n’est pas le cas ici... C’est incroyable d’ailleurs parce que nous sommes une nation littéraire. »

Et puis certaines études montrent quand même que les Tchèques sont de grands lecteurs...

 « Oui, mais on ne donne pas beaucoup de livres aux enfants. Par exemple, ici, ce qui est bizarre, c’est qu’il n’existe pas presque pas d’albums pour enfants, ces grands livres où le texte et l’illustration ont le même poids. Ou les histoires autour de personnages comme Petit ours brun... Nous, on a évidemment Miler et sa petite taupe, et puis les ‘večerníčky’, une série télévisée animée qui passe chaque jour à 19h et qui paraissent aujourd’hui en livre. Mais ce sont des choses des années 1980... »

Ce n’est plus actuel, les enfants changent et les histoires doivent évoluer aussi...

« Oui... Mais quand même, ça commence à changer un peu. Il y a trois ou quatre éditeurs, plus grands que nous, qui ont commencé à faire de beaux livres... Peut-être est-ce aussi dû au baby-boom. Du coup, il y en a qui se sont rendu compte qu’il fallait des livres. Ça nous faciliterait d’ailleurs la tâche parce qu’on est toujours un peu passés pour des fous avec nos beaux livres. »

Pourquoi avoir choisi le symbole du Baobab ? C’est parce que vous êtes une petite maison d’édition, mais vous êtes costauds ?

« Sûrement ! Il y a plusieurs raisons. La première, c’est que ça commence par la lettre B. Comme dit mon mari, c’est au commencement de l’annuaire... »

C’est un bon référencement.

« Voilà ! Puis, il y a B, A, O qui sont les premières lettres avec lesquelles les enfants travaillent. Les enfants écrivent souvent les lettres B, A, O, je ne sais pas pourquoi... »

C’est peut-être parce que B et O sont des lettres ‘rondes’...

« Et puis il y a l’arbre, le baobab. C’est l’arbre du Petit Prince. J’aime cette histoire... C’est un arbre extraordinaire. Il y a beaucoup de place... »

On peut en faire une maison...

« Voilà. Nous sommes une grande famille, alors on ne sait jamais. »

Photo: www.klaster-bechyne.orgPhoto: www.klaster-bechyne.org Concrètement, entre le moment où vous décidez de fabriquer un livre et le moment où il sort, combien de temps ça met ?

« (rires) Chez nous, ça dépend ! Chez un grand éditeur, je dirais six mois, un an. Mais chez nous ça dépend du prix... Nous avons des livres sur lesquels nous travaillons depuis trois ans et qui ne sont pas finis. Et puis il y a des livres qu’on trouve et qu’on édite tout de suite parce qu’on a trouvé les moyens. Chez nous, on ne peut pas dire qu’on a un plan d’édition très professionnel. »

Je crois savoir aussi qu’à l’automne dernier vous avez ouvert une boutique à Tábor…

« C’est une toute petite galerie et librairie où nous vendons nos livres ainsi que ceux des éditeurs que nous aimons bien. Tous les mois, nous avons aussi une exposition d’un illustrateur, graphiste, typographe... Ca fait quelques mois et, incroyable, mais ça marche ! »

http://baobab-books.net

25-04-2010