Notre-Dame-de-Lorette

Direction aujourd’hui, le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette, l’un des plus beaux complexes baroques de Prague, pas loin du château de Hradčany, ancien lieu de pèlerinage, connu aujourd’hui notamment pour son carillon qui non seulement mesure le temps mais qui joue aussi des airs appréciés par les passants.

Notre-Dame-de-Lorette, photo: CTKNotre-Dame-de-Lorette, photo: CTK Les sons qui viennent régulièrement du haut du clocher de Notre-Dame-de-Lorette ne présentent pas l’unique rareté de ce monument qui en abrite d’autres comme le fameux ostensoir baptisé Soleil de Prague orné de diamants, don de la comtesse Eva de Kolowrat. On écoute Martin Opatrný, économiste de l’ordre de la province des Capucins en République tchèque :

L'ostensoir Soleil de Prague, photo: Kristýna MakováL'ostensoir Soleil de Prague, photo: Kristýna Maková « Voir ensemble 6222 diamants, cela n’arrive pas tous les jours, et c’est possible justement en visitant la Lorette : elle possède un ostensoir de la fin du XVIIe siècle garni de 6222 diamants qui ornaient autrefois la robe de la comtesse Kolowrat qui, en se remariant pour la 3e fois à ses 53 ans, portait sa robe de fiancée ornée de 6400 diamants qu’elle allait ensuite consacrer à la décoration de l’ostensoir – la différence de 178 diamants, ce sont les pierres offertes aux orfèvres qui l’ont créé selon les projets de l’architecte viennois Fischer d’Erlach. »

Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette est étroitement lié à la famille Lobkowicz. Son centre architectural et idéologique, à l’origine un lieu de pèlerinage, la Santa Casa, a été construit de 1626 à 1631 grâce à Benigna Catherine de Lobkowicz qui a souhaité avoir un tel site à Prague, à l’instar du sanctuaire italien de Loreto près d’Ancône, d’où le nom de la Lorette. Qu’est-ce que la Santa Casa – Martin Opatrný explique :

« C’est la demeure idéalisée de la sainte famille qui se trouvait à Nazareth d’où elle était transportée par les pèlerins d’abord en Dalmatie, puis à Loreto. Selon la légende, ce sont des anges qui l’ont transportée en une seule nuit, du 9 au 10 décembre 1294, en Europe pour la sauver devant une conquête de Nazareth. En réalité, c’était plutôt la famille qui s’appelait De Angeli... »

Le transfert de la Santa Casa par les anges, photo: loreta.czLe transfert de la Santa Casa par les anges, photo: loreta.cz Le transfert de la Santa Casa par les anges est représenté sur les fresques du sanctuaire. Pourtant un petit navire, représenté en bas, semble être le plus proche de la réalité du transport. La réplique pragoise de la Santa Casa n’est pas unique en Bohême, une cinquantaine de Lorette réparties dans tout le pays affirment la victoire des catholiques, en célébrant le culte de la Vierge, après la bataille de la Montagne Blanche. Parmi elles, la Lorette pragoise est la plus célèbre. Le complexe comprenant l’église de la Nativité achevé par l’architecte baroque Kilian Ignac Dientzenhofer vers 1735, le monastère et les chapelles, est administré par l’ordre des Capucins. Les fresques de Václav Vavřinec Rainer sont une copie fidèle de la Lorette italienne.

La statue de la Sainte Starosta, photo: Kristýna MakováLa statue de la Sainte Starosta, photo: Kristýna Maková Une autre légende s’attache à la statue de la Sainte Starosta qu’on découvre dans la chapelle Notre-Dame-Des-Douleurs. Dans la tradition tchèque, le culte de cette sainte est identique à celle de la Sainte Wilgeforte, qui aurait été fille d’un roi portugais qui devait épouser un païen. La princesse aurait fait une prière à Dieu pour qu’il la protège et l’enlaidisse. Le miracle a eu lieu, la princesse devenant gratifiée d’une imposante barbe. De colère, son père la fait crucifier.

La Lorette de Prague ne serait pas ce qu’elle est sans son carillon unique créé à la fin du XVIIe siècle. Les cloches du carillon sont disposées en trois étages dans le clocher, et la plus grande d’entre elle pèse 270 kilogrammes. Trois carillonneurs se succèdent pour actionner les battants des cloches à l’aide d’un clavier manuel. Parmi eux, une dame, Alena Michálková :

« La Lorette comporte 27 cloches dont 25 sont accrochées dans les lunettes et deux dans la coupole en haut – ce sont les cloches C et F qui sont reliées à la montre et sonnent tous les quarts d’heure et les heures. Toutes les heures entières, de 9 à 18 heures, les cloches jouent la chanson mariale Mille fois nous te saluons. »

Tous les dimanches, les carillonneurs montent en haut du clocher et, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils jouent à 15 et à 18 heures des chants spirituels, pendant au moins 15 minutes, mais il arrive souvent que leur jeu dure beaucoup plus longtemps.

« Lorsqu’il gèle, le son est plus clair, étincellent, argentin, quand il fait chaud, il est moins accentué, mais je pense que l’auditeur ne distingue pas ces nuances c’est plutôt nous, les joueurs, qui les percevons. »

Le carillon et la cabine de carillonneurs sont les seuls endroits qui ne soient pas accessibles aux visiteurs de Notre-Dame-de-Lorette. En revanche, ils peuvent visiter le Trésor de Lorette, un ensemble d’objets liturgiques datant des XVIe – XVIIIe siècles dont justement l’ostensoir baptisé Le Soleil de Prague décoré des fameux 6222 diamants est le plus célèbre. Plusieurs objets ont été offerts au Trésor par l’archevêque pragois, le cardinal Arnošt Vojtěch de Harrach, qui a aussi consacré le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette.