Tomas Pasak

04-05-2006

Tomas Pasak, maître de conférences, était l'un des spécialistes les plus remarquables de l'histoire tchèque notamment de la Première République tchécoslovaque, de la Deuxième Guerre mondiale, de la résistance et des raisons de collaboration simulée des personnalités clefs de l'époque avec l'ennemi nazi.

Par des recherches minutieuses il a réussi à réhabiliter certains membres du gouvernement tchèque du protectorat de Bohême-Moravie, en premier lieu le Premier ministre Alois Elias, et ses collaborateurs, condamnés par les nazis à mort pour haute trahison, en 1941. T. Pasak s'est également concentré sur l'histoire de l'organisation fasciste Vlajka, la collaboration des journalistes tchèques avec le régime nazi et le mouvement fasciste de Gajda. Il a également fait une étude approfondie sur l'invasion de l'armée allemande en 1939 et l'armée soviétique en 1968 sur le territoire de la Tchécoslovaquie, faisant un parallèle entre les deux. Dans les années 70 les autorités communistes le déclarent historien opportuniste : il est classé personne indésirable. Pendant vingt ans, l'historien ne sera pas autorisé à donner des conférences et ses oeuvres finiront au pilon. Ce n'est qu'en 1989 qu'il est réhabilité et nommé directeur du Musée pédagogique de Jan Amos Komensky. Malheureusement ses livres ne seront publiés qu'après son décès. Parmi d'autres je citerais JUDr. Emil Hacha, le Fascisme tchèque dans les années 1922-1945 et la collaboration entre 1939 et 1945 (Cesky fasismus 1922-1945 a kolaborace 1939-1945), Heydrich au château, Elias en prison (Heydrich na hrad, Elias do vezeni), le 17 novembre 1939 et l'Université Charles (17. listopad 1939 a Karlova Univerzita).

Tomas Pasak, né le 6 juin 1933 à Prague dans la famille d'un conducteur de tram, est resté toute sa vie très attaché à la région de la Bohême du sud où il passait les vacances chez ses grands parents. Il aimait les multiples étangs avec carpes en abondance. Après le baccalauréat au lycée pédagogique de Prague, il enseigne pendant une brève période à Podborany, en Bohême de l'ouest, puis fait son service militaire. Ce n'est qu'après le service obligatoire qu'il passe les examens à la faculté des lettres de l'Université Charles, option histoire, par ailleurs son unique marotte. Grâce à ses résultats excellents, il est admis comme assistant à sa faculté mère une fois les études terminées.

Ses recherches sont axées sur la Tchécoslovaquie de T.G. Masaryk et l'occupation nazie. En cette période il fait la connaissance de sa future épouse Jana qui est également étudiante à la faculté des lettres. J'ai fait la connaissance de mon mari en 1963 au restaurant u Krizovniku, le jour de l'inscription en seconde année à l'université. J'accompagnais une amie, membre de l'équipe universitaire de volley-ball, dans lequel jouait également l'assistant Tomas Pasak, mon futur mari. Pour lui, c'est le coup de foudre, Jana est plutôt réservée. Mais Tomas Pasak a l'habitude d'atteindre tout objectif fixé. Il se renseigne sur l'adresse de Jana, le numéro de tram qu'elle prend pour aller à l'université et comme par hasard se trouve à tout moment sur son passage. Finalement, il l'invite au bal de la faculté des lettres et danse avec elle jusqu'à l'aube. Depuis les deux jeunes gens deviennent inséparables. Un an après le bal ils se marient. Un mariage d'amour avec deux enfants, qui durera jusqu'au décès prématuré de l'historien.

Dans les années soixante Tomas Pasak donne toujours des conférences à la faculté des lettres de l'Université Charles tout en publiant le Procès du général Elias ainsi que des articles professionnels dans des revues importantes comme le Recueil de Silésie (Slezsky sbornik), le Recueil de l'association morave (Sbornik Matice moravske) et la Revue historique tchécoslovaque (Ceskoslovensky casopis historicky).

En 1971, Tomas Pasak est muté d'obligation à la Chaire des études d'archives et de sciences historiques auxiliaires de la faculté des lettres de l'Université Charles. C'est l'époque de la normalisation et Tomas Pasak est considéré par les autorités communistes comme un historien opportuniste, plutôt à droite. Pour l'instant tout va relativement bien. Il travaille sur l'élaboration du Registre des journaux, magazines et bulletins officiels en Bohême dans les années 1939-1945 (Soupis legalnich novin, casopisu a urednich vestniku v Ceskych zemich v letech 1939-1945). C'est le dernier ouvrage qu'il publie avant de quitter définitivement la faculté. Il lui faudra attendre sept ans avant de sortir les Enseignants tchèques dans la résistance antifasciste dans les années 1939-1945 (Cesti ucitele v protifasistickem odboji 1939-1945).

Que s'est-il passé au juste : envie, vengeance, jalousie. Tomas Pasak a un grand ennemi très haut placé au sein de la faculté. Il s'agit du chef de la chaire d'histoire tchécoslovaque. En raison de manipulations machiavéliques de cet homme perfide, Tomas Pasak est muté au Musée pédagogique de Jan Amos Komensky où il fait des travaux dégradants. Il n'est pas autorisé à publier et à donner des conférences. Mais comme il a toujours été très apprécié par les étudiants, ceux-ci viennent le trouver à domicile et l'historien remarquable donne donc des conférences clandestinement.

En 1989 T. Pasak est nommé directeur du Musée pédagogique de J. A. Komensky et retourne donner des conférences à la faculté des lettres. Il travaille beaucoup, réussit à prendre des contacts importants sur le plan international, organise l'exposition internationale accompagnée d'un séminaire à l'occasion du 100ème anniversaire de l'humaniste Premysl Pittr, (classé par l'UNESCO anniversaire culturel mondial). Mais après toutes les épreuves précédantes, le coeur épuisé du grand historien lâche définitivement le 26 octobre 1995. Il n'est plus parmi nous, pourtant il reste vivant et inoubliable.

04-05-2006