Pays du tourisme L’église Saint-Jean-Népomucène, lieu de pèlerinage à Zelená Hora
« 2012, vingt ans, douze sites, un pays » – tel est le slogan de la saison touristique 2012 qui rappelle que vingt années se sont écoulées depuis l’inscription du premier site tchèque sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Ce sont jusqu’à présent 12 lieux ou ensembles de lieux qui ont bénéficié de cette distinction. Visite de l’un d’entre eux, l’église Saint-Jean-Népomucène, dans ce nouveau magazine touristique sur Radio Prague.
L’église Saint-Jean-Népomucène à Zelená Hora, photo: zelena-hora.eu
Classée depuis 1994 au patrimoine de l’UNESCO, l’église de
pèlerinage Saint-Jean-Népomucène s’élève sur Zelená Hora, la
Montagne Verte, non loin de la ville de Žďár nad Sázavou, dans la
région de Vysočina, le Plateau tchéco-morave. Edifiée selon un plan en
étoile, c’est l’œuvre la plus originale de l’architecte Jan Blažej
Santini Aichl dont le style extrêmement personnel se situe entre le
gothique et le baroque. On écoute Marie Dubová, notre guide à Zelená
Hora :
Blažej Santini Aichl
« L’architecte de cette église, l’artiste génial Blažej Santini
Aichl, est issu de la troisième génération d’architectes et tailleurs
de pierre italiens fixés depuis le XVIIe siècle à Prague. Santini a eu
la chance d’être reconnu et recherché déjà de son vivant. Bien que
mort relativement jeune, à l’âge de 46 ans, il est l’auteur de plus
de 60 constructions et reconstructions. Nombre d’entre elles se trouvent
dans la région de Žďár, comme le couvent cistercien remanié en
château, propriété de la famille Kinski. »
Du haut de la Montagne Verte, nous bénéficions d’un beau panorama sur les bâtiments du couvent entouré d’un étang. La fondation du couvent remonte à 1252, année où les moines de Zelená Hora près de Nepomuk, dans la région de Plzeň, arrivent à Žďár pour y fonder un nouveau couvent qui hérite du rôle de couvent-mère et adopte son nom. Après que le vicaire général de l’archevêché de Prague Jean de Nepomuk meurt en martyr en 1393, une vague d’enthousiasme pour son culte commence dans le couvent de Žďár, car Nepomuk était le lieu où le vicaire était né et où il avait été élevé.
L’église Saint-Jean-Népomucène à Zelená Hora
En 1719, les restes de Jean de Nepomuk font l’objet d’une étude
demandée par l’archevêque de Prague qui révèle que sa langue était
parfaitement conservée ce qui est alors interprété comme un signe
tangible de sainteté. La même année, soit dix ans avant la canonisation
effective de Jean de Nepomuk sous le nom de Népomucène, l’abbé du
couvent de Žďár, Václav Vejmluva, décide de construire une église de
pèlerinage à la gloire du saint qui montrerait en même temps le lien
entre les deux maisons cisterciennes. Les travaux sont confiés à Jan
Blažej Santini Aichl qui conçoit l’église comme un reliquaire
monumental. Son travail est fondé sur le symbole représenté par la
langue du saint et la valeur numérologique des chiffres 3 et 5 (le saint
est mort à l’âge de 53 ans). La conception originale et la technique de
construction parfaite sont typiques pour l’œuvre de Santini, raconte
Marie Dubová:
L’église Saint-Jean-Népomucène à Zelená Hora, photo: zelena-hora.eu
« Maître du jeu d’ombres et de lumières, Santini a aussi un sens
parfait des proportions géométriques de l’espace. En plus de tout cela,
l’église de pèlerinage de la Montagne Verte a un contenu spirituel
extraordinaire. L’impression majeure suscitée par l’intérieur de
l’église, c’est son ampleur. L’espace central s’ouvre sur cinq
niches : celle à l’Est est occupée par le maître-autel dessiné par
Santini et représentant la montée au ciel de saint Jean Népomucène. Les
cinq chapelles de l’intérieur sont des chefs-d’œuvre de la sculpture
baroque ainsi que les chapiteaux de la nef de 21 mètres de hauteur.
L’abbé Václav Vejmluva, de même que Santini auquel il a confié la
construction de l’église, étaient tous deux fascinés par la kabbale,
soit un courant ésotérique et mystique qui s’est développé depuis la
période du second Temple, et ils ont utilisés ces éléments dans cette
construction. Ainsi, la nouvelle église devait représenter un temple
céleste parfait descendu du ciel sur la terre. Le prélat et son
architecte ont créé une œuvre sans précédent. »
Jean Népomucène
Les éléments gothiques de l’église Saint-Jean-Népomucène se
réfèrent à la cathédrale Saint-Guy à Prague où le saint est inhumé,
les formes baroques à la période de sa canonisation. Santini l’a voulue
dès le début comme une église de pèlerinage. Le 16 mai 1722, jour
anniversaire du martyr, l’église encore inachevée est consacrée. Marie
Dubová pour un bref rappel de la vie du saint :
« Jean Népomucène est un saint patron tchèque qui a vécu à l’époque gothique et qui a été canonisé à l’époque baroque. Vicaire général de l’archevêque Jan de Jenštejn, Jean Népomucène a été mis à la torture par le roi Venceslas IV pour avoir confirmé l’élection du nouvel abbé de Kladruby contre la volonté du roi. Le corps de Jean a été jeté dans la Vltava et repêché, un mois plus tard. Selon la légende, une couronne à cinq étoiles est apparue à ce moment au-dessus du corps du martyr noyé. Et c’est cette couronne à cinq étoiles qui est devenue l’un des symboles de Jean ornant ses statues dont la plus connue se trouve sur le pont Charles. Le processus de canonisation a commencé plus de 300 ans après sa mort. Lors de l’examen de sa dépouille, une commission réunie par l’archevêque de Prague a retrouvé une matière dont elle croyait que c’était la langue du saint. Ce constat a encore accentué une autre légende selon laquelle Jean, confesseur de l’épouse du roi, est mort pour ne pas trahir le secret de confession de la reine Sophie. »
Jean Népomucène
Considérée comme un miracle, la trouvaille de la langue a accéléré le
processus de canonisation qui a abouti en 1729. La couronne à cinq
étoiles apparue selon la légende au-dessus du corps du martyr noyé a
inspiré Santini dans l’élaboration de tous les plans selon la
symbolique de l’étoile à cinq branches, raconte Marie Dubová :
L’église Saint-Jean-Népomucène à Zelená Hora, photo: zelena-hora.eu
« L’église est construite en forme d’étoile à cinq branches. On y
entre par cinq portails, et dedans, on trouve cinq chapelles et cinq
autels. Le pentagone apparaît également sur les dalles d’origine.
Au-dessus de la chaire, on aperçoit une langue monumentale, symbole de
saint Jean-Népomucène, ainsi que le symbole des 5 étoiles. Ces mêmes
symboles se répètent encore au sommet de la coupole. A l’intérieur de
celle-ci, on trouve une étoile en stuc à dix branches. L’effet des
symboles est parfois accentué par les multiples du chiffre cinq. Le plan
de l’église comporte deux groupes de cinq axes radiaux à partir
desquels s’organisent les différents éléments. Dans le dessin du
cloître, les dix rayons qui se recoupent au centre de l’église
déterminent l’emplacement des chapelles et des portes. L’extérieur de
l’église se présente comme un corps en forme d’étoile avec cinq
pointes rayonnant depuis le centre. Sur le maître-autel, Jean Népomucène
représenté sur un globe monte au ciel, accompagné de cinq grands anges
et trois petits anges, ces chiffres symbolisant la date du martyre de Jean,
âgé de 53 ans au moment de sa mort. »
L’église Saint-Jean-Népomucène à Zelená Hora, photo: CzechTourism
L’église demeure un centre de pèlerinage majeur depuis sa fondation
jusqu’en 1784, année où le couvent cistercien est aboli par
l’empereur Joseph II. La même année, un incendie ravage l’église.
Les travaux de reconstruction sont autorisés huit ans plus tard, à
condition que le cloître serve de cimetière. Les tombes de cette époque
existent encore sur place mais elles devraient être déplacées d’ici à
2016 et le complexe devrait retrouver son aspect d’origine. Des travaux
de réaménagement se poursuivent depuis 2008 où la colline a été
déboisée et l’église constitue depuis une dominante visible de loin,
comme c’était le cas au moment de sa fondation. Des pèlerinages ont
lieu à la Montagne Verte tous les ans, le 16 mai, jour de fête de saint
Jean Népomucène. Des concerts y sont aussi donnés régulièrement.






