Pays du tourisme Visite de Jaroměřice, où le premier opéra tchèque a été donné en 1730
Jaroměřice nad Rokytnou, commune de 4 000 habitants située en Moravie du sud-ouest, à 50 kilomètres de la frontière autrichienne, est la destination du nouveau guide touristique de Radio Prague. Nous vous ferons visiter le château de Jaroměřice, merveille de l’art baroque et berceau de la musique baroque tchèque : en 1730, František Václav Míča y a joué son œuvre lyrique considérée comme le premier véritable opéra composé en tchèque. En 1999, le ténor slovaque Peter Dvorský a renoué avec la tradition en créant le festival international de musique classique.
Jaroměřice nad Rokytnou en 1700, photo: www.zamek-jaromerice.cz « Sur la fondation de la ville de Jaroměřice » est le titre de ce
premier opéra composé en tchèque par František Václav Míča, opéra
inspiré des légendes sur les origines du site qui remontent à 1131.
Construite au XIVe siècle, la forteresse qui s’y trouve a été
transformée deux siècles plus tard en château Renaissance. En 1623, le
domaine est racheté par la famille Questenberg, et c’est grâce au
comte
Jan Adam que le château reçoit son aspect baroque actuel. Jana
Cafourková est la guide du château. On l’écoute:
« Issu d’une famille originaire d’Allemagne, Bernard Questenberg est le fondateur de sa branche de Jaroměřice. Son épouse, Marie-Catherine, est la mère du continuateur de la dynastie, Jan Adam. C’est lui qui transformera l’ancienne demeure Renaissance en un imposant château de style baroque tel que nous le connaissons aujourd’hui. »
Jan Adam
L’architecte autrichien Jakub Prendtauer conçoit ce château comme un
complexe à deux étages, sur un plan en forme de H, avec une église
adjacente à l’aile principale. Jan Adam de Questenberg s’y installe
en
1702. Ses plans visant à transformer Jaroměřice en une résidence
confortable et répondant à ses penchants artistiques sont inspirés
d’un séjour en France, où il étudie aussi le jeu du luth et du
théorbe. De retour à Jaroměřice, Jan Adam de Questenberg fonde au
château son propre orchestre et une scène de théâtre. A 29 ans, Jan
Adam épouse la comtesse Marie-Antoinette de Friedberg et de Scheer. Eva
Cafourková:
« Par un malheureux concours de circonstances, les enfants du comte Questenberg sont morts en bas âge, et la comtesse meurt elle aussi. Afin d’assurer la continuation de la famille, Jan Adam se remarie en 1736 avec la comtesse Kounic, mais le couple n’aura pas d’enfants. Ainsi, avec la mort de Jan Adam, en 1752, c’est sa veuve qui hérite automatiquement des biens de la famille Questenberg. Au début du XIXe siècle, Jaroměřice incombe aux comtes de Vrbno qui le vendent, en 1942, au Reich allemand. Après la guerre, le château est nationalisé par l’Etat tchécoslovaque conformément aux Décrets du président Beneš. »
Salon de musique
Notre visite commence dans les salons de musique. La collection
d’instruments historiques qu’ils abritent nous plonge dans l’ère
baroque, lorsque Jan Adam réunissait au château des musiciens
exceptionnels:
« L’orchestre est placé sous la direction du premier valet de chambre du comte, František Václav Míča, un homme de grand talent qui est l’auteur de la musique du premier opéra chanté en tchèque sur le livret du doyen Dubravius. La première représentation de cette œuvre lyrique a lieu en 1730 au château de Jaroměřice. Son titre est long et curieux : ‘Sur la fondation de la ville de Jaroměřice en Moravie’. »
František Václav Míča (1694-1744) joue dès l’âge de 15 ans dans un orchestre de Vienne, avant d’étudier la musique auprès du compositeur italien Antonio Caldara. Devenu chef d’orchestre au château de Jaroměřice, František Václav Míča se met à composer pour la cour impériale de Vienne, laissant à la postérité symphonies, cantates, oratorios, quatuors et aussi, donc, le premier opéra tchèque…
Le salon Bleu, photo: www.zamek-jaromerice.cz
Le château de Jaroměřice propose plusieurs circuits de visite qui nous
mènent dans les salles représentatives : la Salle des ancêtres, la
Salle
de danse et le Salon chinois. Le salon Bleu est une sorte de galerie
présentant les œuvres de peintres hollandais, allemands et français
depuis le XVIIe jusqu’au XIXe siècle:
« Il y a notamment des maîtres hollandais et allemands, ainsi que quelques italiens… Ainsi, on expose Gérard Van Honthorst, peintre de genre et d’histoire et portraitiste néerlandais surnommé aussi Gérard des Nuits pour son goût des scènes nocturnes, comme on peut le voir sur son tableau intitulé ’Le Christ chez Nicodème près d’une bougie.’ Le très célèbre maniériste de l’école vénitienne Giacomo da Ponte est l’auteur du tableau ‘L’Adoration des Mages’. Le portrait d’un guerrier inconnu est la copie du tableau de Rembrandt créé par son élève Ferdinand Bol. »
Le salon pour les dames, photo: www.zamek-jaromerice.cz
Notre visite continue dans le Salon de la comtesse Kounic décoré de
stucs baroques et aménagé avec un mobilier d’origine. Qui est cette
femme que Jan Adam de Questenberg épouse en 1736 ?
« La comtesse est issue d’une famille très riche et influente des Kounic qui avait son siège familial à Slavkov-Austerlitz, près de Brno. La jeune mariée apporte une dot très importante à son mari qui a, lui, en revanche, connu des problèmes d’argent durant pratiquement toute sa vie : il doit s’occuper non seulement du château de Jaroměřice mais aussi de ceux de Bečov, près de Karlovy Vary, et de Rappoltenkirchen, en Autriche, sa ville natale, tout cela sans oublier que les travaux de transformation de Jaroměřice ont duré 36 ans. »
Salon chinois, photo: www.zamek-jaromerice.cz
La salle à manger dans l’aile ouest du château est aménagée avec des
meubles en chêne massif de couleur brune richement sculptés, réalisés
vers 1730. A cette époque, la vaisselle en étain a été progressivement
remplacée par de la porcelaine. Dans les vitrines sont exposés les
services de thé en porcelaine provenant de la ville de Meissen, réputée
pour la finesse de ses produits. C’est en effet dans cette ville qu’a
été inventée la porcelaine européenne inspirée des porcelaines
chinoises. Celles-ci ne font pas défaut au château de Jaroměřice qui
possède un très beau Salon chinois.
Salle de danse, photo: www.zamek-jaromerice.cz
Et nous voilà dans la Salle de danse : outre ses qualités acoustiques
dues à sa disposition en deux niveaux qui permettent une résonance
parfaite de la musique, la salle se distingue par ses fresques que leur
auteur a appelées « Grotesques » : les couleurs fines et les ornements
aux motifs de fleurs et de fruits succèdent aux personnages mythiques et
aux animaux fantastiques, tout cela dans l’unique but de divertir et de
réjouir la noblesse...
Salla terrena et les bains romains, photo: www.zamek-jaromerice.cz
Notre visite se termine au rez-de-chaussée du château où se trouve la
salla terrena ouverte sur le jardin et les bains romains. Eva Cafourková:
« Jaroměřice compte parmi les châteaux baroques les plus imposants d’Europe centrale. Jan Adam de Questenberg aime y séjourner notamment pendant les mois d’été. A Jaroměřice, il n’est pas loin de Vienne, où il exerce diverses fonctions à la cour impériale. Jaroměřice est pour lui un lieu de repos, de calme et aussi de vie spirituelle. Ce n’est pas par hasard qu’il y a fait construire, en 1700, l’église Sainte-Margueritte. »
Peter Dvorský
Mécène et initiateur de nombreux projets architecturaux, musicaux et
dramatiques, fin connaisseur de la peinture européenne et collectionneur
d’instruments de musique et de livres didactiques, Jan Adam a fait de
Jaroměřice un important centre culturel rayonnant sur tout le pays au
cours du XVIIIe siècle. Après sa mort, en 1752, l’orchestre qu’il
avait fondé est dissous par son épouse.
La glorieuse tradition est ravivée en 1999 par le ténor slovaque Peter Dvorský, spécialiste du répertoire italien qui créé dans le château de Jaroměřice un festival international devenu depuis une des attractions de la saison estivale en Tchéquie, avec des invités comme la star de l’opéra Monserrat Caballé.
Jaroměřice nad Rokytnou
« Pour la douzième année consécutive nous avons organisé en 2011
le
festival Peter Dvorský : les concerts ont lieu, à quelques exceptions
près, dans le parc, dans un endroit appelé l’Ile et qui se trouve
derrière la rivière Rokytná, juste en face du parterre du château :
une
haie vive entoure le podium sur lequel le festival se déroule. »
Pour plus d’infos sur : www.jaromericenr.cz






