Jarmila Novotna

Grande, gracieuse, à la silhouette longiligne, la cantatrice Jarmila Novotna faisait vibrer son soprano pur et cristallin sur les plus grandes scènes du monde. Son talent dramatique, peu courant chez les chanteurs d'opéra, et sa beauté éblouissante lui ont valu de nombreuses propositions plus qu'intéressantes de la célèbre Metro Goldwyn Mayer. La cantatrice les a refusées, désirant se consacrer uniquement à l'opéra. Elle et Ema Destinnova, sont considérées comme les deux cantatrices tchèques les plus remarquables qui se sont manifestées sur la prestigieuse scène du Metropolitan-Opera. Parmi ses nombreux amis et admirateurs comptait également le président T. G. Masaryk.

Elle se fait également applaudir dans le rôle de Violetta dans la Fiancée vendue de Smetana. Traviata de Verdi. En 1926 J. Novotna devient officiellement membre de l'opéra du Théâtre national. C'est précisément en cette période que la cantatrice fait la connaissance de son futur mari, le chevalier Jiri Daubek.

Elle est allée beaucoup trop vite et ses cordes vocales surchargées ne résistent pas à l'immense effort. La crise ne se fait pas attendre. Il faut impérativement qu'elle se soigne. Le traitement se passe bien, mais non sans séquelles. Elle ne pourra plus jamais chanter les rôles pour les voix très aigues tels que la Reine de la nuit dans la Rigoletto de Verdi. Le succès est incroyable. La cantatrice reçoit une offre d'engagement de la Metropolitan-Opera qu'elle refuse et accepte un engagement à Berlin. Ainsi, elle peut rester près de l'homme de sa vie, qu'elle épousera en 1931. La jeune artiste s'investit énormément. Certes, elle possède un talent exceptionnel, mais elle est très jeune et techniquement Jarmila n'est pas assez formée. Flûte enchantée de Mozart. Par contre, sa taille haute et mince lui permet d'incarner les rôles masculins, à titre d'illustration le Chérubin dans les Noces de Figaro de Mozart. La diva se remet à chanter avec acharnement. Entre autre J. Novotna chante Rosalinda dans la Chauve-Souris de Strauss à Paris, à Vienne le rôle principal dans l'opérette Giuditta de Franz Lehar, elle joue le rôle principal dans l'opérette Frasquita du même auteur, tournée comme film par le célèbre réalisateur et scénariste des années vingt et trente Karel Lamac. Elle décroche également le rôle principal dans le film Une nuit de grand amour avec la vedette du cinéma allemand Gustav Fröhlich.

Le chef d'orchestre Arturo Toscanini la parraine pour son entrée au Metropolitan-Opera où elle se présente sur scène pour la première fois début janvier 1940 dans le rôle de Mimi dans la Bohême de Puccini. Mais sa présence sur les scènes prestigieuses des Etats-Unis, n'empêche pas les difficultés. La diva manque de contacts et de moyens financiers. Elle a beaucoup de soucis car elle est la seule à renflouer les fonds de la famille. Jarmila fait des tournées à travers le pays, chante aux concerts de charité, à la radio, dans les comédies musicales à Broadway... Les difficultés financières ne l'empêchent pas de persister à refuser les offres de la Goldwyn. La gloire de l'écran ne l'intéresse que peu. Le géant de la cinématographie est tenace. Pas étonnant, J. Novotna est vraiment très belle et de plus photogénique. Finalement après dix ans de persuasion elle accepte de jouer dans le film Madame Butterfly. Le grand Caruso. Ce sera le seul et l'unique, elle ne signera jamais de contrat avec la Goldwyn.

Après la guerre, Jarmila et son mari pensent revenir de temps en temps dans leur patrie pour reprendre des forces. Le domaine de la famille de son époux, les chevaliers Daubek, est situé à Liten près de Beroun. Malheureusement, tous les biens des Daubek sont confisqués après le coup d'état de 1948. Le couple n'est autorisé à emporter que quelques meubles et vêtements.

Ils reviennent à New York où la cantatrice continue à se produire sur scène. Elle met un terme à sa carrière peu avant la cinquantaine. Toutefois elle donne de temps en temps un concert et organise des conférences sur le chant d'opéra, excellente façon de transmettre ses propres expériences à une nouvelle génération. En 1972, elle obtient l'autorisation de revenir dans sa patrie. Jarmila Novotna vivra en Tchécoslovaquie jusqu'au décès de son mari. Ensuite la cantatrice revient aux Etats-Unis où vivent ses deux enfants.

Jarmila Novotna est décédée le 9 février 1994. Elle est enterrée à Liten, domaine de la famille de son mari où se trouve également un musée dont les salles racontent l'histoire de l'exquise diva.