Pays du tourisme Visite de Novy Dvur, l'unique couvent trappiste en Tchéquie
Je vous invite au couvent cistercien trappiste de Novy Dvur, à l'ouest de la Bohême. Vous avez pu entendre le nom de ce monastère dans nos émissions de la semaine écoulée, car, le 2 septembre, il y avait ici la dédicace de l'église. J'aimerais revenir encore une fois à Novy Dvur, pour m'arrêter plus longuement sur ce site splendide et solitaire, sur un haut plateau, dans une région abandonnée, à une demi-heure de Plzen.
Eglise (Photo : Stepan Bartos)
Comme son nom le laisse entendre, Novy Dvur - la Cour-neuve en français,
est un complexe de cours et de bergeries, entrant autrefois dans le cadre
de l'abbaye des prémontrés de Tepla. La ferme avait été construite pour
l'abbaye par l'architecte baroque Kilian Ignatz Dientzenhofer, auteur de
l'église Saint-Nicolas à Prague. Laissé à l'abandon, Novy Dvur est tombé
en ruines. Trois fois dans l'histoire tchèque, les ordres religieux ont
été durement frappés: au XVe siècle, pendant les guerres hussites, au
XVIIIe siècle lorsque l'empereur Joseph II a aboli les ordres, et dans les
années 1950, sous le régime communiste. Après la révolution de Velours,
les communautés monastiques vivent une renaissance. Or un couvent
contemplatif masculin faisait défaut. Raison pour laquelle un groupe de
prêtres et de jeunes Tchèques visitent plusieurs monastères trappistes
d'Europe occidentale.
Eglise (Photo : Stepan Bartos)
En août 1991, les six premiers frères tchèques arrivent à l'abbaye de
Sept-Fons, l'une des 150 abbayes cistércienne-trappistes d'observance
rigoureuse. L'abbé de Sept-Fons, Patrick Olive, accepte de former les
novices tchèques à la vie monastique et consent à fonder un monastère
trappiste en Bohême. Le choix de l'endroit est long, et il tombe sur une
ancienne ferme baroque très abîmée, Novy Dvur. Il a fallu une année de
démarches pour l'acquérir avec les terres et les forêts qui l'entourent,
pour que les influences extérieures ne dérangent pas les moines. Après
deux ans de travaux, deux ailes du monastère de Novy Dvur ont pu être
inaugurés, le 20 août 2002.
Photo : Stepan Bartos
L'ancienne ferme de Novy Dvur se compose d'un bâtiment d'habitation et de
trois ailes de dépendances autour d'une cour carrée, à proximité une
bergerie voûtée qui abritera l'hôtellerie qui est encore à construire. Une
seule aile est restée de l'ancienne église. Edifier dans un lieu isolé,
sur des ruines, une nouvelle église exige des moyens importants, mais
aussi de l'expérience. Les frais de 180 millions de couronnes ont été
couverts par les sponsors et l'abbaye de Sept-Fons. Les travaux de
construction ont été confiés à l'architecte minimaliste londonien, John
Pawson, et à l'architecte de Plzen, Jan Soukup. Leur projet rallie la
restauration de bâtiments anciens à la construction contemporaine des
éléments nécessaires à la vie monastique dans un style conforme à la
simplicité cistercienne. L'architecte Jan Soukup raconte:
Photo : Stepan Bartos"Nous voilà au milieu de l'église de l'Assomption-de-la-Vierge-Marie
du couvent de Novy Dvur. L'église est presque aussi longue que celle de
St-Barthélemy sur la place principale de Plzen, mais ses dimensions sont
difficiles à évaluer. Car l'espace est modelé par la lumière. Il n'y a pas
de fenêtres, seulement une sorte de tunnels lumineux par lesquels la
lumière entre et donne à l'ensemble de l'église une luminosité rayonnante,
mais voilée. Derrière l'autel, un escalier monumental, terminé par une
porte, descend jusqu'au prochain cimetière. Les moines, vivants et morts,
pourront ainsi se rassembler autour de l'autel, pour prier ensemble.
L'intérieur de l'église est simple: un autel en pierre, derrière lui le
sanctuaire au-dessus duquel se dresse une colonne portant la copie d'une
madone gothique. En dépit de son austérité, l'intérieur est très
harmonieux, ce qui est caractéristique pour l'architecture et la vie des
cisterciens. Leur père spirituel, Bernard de Clairvaux, a stipulé que les
églises doivent être de la plus haute simplicité, sans décoration
quelconque, harmonieuses par leurs proportions et les effets de la
lumière. Simplicité, utilité, économie tels sont les principes au coeur de
l'esthétique cistercienne. La lumière y est accentuée, car la lumière est
le symbole de Dieu et c'est aussi l'idée fondamentale de l'église."
Frantisek Radkovsky (Photo : CTK)
Puisque l'église du monastère de Novy Dvur fait partie du diocèse de
Plzen, elle a été dédiée par l'évêque de celui-ci, Frantisek Radkovsky:
" Les moines sont venus chez moi et je les ai accueillis, à bras
ouverts, sachant qu'ils ne feront pas de travail pastoral, mais
contemplatif, tant nécessaire pour la région", dit-il, avant de continuer:
Refektar (Photo : Stepan Bartos)"Le diocèse de Plzen est l'un des plus athées et si on veut que cela
change, il faut commencer par les prières... Une analogie s'impose: quand
on veut édifier une bonne cité d'habitation, il faut poser, d'abord, les
réseaux d'infrastructure technique qui sont invisibles, mais qui
constituent le fond, et il en est de même pour le monastère. J'ai compris
le rôle tout à fait unique de l'ordre trappiste qui réside dans leur
présence et leurs prières."
Comment pourrait-on caractériser, brièvement, la vie des moines trappistes:
Moines (Photo : www.novydvur.cz)"Ora et labora" - prie et travaille, comme le disait saint
Benoît. Leur journée est partagée entre les prières et le travail. La vie
qu'ils mènent est simple, mais exigeante. L'ordre trappiste est un ordre
contemplatif, refermé sur lui-même. Les moines n'ont presque pas le droit
de se parler. Il faut qu'ils soient des personnalités harmonieuses. Une
condition de l'ordre, c'est l'autosuffisance, au plus tard dans trois ans
après son implantation. Les trappistes vivent de leur travail. A Novy
Dvur, ils ont commencé par l'entretien des forêts, non seulement celles du
monastère, mais aussi des forêts publiques dans leur voisinage. Le bois de
rebut est pour eux une source de combustible écologique. Ils produisent la
moutarde, préparent la fabrication d'une crème pour mains, ils emballent
le thé, élèvent les animaux de la ferme..."
Comment le monastère influencera-t-il la région?








