Pays du tourisme Préserver le legs du patrimoine de la Réforme tchèque
Faire vivre les monuments liés à la période de la Réforme tchèque et sensibiliser les touristes tchèques comme étrangers à l’intérêt des monuments peu connus ou injustement oubliés : tel est l’objectif d’un nouveau projet financé avec des fonds européens pour le développement régional. Les détails du projet ont été présentés par l’Eglise évangélique des Frères tchèques, son principal garant. Radio Prague a invité au micro le senior synodal de cette Eglise, Joel Ruml:
Joel Ruml
« Depuis 1989, de nouvelles opportunités de plus en plus larges se
sont
ouvertes également aux Eglises. Plus que jamais, celles-ci ont la
possibilité de démontrer leur présence dans la société ailleurs que
dans le milieu qui leur est propre : dans les églises, les oratoires et
dans la vie liturgique. Une façon de profiter de ces nouvelles
opportunités était de mettre en œuvre le projet de valorisation des
monuments de la Réforme. Son ambition est de présenter ce qu’il y a de
visible et de matériel, ce qui existe depuis des siècles, ce qui a été
créé par les générations précédentes. Les responsables du projet
souhaitent sensibiliser le public sur cet héritage dans l’espoir que
ceux qui sont chargés de le préserver et de le rendre accessible aux
visiteurs sauront montrer non seulement les monuments en tant que tels
mais
aussi le chemin des sources spirituelles, du potentiel d’idées de la
Réforme. »
Cinq centres d'information à Prague, Brno, Telč, Mariánské Lázně et Karlovy Vary et Herlíkovice près de Vrchlabí, un nouveau site internet ainsi qu’environ 120 églises et lieux de prières sont impliqués dans le projet lancé par l’Eglise évangélique des Frères tchèques et soutenu par le conseil œcuménique des Eglises et l’Eglise évangélique silésienne.
Majesté de Rodolphe II
Une courte parenthèse historique avant de parler du projet : La Réforme
tchèque, rappelons-le, couvre la période allant du début du mouvement
hussite en 1380 à la défaite des Etats tchèques protestants à la
Montagne Blanche en 1620. Durant cette période, les confessions non
catholiques comme l’Unité des frères, les luthériens et les
calvinistes, ne cessent d’œuvrer en vue de légaliser leur statut, ce
qu’elles finissent par obtenir, en 1609, avec la promulgation de la
Lettre dite de Majesté de Rodolphe II, un décret garantissant la
liberté
de confession.
Le projet récemment lancé qui se propose de sensibiliser les touristes à l’intérêt des monuments liés à la Réforme se propose aussi de démentir l’idée reçue selon laquelle la Réforme a été une période peu favorable à l’essor des arts. La réalisation pratique du projet est facilitée par l’existence d’un réseau de corps paroissiaux de l’Eglise des Frères tchèques, actuellement au nombre de 260 dans le pays. Janka Haluková est la coordinatrice du projet :
L'église de Velká Lhota
« L’objectif du projet est de préserver et valoriser
l’héritage de
la Réforme pour les visiteurs de la République tchèque et de
l’étranger. Le projet présente les constructions intéressantes,
depuis
les plus anciens lieux de prière comme Kunvald dans les monts Orlické,
qui est le berceau de l’Unité des Frères. Il nous fait découvrir
l’église de Kralice, ancienne église de l’Unité des Frères
réputée pour ses attributs typiques du XVIe siècle, ou encore
l’église de Velká Lhota, dans la région de Zlín, qui a été
érigée
en 1783 et qui est la dernière église évangélique authentique aux
éléments typiques des constructions à colombage. On peut dire que le
projet fait un survol des monuments, depuis les plus anciens jusqu’aux
plus récents, comme la construction ultramoderne de l’église de
Domažlice inaugurée en 2008. »
La conservatrice Kateřina Horníčková attire quant à elle notre attention sur quelques chefs-d’œuvre liés à la Réforme tchèque :
L’église de Roudníky
« Durant les plus de deux siècles de suprématie de la population
non-catholique en Bohême, lorsqu’on estime qu’entre 80 et 90% des
habitants se réclamaient des religions non catholiques, les artistes
n’ont certainement pas été réduits au silence. Mais il est vrai que
relativement peu d’objets d’art de cette période ont été
conservés,
beaucoup plus à la campagne que par exemple à Prague. L’art de la
Réforme, ce sont des manuscrits, des incunables, des statues, des
peintures. L’œuvre phare qui identifie l’art de la Réforme tchèque
est la peinture rarissime représentant le réformateur Jan Hus sur un
panneau d’autel de l’église de Roudníky, dans la région d’Ústí
nad Labem. Une belle histoire s’attache à la préservation de cet
autel.
Lors des travaux de rénovation, le panneau d’autel a été recouvert
d’une autre couche de peinture. Une surprise attendait les conservateurs
au XXe siècle. Après avoir enlevé cette couche, ils ont réalisé
qu’une peinture originale avait été conservée en-dessous. Puisque
pratiquement tous les tableaux représentant Jan Hus ont été détruits
à
l’époque de la Contre-réforme, cette peinture est aujourd’hui
l’unique représentation monumentale du supplice de Jan Hus. »
L'église à l'Echelle de Jacob
Le projet présente les 120 monuments les plus intéressants réalisés
pendant la Réforme tchèque. Outre ceux déjà mentionnés, notons
l'église à l’Echelle de Jacob dans le 8e arrondissement de
Prague-Kobylisy. Elle se distingue non seulement par son architecture et
son clocher en béton et en acier construit en forme d’échelle, mais
aussi pour être le lieu de rencontres de la communauté chrétienne
coréenne. L’église à l’Echelle de Jacob est l’unique église
évangélique édifiée pendant la période de normalisation communiste
dans les années 1970.
L'église de Saint-Martin dans le Mur
Autre église incluse au projet, l’église de Prague-Braník, qui sert
l’Eglise évangélique depuis plus de 60 ans. Sa construction en bois,
toute simple, fait penser aux premières constructions de la religion de
tolérance. En revanche, l’église de culte évangélique de
Saint-Martin
dans le Mur est l’une des plus anciennes de Prague, ses origines
remontant à 1178. Très connue est l’église évangélique
Saint-Sauveur
dans la Vieille-Ville praguoise. Sa construction est directement liée à
la promulgation de la Lettre de Majesté. Les bâtisseurs allemands de
confession calviniste ont posé la première pierre en 1611, l’église
fêtera donc l’année prochaine ses 400 ans.
Jan Hus
Rappelons encore que la tradition de l’Eglise protestante dans les pays
tchèques remonte au XVe siècle. Officiellement constituée après son
unification en décembre 1918, elle se considère comme continuatrice
directe de l’enseignement de Jan Hus et de la Réforme tchèque. Selon
le
dernier recensement effectué en 2001, plus de 117 000 habitants de
République tchèque se réclament de cette Eglise.
Pour plus d’infos sur le projet de valorisation du patrimoine de la Réforme tchèque, consultez le site internet: www.pamatky-cz.eu






