Les volcans de boue de SOOS, une rareté européenne

De vastes tourbières et des marécages, des ruisseaux d’eau minérale, ou des « mofettes », de petites éruptions de gaz, parfois appelés volcans de boue… La réserve naturelle de SOOS en Bohême de l’Ouest nous propose de faire un voyage dans le passé et découvrir un tout autre monde, sans équivalent en Europe. Situé à six kilomètres de la ville thermale de Františkovy Lázně, ce paysage singulier, inscrit sur la liste des zones protégées de l’UE Natura 2000, se trouve au fond d’un lac salé desséché et abrite des espèces rares de plantes et d’animaux.

Un « paysage lunaire » avec des espèces rares de plantes et d’animaux

La réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch RuschkaLa réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch Ruschka En entrant dans la réserve de SOOS, on a l’impression de se trouver dans un petit paradis forestier de feuillus. On entend seulement le chant des oiseaux et le ruissellement des sources d’eau minérale, très nombreuses dans cette région. La plus importante, la plus bruyante et la plus chaude d’entre elles s’appelle la « Source impériale » ; sa température oscille tout au long de l’année entre 14 et 18 °C.

Cependant, quelques centaines de mètre plus loin, la nature change déjà complètement. Les arbres disparaissent et laissent place à des marécages et des tourbières formées, pendant des centaines de millions d’années, par différents processus géologiques et par l’activité volcanique. Les bruits sont également différents, des bouillonnements étranges résonnent de tous les côtés…

La réserve de SOOS s’étend sur une surface de 221 hectares, au fond d’un lac desséché qui, durant l’ère tertiaire, donc il y a quelque 66 millions d’années de cela, était rempli d’eau minérale salée. A cette époque, le lac servait d’abri aux diatomées, des algues dont les restes fossilisés ont donné naissance à une vraie rareté européenne – un « bouclier de diatomite », une grande région plate couverte de boue tourbeuse. Les bruits que l’on peut entendre dans la réserve sont produits par une autre curiosité : les « mofettes ». Ces petits trous en forme d’entonnoir, formés dans la diatomite par une faible activité volcanique, se manifestent par des éruptions de dioxyde de carbone qui bouillonne à travers l’eau et la tourbe. C’est aussi la raison pour laquelle ils sont désignés comme étant des volcans de boue…

La réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch RuschkaLa réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch Ruschka Le SOOS a été proclamé réserve naturelle nationale en 1964. Karel Brož en est le responsable depuis 1984 :

« Les raisons de la protection du marécage de SOOS évoluent au fur et à mesure. En 1964, la réserve a été créée notamment pour protéger ses phénomènes géologiques – les tourbières, les gisements de diatomite, les sources d’eau minérale, les mofettes qui sont très populaires… Aujourd’hui, ce sont les biotopes, qu’il s’agisse de la flore ou de la faune, qui représentent la principale raison de la protection. Les animaux et les plantes que cet endroit abrite représentent donc le plus important élément de cette réserve. »

Cet endroit en apparence inhospitalier, avec des couches blanches et jaunes de sels minéraux qui cristallisent sur la surface et forment une sorte de « paysage lunaire », abrite en effet de nombreuses espèces animales et végétales, dont certaines très rares. Il s’agit notamment de près de 200 espèces d’oiseaux, de milliers d’espèces différentes de papillons et de coléoptères et de diverses plantes marécageuses et halophytes, c’est-à-dire des végétaux adaptés aux milieux salés.

La réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch RuschkaLa réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch Ruschka Aujourd’hui, le SOOS est considéré comme un site naturel d’importance européenne. Chaque année, la réserve accueille plus de 60 000 touristes. Karel Brož :

« Les régions de Cheb et de Karlovy Vary sont réputées pour leurs sources d’eau minérale, ainsi que pour leurs sources de dioxyde de carbone dans les mofettes. Néanmoins, les mofettes peuvent prendre la fameuse forme d’entonnoir qui fait penser à un petit volcan uniquement quand elles se trouvent sur des lieux sans végétation, comme c’est le cas du gisement de diatomite dans le SOOS. Vous pouvez donc y voir des mofettes parmi les plus belles d'Europe. Sinon, en République tchèque, il existe aussi d’autres endroits avec des mofettes. Il s’agit par exemple des grottes de Zbrašov, en Moravie. Pour résumer : ni les tourbières, ni les mofettes, ni les sources d’eau minérale, ni les animaux de SOOS ne sont uniques en soi. C’est l’ensemble formé par ces phénomènes qui est vraiment unique et qui n’a pas d’équivalent en Europe. »

Les visiteurs peuvent découvrir ce lieu par le biais d’un sentier en bois de 1200 mètres, installé directement au-dessus des marécages et complété par dix panneaux informatifs.

Un voyage dans le train qui transportait la tourbe

En face de l’entrée de la réserve se trouve un musée consacré, entre autres, à l’histoire du SOOS, à la géologie ou encore aux oiseaux de la région. Une exposition paléontologique présente également l’histoire de la terre, ainsi que des modèles de dinosaures en grandeur nature. Enfin, de l’autre côté de la route se trouve un centre de sauvegarde de la faune sauvage. Karel Brož :

La réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch RuschkaLa réserve naturelle de SOOS, photo: Vojtěch Ruschka « Nous avons fondé ce centre en 1989. Aujourd’hui, il existe un autre centre de ce type dans la région de Karlovy Vary. Nous recueillons et soignons entre 100 et 150 animaux par an. Même s’il s’agit dans la plupart des cas d’animaux gravement blessés, malades ou mutilés, nous arrivons à en sauver et en relâcher dans la nature environ la moitié. Mais nous avons aussi par exemple des rapaces qui, ayant perdu une partie de leurs ailes ou de leurs griffes, ne peuvent pas voler et chasser et doivent rester dans nos volières à jamais. C’est la raison pour laquelle une partie du centre est accessible au public ; il est donc possible de le visiter et de voir ces animaux handicapés. »

Par le passé, le SOOS était renommé pour l’exploitation du sel et de la tourbe, utilisés pour les bains dans les stations thermales voisines. Ces substances ont été également exportées un peu partout en Europe. Bien que l’exploitation se soit terminée dans les années 1930, il est toujours possible de découvrir dans la réserve les vestiges d’étroites voies ferrées, avec un écartement de seulement 60 centimètres, et quelques bâtiments miniers. En 2012, un des trains, ainsi que ses wagons qui transportaient autrefois la tourbe, ont été restaurés et servent depuis d’attraction touristique.

La réserve naturelle de SOOS est officiellement ouverte entre mars et novembre, il est toutefois possible de s’y rendre même en dehors des heures d’ouverture. A la question de savoir quelle est, d’après lui, la meilleure période pour faire une promenade dans cet endroit peu ordinaire, Karel Brož répond :

« Au tout début du printemps, le SOOS est, en raison de la neige et de la pluie, plein d’eau. Les sources d’eau minérale et les mofettes débordent et il est possible de voir des ruisseaux d’eau minérale rousse. Puis, au printemps, tout est en fleur, les oiseaux reviennent du Sud, la nature se ranime. L’été, on peut observer les effets de la sécheresse – les mofettes sont engorgées par la boue épaisse, certaines ne font que siffler ; le ‘bouclier diatomite’ et la végétation sont couvert de sel cristallisé si blanc qu’il donne l’impression d’être de la neige fraîchement tombée. En automne, tout est couvert de feuilles de différentes couleurs et de joncs, tout le paysage est donc très coloré. Enfin, en hiver, la vapeur qui sort des mofettes forme une sorte de colonnes gelées que nous appelons les ‘roses d’hiver’. C’est un phénomène très intéressant, mais très rare, car les températures ne doivent pas dépasser les -10 °C et le ciel doit être calme, sans vent et sans le soleil qui pourrait réchauffer et détruire ces colonnes. Bref, cela vaut le coup de visiter le SOOS même en hiver. »

Le château de Seeberg, un bijou de l’architecture romane

Château de Seeberg, photo: Vojtěch RuschkaChâteau de Seeberg, photo: Vojtěch Ruschka Les alentours de SOOS ne sont certainement pas moins intéressants. Les villes de Františkovy Lázně et de Cheb possèdent chacune une atmosphère très différente, l’une étant une ville thermale, avec une grande colonnade du tournant des XVIIIe et XIXe siècles et environnée de nombreuses sources d’eau minérale, l’autre construite au Moyen-Age et dominée par un grand château délabré. Žírovice, un village voisin, est pour sa part réputé pour sa « Maison des papillons », un musée vivant qui permet de découvrir de nombreuses espèces de papillons et locaux, et exotiques.

Enfin, le château de Seeberg, situé à quelques kilomètres du SOOS, représente un vrai bijou de l’architecture romane. Construit à la fin du XIIe siècle par un des vassaux de l’empereur Frédéric Barberousse, ce monument, qui a été réaménagé à plusieurs reprises, se classe parmi les plus vieux et les mieux conservés châteaux de la région.

Château de Seeberg, photo: Vojtěch RuschkaChâteau de Seeberg, photo: Vojtěch Ruschka Le château est composé d’un palais roman, d’un palais gothique, d’une aile dans le style de la Renaissance, de plusieurs bâtiments qui servaient aux domestiques et d’une grande grange baroque. L’intérieur est transformé à un musée, avec des expositions présentant l’histoire de l’endroit, mais aussi par exemple l'histoire de la confection de mobilier et de porcelaine dans les pays tchèques, ou encore la vie à la campagne tchèque au XIXe siècle.

Pour en savoir plus sur la réserve naturelle de SOOS et sur le château de Seeberg : http://www.muzeum-frantiskovylazne.cz/en/