André Villers, le photographe de Picasso, devant la caméra de la réalisatrice tchèque

Diplômée de l’université de Paris 8 après des études de cinéma, la jeune réalisatrice tchèque Markéta Tomanová vient de passer cinq ans à tourner un film documentaire portant sur le destin et l’œuvre d’André Villers, photographe connu surtout pour ses portraits de Pablo Picasso et d’autres artistes emblématiques du XXe siècle. En voyage perpétuel entre Prague, Paris et le sud de la France, Markéta Tomanová a tourné avec une équipe composée de ses deux coproducteurs et également d’un monteur. Au micro de Radio Prague et sur fond de la musique de son film, elle raconte comment elle a fait la connaissance du photographe André Villers et ce qui la passionne dans son œuvre.

André Villers, photo: Markéta TomanováAndré Villers, photo: Markéta Tomanová « André a commencé à prendre des photos de Picasso, des photos en noir et blanc connues. Elles sont connues parce qu’elles représentent Picasso mais on en connaît pas forcément l’auteur. C’est aussi une des raisons qui m’a poussé à faire ce film, pour qu’on reconnaisse enfin le photographe, l’artiste, qui est derrière toutes ces images. »

Pourquoi André Villers ?

La famille de Markéta Tomanová, photo: André VillersLa famille de Markéta Tomanová, photo: André Villers « André Villers est un ami de longue date de ma famille. Mon père l’a connu dans les années 1960 dans le sud de la France et a ensuite organisé la première exposition d’André Villers à Prague en 1969. Nous allions les voir souvent dans le sud de la France et à chaque fois c’était un moment très agréable. Pour moi, c’est un ami de la famille avant tout, plus qu’un photographe. C’est comme cela que j’ai pu approcher André et lui demandé s’il était d’accord pour faire ce film. »

La rencontre avec la photographie et avec Pablo Picasso

André Villers avec Pablo Picasso, photo: André VillersAndré Villers avec Pablo Picasso, photo: André Villers « André Villers est atteint d’une tuberculose osseuse quand il a seize ans. C’est juste après la Seconde Guerre mondiale. Il est très malade et ses parents décident de l’envoyer dans le sud de la France, à Vallauris. Il est plâtré de la tête aux pieds et il ne peut rien faire, il est complètement immobile. Pendant cinq ans, il reste immobile et heureusement à ce moment-là, la pénicilline est introduite en médecine et lui sauve la vie. A l’âge de 21 ans, il est capable de remarcher, il redécouvre la vie qu’il a mis entre parenthèses pendant cinq ans. C’est là qu’il commence à prendre des cours de photographie au sanatorium. C’est une révélation pour lui. Au départ, une petite dizaine de personnes suivaient ces cours et puis au fur et à mesure, les patients et les gens ont fait autre chose et il s’est retrouvé à être le seul à avoir les clefs du labo. Il faisait énormément d’expérimentations et à cette époque, il prend en photo un monsieur qui lui dit qu’il peut revenir et prendre des photos s’il le souhaite. Et ce monsieur, c’était Pablo Picasso. André avait 23 ans quand il l’a rencontré en 1953. Il s’est lié d’amitié avec Picasso qui est devenu en quelque sorte son mentor et il lui a montré beaucoup de chose dans la création artistique. Il l’a certainement influencé à tous les niveaux de la création. »

Le photographe des artistes

L'autoportrait, photo: André VillersL'autoportrait, photo: André Villers « Par la suite, André a fait la rencontre de nombreux artistes, de peintres et de sculpteurs de la Côte d’Azur. Il les a photographiés et c’était tout naturel pour lui. Il a photographié beaucoup de personnalités du monde artistique telles que Chagall, Miro, Léger, Hartung, Arp, Dali, des cinéastes tels que Buñuel, Fellini… Il a même photographié Gainsbourg, Aznavour… Il a vraiment photographié beaucoup de gens et on ne sait pas forcément qui a pris ces belles photos. »

Apprendre à connaître André Villers

« Même si je connais André et sa famille depuis que je suis née, cela a pris du temps pour que j’apprenne à connaître son travail parce que même si je connaissais à travers ses photos, il fallait aller chercher la personne qui est derrière ces photos. Il fallait apprendre à connaître cet homme. »

Fiction, documentaire, reportage

André Villers et Markéta Tomanová, photo: Archives de Markéta TomanováAndré Villers et Markéta Tomanová, photo: Archives de Markéta Tomanová « Si je fais ce documentaire, c’est une exception car pour mes prochains projets, je veux faire de la fiction. Que je fasse un film ou un documentaire, cela raconte toujours une histoire et c’est l’essentiel pour moi. Ensuite que cela soit labellisé documentaire ou fiction, ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est qu’il y ait une histoire, une histoire suffisant intéressante à raconter et que les gens aient envie de la regarder. C’est difficile, on ne peut pas faire un film de documentaire comme on fait un reportage. Beaucoup de télévisions par exemple viennent voir André et font un reportage qui dure cinq minutes. L’équipe reste une heure, pose quelques questions. Le tout est très vite monté et diffusé le lendemain. Pour un film, c’est spécifique. Je ne voulais pas faire un film de type reportage. Je voulais un film qui puisse montrer la globalité de l’œuvre d’André car André Villers n’est pas seulement photographe, c’est également un artiste visuel, un plasticien. Il faut beaucoup de choses, de choses expérimentales, des photogrammes, des photocollages, des découpages, des collages… »

Le devenir du film

André Villers et sa femme Chantal, photo: Markéta TomanováAndré Villers et sa femme Chantal, photo: Markéta Tomanová « On vient à peine de terminer le film. Terminer le film, c’était vraiment un processus très compliqué d’un point de vue technique. On n’a pas réalisé jusqu’à la post-production à quel point cela serait difficile. C’était trois mois de production intense. On peut dire que maintenant le film est prêt et je vais organiser une projection très prochainement. Je vais l’envoyer dans plusieurs festivals de film documentaire. En République tchèque, il y a le festival du film documentaire de Jihlava en octobre. Peut-être qu’il sera retenu et qu’on le verra là-bas. »

André Villers, Mon Ami Picasso

Scénario et réalisation: Markéta Tomanová
Produit par: Martin Matiášek, Prokop Toman et Markéta Tomanová
Image: Markéta Tomanová et Martin Matiášek
Montage: Aurélien Manya
Musique: Vladimír Cháb