Pays du tourisme Une visite de Hrusice, village natal du peintre Josef Lada
Aujourd'hui, nous vous invitons dans l'Est de Prague, à Hrusice, village natal d'un peintre des plus chers aux Tchèques, Josef Lada : auteur de tableaux idylliques aux motifs de contes de fées dont les reproductions, sous forme de jolies cartes de voeux, sont très appréciées également par la génération actuelle. On ne trouverait pas la maison natale du peintre à Hrusice, elle a été démolie en 1932, mais le musée du peintre qui s'y trouve a été installé dans la villa qu'il a fait construire à sa place. Le guide, Zdena Burianova, une amie proche de la fille de Josef Lada, Alena, devenue illustrateur comme lui, nous familiarise avec la création et les destinées pas toujours faciles du peintre, disparu il y a 50 ans, le 14 décembre 1957.
Hrusice par Josef Lada
En arrivant dans le village de Hrusice, nous le reconnaissons d'après son
église immortalisée par Josef Lada sur ses tableaux. Le village de Hrusice
de la fin du 19e siècle, avec ses maisons aux toits de chaume, son église,
son étang, ses collines et bois, est resté la source d'inspiration la plus
importante du peintre qui est aussi l'auteur du fameux petit chat noir qui
savait parler, Mikes, d'une pléiade d'animaux aux qualités humaines : le
cochon Pasik, le bouc Bobes, la sage renarde, des ondines et des ondins,
ainsi que par ex. des illustrations des aventures du brave soldat Chveïk.
Comment étaient ses débuts ? Ecoutons notre guide :
« Il a commencé à dessiner très tôt, lorsqu'il était enfant, mais puisque
son père, cordonnier, n'avait pas assez de moyens, il devait se contenter
de papier, de crayon, d'argile, pour créer ses premières images. En 1903,
donc à l'âge de 16 ans, il a peint son premier tableau dédié à son amour,
Anne. Il fait partie des tableaux exposés au musée. En 1905, Josef Lada
apprend le métier de relieur- doreur à Prague et commence à vendre ses
images aux éditeurs. Ses débuts étaient influencés par le style Art
nouveau. Ses images paraissaient dans la revue Maj et c'est ainsi qu'il a
commencé à peindre... »
Josef Lada
Pendant assez longtemps, Josef Lada a créé ses images sous l'emprise de
l'Art nouveau, et il a aussi flirté avec l'impressionnisme. Pendant un an,
il a fréquenté l'Ecole supérieure des arts décoratifs, UMPRUM, à Prague,
mais la peinture académique ne lui disait rien : il était dérangé par
l'idée d'être orienté par quelqu'un dans sa création: Autodidacte, il a eu
besoin de s'exprimer lui-même et c'est alors qu'il a décidé de poursuivre
sa propre voie. Dès 1923, il collabore avec le journal Ceske slovo et il a
du succès, d'abord comme caricaturiste, ensuite comme illustrateur. C'est
là qu'il abandonne le style Art nouveau pour créer son style personnel de
ligne simplifiée. Sa manière de peindre a suscité de nombreuses
polémiques, dit Zdena Burianova :
Le chat noir Mikes« Josef Lada était handicapé : âgé de six mois seulement, il a perdu son
oeil gauche lors d'une chute contre le tranchet, un outil de coupe utilisé
par son père, cordonnier. Pendant toute sa vie, il portait une prothèse ce
qui devait le gêner dans son travail. Et c'est pour cela que des
polémiques étaient menées autour de sa création : est-ce que cette ligne
simple était la conséquence de son handicap ou est-ce qu'il a réellement
voulu s'exprimer de cette manière... On ne l'apprendra probablement
jamais.... »
Bien qu'installé à Prague, Josef Lada venait à Hrusice aussi souvent que
possible. Il y avait son atelier et c'est là que son personnage le plus
populaire, le chat noir Mikes, a vu le jour. Le livre d'histoire de Mikes
richement illustré par Josef Lada, paru en 1932, lui a assuré une
réputation mondiale. Publié d'abord en Allemagne, où il s'est vu décerner
le prix pour le meilleur livre pour enfants - Deutche Jugendbuch Preiz, il
a commencé à être traduit dans pratiquement toutes les langues - y compris
le chinois, l'arabe, le japonais et l'espéranto :
« Josef Lada lisait en anglais, en allemand, en italien et en français et
même en langue tzigane. Ses livres ont été publiés dans 43 pays du monde,
y compris la France : l'éditeur Flammarion, qui a vu les images de Josef
Lada, en a d'abord rangé quelques-unes parmi les publications des peintres
français en laissant les enfants décider, et c'est ainsi que les images de
Josef Lada ont été sélectionnées, puis éditées aux éditions « Cocorico »
spécialement destinées aux enfants. »
Quant à ses cartes postales, elles commencent à paraître dès 1930. Il s'agit soit de créations originales, soit de reproductions en miniature de ses tableaux, c'est le cas surtout des cartes de Noël, avec les scènes féeriques et les personnages typiques : le village de Hrusice couvert de neige, le veilleur de nuit annonçant l'heure, une famille rassemblée autour du sapin, le personnage de Saint Nicolas, les Rois mages, les enfants qui patinent et font des bonshommes de neige...
Décembre
Toutes les images de Josef Lada sont gaies et optimistes, bien que sa vie
ne l'ait pas été toujours. L'une de ses filles, Eva, est décédée
tragiquement lors des bombardements de Prague, en 1945. Lada lui-même
souffrait de dépression. Pourtant, il propageait la joie, avec sa
création. Zdena Burianova récapitule :
« En ce qui concerne la création libre, Josef Lada est l'auteur de 46
tableaux, de 15 000 illustrations, de 9 scénographies. Il collaborait avec
82 revues et journaux dont 6 à l'étranger. L'une des six salles du musée
Lada est consacrée à ses illustrations du brave soldat Chveïk - il en a
fait 540 en noir et blanc et 386 en couleurs pour ce livre le plus édité à
l'étranger. Une autre salle est dédiée aux illustrations pour enfants. Une
place importante est réservée à son calendrier illustrant les traditions
se rapportant à chaque mois de l'année, et complété des patrons des
différents mois. Ce calendrier est paru dans sa forme complète en 1957,
année du centenaire de la naissance de Josef Lada que l'UNESCO a inclus
parmi les événements de l'année. »
J'ajouterais encore que toute une salle du musée Lada à Hrusice est réservée aux objets personnels du peintre et témoigne d'un lien profond qui l'unissait à la région entre Hrusice et Prague qu'il a appelé le paradis de son coeur, et où il a puisé toute son inspiration.










