Les endroits les plus mystérieux de Tchéquie

Les légendaires châteaux habités par des dames blanches et les forêts abritant des loups garous ou des vampires qui hantaient nos ancêtres ne sont aujourd’hui redouté que par les enfants. Il existe pourtant en République tchèque des endroits qui sont pour le moins étranges. Nombreux sont ceux qui affirment y avoir vu des fantômes et avoir ressenti des énergies négatives. Les objets électromagnétiques n’y fonctionneraient pas, disent certains. Ces phénomènes seraient souvent associés à des malédictions, à des événements terrifiants vécus ou à la contamination radioactive. Inspirés du livre Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) de l’ethnologue Jan Pohunek, nous vous proposons de découvrir dans cette rubrique quelques-uns des endroits les plus mystérieux de Tchéquie…

L’homme noir de la forêt Bor en Bohême du Sud

Bor, photo: repro Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) Bor, photo: repro Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) « Une fois, nous nous sommes rendus avec ma sœur dans le bois. Après quelques instants, nous avons vécu des choses très étranges. J’ai vu une silhouette vêtue d’un manteau noir et d’un chapeau, » se souvient sur un site internet un jeune garçon à propos de son expédition dans la forêt Bor, près de České Budějovice. « En entrant dans la forêt, tout mon corps a commencé à me démanger », ajoute une autre femme. Des témoignages d’événements paranormaux et inexpliqués dans cette forêt sont multiples. Ethnologue au Musée national à Prague, Jan Pohunek s’y intéresse de plus près :

« Une base militaire qui n’est plus active aujourd’hui était située dans cette forêt. Vers 2008, différentes légendes ont commencé à apparaître. On disait qu’il y avait quelque chose d’étrange dans cette forêt. Selon une légende, il y a par exemple un arbre où plusieurs personnes se sont pendues. De nombreuses personnes disent également que la forêt est remplie d’énergie noire. Certains prétendent y avoir fait face à l’apparition d’un homme noir, d’autres affirment avoir ressenti une sensation de temps perdu, c’est-à-dire d’avoir passé dans la forêt beaucoup plus de temps qu’ils ne le pensaient. Pourtant, il s’agit à première vue d’une forêt suburbaine banale où nous rencontrons chaque jour des femmes avec des poussettes. Mais il y a plusieurs lieux dans cette forêt où les gens se rendent pour vivre une expérience surnaturelle. »

Hans Hagen et les carrières de calcaire de l’Amérique

Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) de l’ethnologue Jan Pohunek, photo: Musée national à PragueStíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) de l’ethnologue Jan Pohunek, photo: Musée national à Prague Beaucoup de ces légendes « modernes » sont liées aux « tramps », ces Tchèques qui, inspirés du scoutisme, se rendent régulièrement dans la nature, y dorment, l’espace de quelques jours, à la belle étoile et se réunissent autour d’un feu de camp. L’un des endroits préférés de ces campeurs tchèques sont les carrières de calcaire appelées la Grande et la Petite Amérique et le Mexique, qui se trouvent dans les environs de Beroun, ville située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Prague (cf. http://radio.cz/fr/rubrique/tourisme/les-mysterieuses-histoires-des-carrieres-de-calcaire-de-lamerique-et-du-mexique) . Un système de galeries et de couloirs souterrains, utilisés par le passé comme camps de prisonniers, par les nazis puis les communistes, relie toutes ces carrières. C’est peut-être là qu’est née l’histoire du légendaire fantôme Hans Hagen. Jan Pohunek :

« Cette légende a plusieurs variantes mais de manière générale, Hagen est un ancien soldat nazi qui vole aux campeurs leurs affaires ou fait disparaître quelqu’un de temps en temps. Il apparaît dans les galeries souterraines et disparaît avant que l’on puisse le voir de plus près. Selon la légende, n’importe qui qui frappe sur un rail pendu dans une de ces galeries et qui forme une sorte de gong de Hagen, meurt dans l’année qui suit. » La Petite Amérique, photo: Alžběta Ruschková La Petite Amérique, photo: Alžběta Ruschková

La Seconde Guerre mondiale apparaît également dans plusieurs autres légendes tchèques. Nous pouvons citer par exemple le complexe de l’ancienne mine d’étain Rolava, utilisé par les nazis et situé à la frontière tchéco-allemande, qui, en dépit de faits historiques, serait pour certains tristement célèbre par le nombre de victimes ou la fabrication secrète d’armes.

Le lieu-dit Pohádka et le meurtrier Roubal

Pohádka est à première vue une ferme abandonnée banale en Bohême du Sud. Il n’est pourtant pas recommandé d’y passer la nuit. Selon la légende, tous ses habitants ont rencontré un sort tragique. Un de ses propriétaires se serait pendu après la disparition de toute sa famille dans la forêt. Le plus célèbre reste néanmoins son dernier résident, le tueur en série Ivan Roubal, qui a assassiné, au cours des années 1990, au moins cinq personnes :

Pohádka, photo: repro Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) Pohádka, photo: repro Stíny mezi stromy (Des Ombres entre des arbres) « Roubal aurait tué plusieurs de ses victimes à Pohádka (même si la police ne l’a jamais confirmé). Roubal ayant été emprisonné et la demeure ayant commencé à se dégrader, ce lieu est devenu une destination populaire des touristes qui recherchent du surnaturel. L’ethnologie appelle cela le ‘legend tripping’. Mais comme Roubal était bien vivant et a été emprisonné, les légendes n’ont pas pu raconter l’histoire de son fantôme qui hante et tue les visiteurs. On raconte donc que ce sont les fantômes de ses victimes qui hantent les touristes. Mais puisqu’il est mort récemment, j’attends avec impatience de voir si une nouvelle légende va parler de l’apparition de son fantôme à lui. »

D’après une autre légende, tous ces événements seraient causés par une malédiction. Au XIXe siècle, Pohádka aurait en effet été habité par une sorcière qui, accusé d’avoir incendié le village voisin, aurait été lapidé. Avant sa mort, elle aurait maudit tous les futurs habitants du lieu. Jan Pohunek reste néanmoins plutôt sceptique vis-à-vis de ces légendes dont on ne trouve, dit-il, aucune trace dans les chroniques :

« Nous avons besoin de justifier les événements horribles qui se sont produit dans cet endroit. Nous nous disons que ce n’est pas normal ou naturel et qu’il y a dû avoir des influences surnaturelles. Mais je connais même des gens qui ont vécu eux-même une expérience surnaturelle. Personnellement, je n’ai jamais vu aucun fantôme de ma vie mais je n’ai pas été là avec eux et je n’ai donc pas besoin d’essayer de prouver à ces gens-là que les fantômes n’existent pas. Ce qui m’intéresse davantage, c’est leur manière de raconter cette expérience. Les formes de ces légendes reflètent ce que pense la société de ces endroits et de ces événements. »

A la recherche de trésors nazis

Les trésors cachés représentent un tout autre chapitre de mystères inexpliqués. Alors que jusqu’à récemment des chercheurs de trésors se rendaient à différents châteaux pour y dévoiler des objets de valeur historique, ils recherchent aujourd’hui notamment des trésors liés à la Seconde Guerre mondiale, comme des archives nazies :

 Jan Pohunek, photo archive de  Jan Pohunek Jan Pohunek, photo archive de Jan Pohunek « Le plus connu en Tchéquie, c’est le trésor de Štěchovice, qui comprendrait différents document nazis et peut-être d’autres choses encore, voire même la célèbre chambre d’ambre. Ce trésor serait caché dans l’ancien camp de SS situé à Štěchovice, au sud de Prague. La légende est partiellement basée sur la réalité puisque les nazis y ont caché une partie de leurs archives à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais ces archives ont été retrouvées par l’armée américaine et remises au gouvernement tchécoslovaque de l’époque. Mais la légende dit qu’il existe d’autres cachettes dans ce camp qui comprendraient de nombreux objets de valeur. Elles seraient situées dans des labyrinthes souterrains et protégées par différentes pièges. Dans les années 1990, plusieurs groupes de chercheurs de trésors ont essayé de trouver ces labyrinthes mais sans succès. Parfois, on raconte donc que ce trésor se trouve en réalité dans le massif de Krušné hory ou ailleurs en Bohême du Nord. »

A Ralsko, un émetteur russe parlant des profondeurs d’une ancienne base militaire

Ralsko, photo: Štěpánka BudkováRalsko, photo: Štěpánka Budková Il y a vingt-huit ans de cela, l’armée soviétique, installée pendant plus d’une vingtaine d’années en Tchécoslovaquie, quittait la base militaire de Ralsko, en Bohême du Nord, lieu d’où avaient été aussi expulsés, après la Seconde Guerre mondiale, des Allemands des Sudètes. D’après Jan Pohunek, des légendes sur des trésors abandonnés par les Allemands se mêlent dans ce lieu à des histoires effrayantes sur des tonneaux remplis de poison et de substances radioactives et cachés dans la base par les Soviétiques. :

« J’y suis allé une fois avec une amie et elle affirmait y avoir vu un fantôme. Malheureusement, je n’ai pas regardé à ce moment. Il s’agit d’un paysage très intéressant et très romantique : il est plat et peu habité avec de hautes collines qui surgissent à certains endroits. Il y a différents monuments historiques. Dans les années 1990, après le départ de l’armée soviétique, ce lieu était assez sauvage. Un ami m’a raconté y avoir vu un homme sauvage, courant sur ses quatre membres et qui a disparu dans la forêt. D’autres affirmaient avoir entendu, de nombreuses années après la Révolution de velours encore, un émetteur russe parlant depuis les profondeurs de cette ancienne base militaire. »La colline de Plešivec, photo: Miloš TurekLa colline de Plešivec, photo: Miloš Turek

Et pour ceux qui aiment les mystères, Jan Pohunek propose encore un autre lieu exceptionnel :

« La colline de Plešivec, située entre Beroun et Příbram, à une trentaine de kilomètres de Prague, peut être intéressante pour les touristes. Nous y trouvons un ancien site de l’âge du bronze. Différentes légendes populaires entourent ce lieu. Même aujourd’hui, certains prétendent y avoir vécu quelque chose d’étrange. »

Le métro pragois et les wagons disparus

Enfin, nous pouvons trouver différents endroits mystérieux même à Prague. Différentes légendes entourent par exemple le pont de Nusle, également appelé « le pont des suicidés ». D’après certains, les victimes ne sauteraient pas volontairement mais seraient jetés du haut du pont par les enfants infernaux de dirigeants communistes. D’autres légendes concernent le métro pragois :

Le pont de Nusle - « le pont des suicidés », photo: Khalil Baalbaki, ČRoLe pont de Nusle - « le pont des suicidés », photo: Khalil Baalbaki, ČRo « Certaines légendes disent qu’il existe dans le métro pragois des tunnels secrets menant jusqu’à une base militaire secrète. Parfois, le dernier wagon du train aurait disparu entre les stations Vyšehrad et Muzeum et ses passagers seraient utilisés pour de terribles expériences médicales. »

La liste n’est pas complète : de nombreuses autres légendes entourant des demeures abandonnées, des châteaux, des forêts, des carrières et des montagnes tchèques, sont encore mentionnées dans le livre de l’ethnologue Jan Pohunek. Que l’on n’y croit ou non, ces lieux ont souvent un charme inhabituel et cela vaut le coup de les visiter.