Infos | Tous les articles


Plusieurs médias tchèques ont publié ce samedi le contenu complet du rapport de la Commission européenne relatif au Premier ministre Andrej Babiš. Les conclusions du rapport d'audit établissent qu' « en ayant nommé tous les acteurs », le chef du gouvernement tchèque a une « influence décisive » sur les deux fonds fiduciaires dans lesquelles il a placé les actifs de son groupe Agrofert, et de fait, contrôle encore sa société. Le rapport souligne ainsi le conflit d'intérêts dans lequel se trouve le Premier ministre tchèque, une accusation qu'il nie vigoureusement depuis que les soupçons pèsent sur sa personne.

Les sites Aktualne.cz et SeznamZpravy.cz publient plusieurs passages du rapport, mettant en cause directement le chef du gouvernement tchèque : « Monsieur Babiš a participé activement à la mise en œuvre du budget européen de la République tchèque. Il a un intérêt économique direct au succès du groupe Agrofert. Monsieur Babiš a abusé de l'exercice indépendant et objectif de ses fonctions (Premier ministre, ministre des Finances, président du Conseil pour les fonds structurels et d'investissement européens et vice-Premier ministre pour l'économie) en participant aux décisions relatives au groupe Agrofert. »

En févier 2017 Andrej Babiš avait placé ses actifs dans deux fonds fiduciaires afin de ne pas contrevenir à la loi sur le conflit d'intérêts. L'audit de la CE s'est intéressé à la période précédente et suivante. Selon la presse tchèque, le rapport démontre qu'Andrej Babiš a également une influence directe sur la distribution des subventions européennes. Le document décrit divers cas précis et les erreurs commises. Le rapport critique également l'administration tchèque pour n'avoir pas mis en place des mécanismes de contrôle effectifs.

Le rapport de la Commission européenne établit également que toutes les subventions européennes reçues par Agrofert depuis février 2017 devraient être rendues, soit un total de 450 millions de couronnes (17,5 millions d'euros).

Vendredi, la ministre des Finances, Alena Schillerová, membre du parti d'Andrej Babiš (ANO) a déclaré que l'Etat tchèque exigerait le remboursement de l'argent s'il était prouvé que celui-ci avait été acquis de manière frauduleuse. Pour sa part, le Premier ministre Andrej Babiš a fait savoir qu'il ne s'agissait que d'un rapport préliminaire, et non pas de sa version finale et que celle-ci pourrait présenter une conclusion différente. Le Premier ministre a également déclaré qu'il ne démissionnerait pas, même si le procureur de la République tchèque décidait de sa mise en accusation pour le détournement de fonds européens au profit du centre récréatif appelé Nid de Cigognes, autre affaire qui lui a valu une enquête de la police tchèque.

Une manifestation prévue de longue date contre Andrej Babiš doit se tenir mardi soir prochain dans le centre de Prague. Depuis plusieurs semaines déjà, de nombreux Tchèques protestent à la fois contre la nomination de la nouvelle ministre de Justice et contre le Premier ministre, en lien avec ces soupçons de malversations.