Marie Kulhánková-Wagnerová

04-09-2008

La sculpteur Marie Kulhánková-Wagnerová est renommée surtout pour ses portraits, principalement ceux d’enfants. Ses œuvres étaient admirées entre autre par František Kupka qui a manifesté son admiration pour l’artiste par les paroles suivantes : « Je lui disais toujours qu’elle a su découvrir la simplicité de la forme que Despiau a cherché tout au long de sa vie. Elle ne me croyait pas et pensait que je lui lançais des fleurs. »

A vingt-deux ans Marie Kulhánková-Wagnerová avait devant elle une carrière prometteuse de sculpteur. A titre d’illustration, à l’occasion de l’Exposition de la culture contemporaine tchécoslovaque qui a eu lieu en 1928 à Brno, elle a créé des statues plus grandes que nature, hautes de trois mètres pour le pavillon de l’Académie des Arts plastique, de peinture, sculpture et d’architecture du célèbre architecte Josef Gočár. Mais elle a préféré se consacrer plus à l’éducation de ses deux fils, Josef - actuellement peintre renommé, et Jan, sculpteur et plasticien, décédé en 2005, qu’elle a eus avec son mari le célèbre sculpteur Josef Wagner. Ce dernier a entre autre obtenu le premier prix de l’Académie tchèque des Sciences et des Arts pour son œuvre le Torse allongé et le Grand Prix de la Sculpture de l’Exposition Internationale de Paris pour sa sculpture, Poésie. Il a également gagné l’appel à concours publié pour le monument de Bedřich Smetana à Karlovy Vary et celui du poète Jaroslav Vrchlický se trouvant à Prague.

Malgré son rôle de mère et de femme au foyer que Marie accomplissait avec amour, elle n’a pas cessé de créer de magnifiques sculptures. Elle faisait également de la céramique d’usage courant et jouait remarquablement bien du piano, de préférence Mozart. Son fils aîné, le peintre Josef Wagner, parle de sa mère ainsi : « Ma mère Marie Kulhánková considérait l’art comme un service. Elle s’est pliée devant le génie de mon père et en tant que femme elle se consacrait à l’art qu’elle comprenait et disait toujours : ‘si je ne créais rien, il serait suffisant pour moi de me réjouir tout simplement de l’art’. C’était une philosophie simple qui, dirais-je, est indirectement représentée dans une reproduction du tableau de Jean-Baptiste Camille Corot, représentant une femme servante. Ce tableau se trouvait dans notre cuisine dans un placard créé par l’architecte Heyjthum. »

Marie Kulhánková-Wagnerová est née le 25 septembre 1906 à Hořice au pied des Monts des Géants, centre de la sculpture baroque tchèque. Son père, Josef Kulhánek, était sculpteur et professeur à l’Ecole de Sculpture et de tailleurs de pierre à Hořice. Son camarade d’école était Josef Mařatka, qui sera plus tard l’élève d’Auguste Rodin. La mère de Marie était comédienne. Marie fait ses études à l’Ecole de Sculpture et de tailleurs de pierre à Hořice. Puis en 1924 elle est admise à l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués de Prague. Elle suit des cours chez le sculpteur Jan Štursa et après le suicide de ce dernier elle continue chez le non moins célèbre Bohumil Kafka. Il est à noter que le grand sculpteur est l’auteur de la statue du chef des guerriers hussites Jan Žižka de Trocnov assis sur son cheval et dominant la ville de Prague du haut de la colline de Žižkov, considérée comme la plus grande statue équestre en bronze du monde.

Au cours de ses études elle rencontre le jeune sculpteur Josef Wagner, de quatre ans son aîné. Les jeunes gens tombent amoureux et ne se quittent plus. Vers la fin des années vingt, le père de Marie envoie sa fille à Paris, à l’époque centre mondial des arts plastiques. Elle est jeune et très belle. Son visage aux traits fins orné d’une abondante chevelure rousse, sa personnalité et son talent extraordinaire de sculpteur attirent immédiatement l’attention. La jeune fille a beaucoup d’admirateurs mais son cœur appartient à Josef Wagner. Elle suit également des cours chez František Kupka, apprend vite le français et absorbe la culture française. Plus tard elle obtient une bourse et reviendra à Paris à plusieurs reprises. Au retour de Paris elle devient membre de l’Union des artistes d’arts plastiques Mánes.

Bien évidemment elle continue à fréquenter son grand amour Josef Wagner. Mais leur amour n’est pas sans entraves. Les parents du jeune sculpteur n’ont qu’un petit atelier de tailleur de pierre alors que le père de Marie est un artiste remarquable et instruit. Il estime que Josef Wagner n’est pas un assez beau parti pour sa fille chérie. Malgré tout Marie épouse Josef Wagner en 1932. Pour échapper à la pression exercée par les parents les jeunes mariés partent en Italie, Grèce et en Crète. Ce voyage inspirera énormément les deux artistes et se reflètera plus tard dans leurs œuvres.

Au retour en Tchécoslovaquie le couple s’installe dans un chalet à Betlém près de Kuks, endroit romantique en pleine forêt, en Bohême de l’Est situé près du château Kuks dont les statues ont été créées par Mathias Bernard Braun et que Josef Wagner a d’ailleurs restaurées. Le logement des Wagner a été dessiné par le remarquable architecte Antonín Wagner, frère de Josef Wagner. Le chalet a été conçu de façon simple et rudimentaire, comme un retour à la nature. C’est en ces lieux que le couple a vécu les plus belles années de leur vie jusqu’en 1938. Ils y menaient une vie simple, dénuée de toute technique moderne. Ils allaient chercher l’eau à la fontaine, enveloppaient le beurre dans des feuilles de bardane, les villageois leur donnaient volontiers des œufs, le garde forestier les approvisionnait en gibier. Par la suite le couple est revenu dans leur atelier à Prague.

Après le décès de son mari Josef Wagner, Marie Kulhánková-Wagnerová et ses deux fils ont pris soin des œuvres de son époux. Elle a créé avec l’assistance de ses deux enfants la Salle commémorative de Josef Wagner à Jaroměř en Bohême de l’Est et a placé ses œuvres plastiques dans le parc de la maison familiale à Hořice.

L’exquise artiste a transformé la maison en galerie d’œuvres de famille en mettant l’accent sur les œuvres de son mari Josef Wagner. « Jusqu’à la fin de sa vie ma mère a servi à l’héritage artistique de ses parents et de mon père Josef Wagner. Elle était la protectrice de mon père, son plus fidèle commissaire d’exposition et surtout sa muse. Elle fut pour lui la source d’inspiration de la plupart de ses œuvres. » La parole était encore une fois au peintre Josef Wagner. Marie Kulhánková-Wagnerová est décédée le 7 octobre 1983 à Hořice.

04-09-2008