Pays du tourisme Le jardin de la villa Müller a obtenu le prix international Tendence « Construire avec le vert »
Bien que nous soyons en plein automne, nous vous invitons à visiter un splendide jardin qui constitue un élément inséparable de la villa Müller, dans le 6e arrondissement de Prague. Si la villa fonctionnaliste dessinée dans les années 1930 par l'architecte autrichien Adolf Loos a déjà décroché plusieurs prix prestigieux, parmi lesquels Europa Nostra Awards, le jardin est le lauréat tout frais du prix international Tendance « Construire avec le vert » (Trend Award Building with Green) qui récompense les mérites des architectes paysagistes en matière de constructions intégrant des espaces verts. L'Union européenne des entrepreneurs du paysage (ELCA), qui regroupe actuellement 22 associations nationales d'Europe, des USA, d'Australie et du Japon, et qui décerne ce prix tous les deux ans, a mis à l'honneur le jardin de la villa Müller pour sa restauration réussie respectant le concept d'origine et pour sa sauvegarde en tant que patrimoine culturel.
Villa Müller, photo: Milena Štráfeldová
Le prix Tendance « Construire avec le vert » a été attribué au jardin
de la villa Müller le 15 septembre, à Nuremberg, à l'occasion du 18e
salon international de la Ville Verte et des Espaces de Plein air. Pour
Antoine Berger, président du comité des entreprises de l'ELCA, les
références historiques et culturelles sont à elles seules insuffisantes
pour une perception positive des jardins historiques. Ce qui contribue à
leur conférer de l'attrait, c'est l'atmosphère, l'expérience
émotionnelle, la convivialité du lieu, le caractère intuitif du jardin,
sans oublier l'état de conservation et d'entretien. L'architecte
paysagiste Václav Girsa, auteur du projet de rénovation du jardin de la
villa Müller, se félicite de cette distinction :
Photo: Milena Štráfeldová
« C'est un grand honneur pour nous car c'est un prix international qui
donne de nouvelles impulsions aux activités de ce genre et aux soins
systématiques apportés aux jardins historiques. La rénovation du jardin
de la villa Müller été terminée il y a tout juste dix ans, ce qui est
une période idéale pour la végétation, mais pour que l'état du jardin
reste vraiment idéal, il faut qu'on lui apporte des soins intenses et
systématiques. »
La villa, de l'extérieur un simple cube blanc aux fenêtres peintes en jaune, est située dans le quartier résidentiel d’Ořechovka, pas loin du château de Prague. Adolf Loos, architecte autrichien né en 1870 à Brno, considéré comme pionnier de l'architecture rationnelle moderne, l'a bâtie entre 1928 et 1930 pour son ami, František Müller. Opposé au courant de la Sécession viennoise qu'il juge décadente car décorative, Adolf Loos a conçu de nombreuses villas de style fonctionnaliste à Vienne, à Venise ou encore à Paris avec la maison de Tristan Tzara.
Photo: Milena Štráfeldová
Nationalisée en 1959, la villa Müller a servi de dépôts et d'archives.
Faute d'entretien, elle souffrait de dégradation. En 1991, elle a été
restituée aux héritiers de ses anciens propriétaires. Un an plus tard,
elle a été rachetée par la ville de Prague qui en a confié la garde au
Musée de la capitale tchèque. Depuis 1995, la villa est classée monument
culturel national. Pour ce qui est de la conception du jardin, elle a été
conçue par Camillo Schneider et Hermann Mattern, célèbres architectes
des années 1930, et par leur collaborateur, Karl Forster. Leurs plans
d'origine existent encore. De la surface globale du terrain, qui est de 1
270 m2, le jardin occupe près de 700 mètres. En quoi est-il exceptionnel ? On écoute l'architecte Václav Girsa :
Václav Girsa
« Le jardin se distingue, de même que la maison, pour avoir été bâti
sur un terrain relativement petit, orienté au nord. Dans la même mesure
qu'Adolf Loos a su en profiter dans son concept de la villa, les
architectes paysagistes en ont fait un avantage pour le jardin. Ce dernier
est conçu de la même manière que la villa, en tant que système
d'espaces divisés en segments de niveaux différents, de façon à ce que
la surface en haut recouverte de pelouses serve d'espace d'habitation en
plein air. Le jardin se distingue par un système de terrasses et de voies
de communication qui ont un sens et un rôle bien réfléchis. La
composition spatiale du jardin est une chose, l'autre est sa composition
artistique, c'est-à-dire l'utilisation des couleurs et des variétés de
plantes. »
Photo: Milena Štráfeldová
L’autre atout du terrain rampant est qu'il offre, dans sa partie
supérieure, une vue sur Prague, avec l'église Saint-Norbert et le château
de Hradčany, jusqu'au château de Troja. La dénivellation de plus de dix
mètres entre le bas et l'entrée de la villa, qui est la partie la plus
haute de ce jardin, a été surmontée au moyen de diverses grandes
terrasses superposées et reliées les unes aux autres par des escaliers et
des chemins. Cette solution peut être comparée au concept de Raumplan des
intérieurs de la villa: plan en trois dimensions, sans division
traditionnelle en étages, avec des pièces de hauteurs variables selon les
besoins et les fonctions. Les documents sauvegardés prouvent que les
premieres idées et ébauches visaient déjà à faire du jardin un
élément inséparable de la villa. Le jardin est un prolongement des
salles de séjour de la maison, observe Maria Szadkovska, historienne d'art
et directrice du musée Adolf Loos dans la villa Müller :
Photo: Milena Štráfeldová
« La villa Müller est, en effet, la seule réalisation d'Adolf Loos qui
prolonge l'espace intérieur en direction de l'extérieur. Depuis 1906,
Adolf Loos a réalisé une série de maisons à Plzeň mais dans ce
cas-là, il était confronté à un tout autre problème: pas de jolies
vues donnant sur le jardin, pas de contact avec la nature. Pour compenser
ce défaut, il dessinait des jardins d'hiver pour ces maisons. Quant à la
villa Müller, elle provoque, en revanche, ses habitants à sortir dehors,
à aller dans le jardin et à contempler la beauté des couleurs et de la
verdure. Il convient de rappeler que le jardin de la villa Müller a été
conçu par les architectes qu'Adolf Loss rencontrait souvent au château de
Vrchotovy Janovice, et, comme on le sait, la propriétaire de ce dernier,
Sidonie Nadherná, était une jardinière passionnée. C'est elle qui a
noué des contacts entre lui et les auteurs de la conception du jardin de
la villa Müller. »
Adolf Loos
La rénovation du jardin a commencé en 1998. De la végétation
d'origine, les architectes n'ont gardé que trois arbes feuillus
solitaires, deux conifères solitaires dont un génévrier en forme de
bonsai, et des haies vives constituées de charmille et de lierre grimpant.
Les murs nus de la villa sont décorés par une autre plante grimpante
ornamentale, le vigne-vierge japonais dont le feuillage vire au rouge
écarlate à l'automne. En bas du jardin, il y a des rosiers et des
conifères grimpants. Lors de la rénovation, les architectes ont pris en
considération la composition d'origine des variétés de plantes et leurs
couleurs : ainsi, il y a des iris, des marguerittes, des dahlias, des
bleuets, des sauges, des oeillets, des phloxs, des chrysanthèmes, des
pivoines. Plantées sur un parterre qui borde une grande pelouse à droite
de l'entrée, ces plantes vivaces sont en fleurs pendant toute l'année. Le
retour à la végétation d'origine des années 1930, a-t-il été
difficile, soixante ans après ? On écoute Václav Girsa:
Villa Müller, photo: Milena Štráfeldová
« Oui, très difficile. La sauvegarde des plans de plantations d'origine
est certes un grand avantage. Il est important de pouvoir se servir de la
documentation authentique qui nous informe de la composition et de
l'assortiment de la végétation. Dans les années 1930, la priorité
était donnée aux plantes vivaces. Le problème qui se pose aujourd'hui
est que certaines variétés n'existent plus dans leur forme d'origine,
tout est soumis au diktat de la mode. On ne cesse de sélectionner de
nouvelles variétés, plus rustiques, ce qui nous a contraint à chercher
des solutions alternatives mais on a toujours fait en sorte qu'elles soient
les plus proches du concept original. »
Villa Müller, photo: Milena Štráfeldová
Mettre à l'honneur les jardins historiques était une décision
délibérée du jury de l'ELCA. A son avis, ils sont des sites importants
qui améliorent la qualité de la vie, ont une forte empreinte sur le
paysage culturel et sur la diversité de l'environnement. Parallèlement au
jardin de la villa Müller, l'ELCA a récompensé du prix international
Tendance « Construire avec le vert » les jardins historiques du
monastère de Litomyšl qui est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.






