Bedřich Hrozný

Bedřich Hrozný, né le 6 mai 1879 à Lysa nad Labem en Bohême centrale, était un linguiste et un orientaliste remarquable qui a contribué de façon importante à déchiffrer les caractères cunéiformes hittites. Il a découvert la richesse culturelle de ce peuple indo-européen dont le puissant empire se trouvait en Anatolie centrale (actuelle Turquie). La puissance et l’expansion territoriale des Hittites qui culmina au XIIIe et XIVe siècle av. J.-C., fut équilibrée avec celle de l’Egypte par la bataille de Kadesh. Cette dernière est considérée comme la première bataille dont on connaisse le déroulement de manière relativement précise.

Bedřich Hrozný était un chercheur talentueux. Il a rédigé plus de 300 ouvrages scientifiques dont le premier a été publié alors qu’il n’avait que vingt-trois ans. Ils étaient concentrés surtout sur l’Asie Mineure, la Mésopotamie, dont la religion influença celle des Hittites, la Crète antique, l’ancienne Egypte et l’Inde. Il rédigeait ses ouvrages également en français, allemand et en anglais. Ses recherches sont d’un grand apport pour l’histoire de l’orientalisme du XXe siècle.

Bedřich Hrozný a appris la base de l’hébreu et de l’arabe au cours de ses études secondaires. Après son baccalauréat il opte pour des études à la faculté de théologie à l’Université de Vienne. Peut-être parce que son père est pasteur, peut-être aussi parce qu’il estime que c’est une voie pleine d’avenir. Mais très vite, il se rend compte que ce n’est pas vraiment ce qui lui convient. Il passe à la faculté des lettres où il peut se concentrer à l’étude du grec, du latin et des langues orientales, en particulier de l’assyrien, de l’éthiopien, du sanskrit, du sumérien, de l’araméen et de l’écriture cunéiforme. Au début du XXe siècle il obtient une bourse à l’Université de Berlin où il trouve également un poste au sein de la bibliothèque universitaire. En 1904 il est convoqué à participer aux fouilles à Taanek. Ce sera en Turquie, Syrie, Palestine et en Egypte qu’il contribuera à la traduction des textes de l’écriture cunéiforme. Ce voyage est une grande expérience à vivre car à l’époque ces pays lointains sont encore un mystère. Il retourne à Vienne et travaille à la bibliothèque universitaire de la capitale impériale.

Plus ou moins à cette même période, des tablettes en argile couvertes d’une écriture inconnue sont découvertes à quelques centaines de kilomètres d’Ankara. Et ce fut justement Bedřich Hrozný qui réussit à élucider le mystère de l’écriture qui devint le cauchemar d’un grand nombre de scientifiques. Il s’agissait bel et bien de l’écriture cunéiforme hittite, langue faisant d’ailleurs partie des langues indoeuropéennes.

Après la Grande Guerre Bedřich Hrozný est appelé pour travailler à la faculté des lettres de l’Université Charles à Prague dont il est pendant deux ans le président et où il est nommé professeur d’écriture cunéiforme et de l’histoire de l’ancien Orient. En même temps, il se consacre à la fondation de l’Institut orientale dont il devient également le président.

Dans les années trente ce scientifique tchèque réalise un voyage de plusieurs mois pour la Syrie et la Turquie. En 1939 la possibilité de quitter la Tchécoslovaquie se présente, mais Bedřich Hrozný, grand patriote, refuse de fuir les occupant fascistes. Après la fermeture des universités par les nazis, il donne des conférences. Pendant la guerre il se consacre à la rédaction de l’histoire l’Asie antérieure et au déchiffrage des inscriptions crétoises. Par contre il n’a pas réussit à déchiffrer les plus anciens écrits de l’Inde, de la Crète et l’écriture hiéroglyphique hittite.

La guerre de 1939-1945 se termine, mais Bedřich Hrozný est en très mauvaise santé et ne peut plus continuer à développer ses activités au sein de l’Université Charles. Il donne tout de même des conférences dans le cadre de congrès scientifiques internationaux. En 1952 il est l’un des premiers membres de l’Académie tchécoslovaque des Sciences, fondée en cette même année. Un accident grave l’oblige à être interné dans une maison de santé où il passe les derniers jours de sa vie jusqu’à son décès, le 12 décembre 1952.

Le Musée de Bedřich Hrozný, qui fait partie des orientalistes les plus renommés sur le plan mondial, a été fondé en 1951 dans sa ville natale Lysa nad Labem où se trouve également la dépouille mortelle du scientifique tchèque.