Pays du tourisme L’Atelier Franzis Wussin : masques, costumes et accessoires qui font rêver
La saison du carnaval à Prague est bel et bien terminée et les Fêtes de Pâques approchent. Mais le prestigieux Atelier Franzis Wussin, créateur de fidèles répliques de masques, costumes traditionnels et accessoires à la mode du XVIIIe siècle, prépare déjà la collection pour le carnaval de Prague 2011. L’Atelier porte le nom du célèbre graveur praguois Jan Samuel František Wussin (Franzis Wussin), dont le portrait peint par Petr Brandl se trouve dans la Galerie nationale de Prague. L’atelier Franzis Wussin a été fondé par l’architecte et designer Rostislav Maria Müller avec pour objectif de faire revivre la tradition des bals masqués de Prague, interrompue avec l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale et reprise à l’initiative des époux Müller.
Photo: Atelier Franzis Wussin
Laissons-nous emporter à l’époque du baroque pour nous perdre dans le
frou-frou des magnifiques tenues de carnaval en tissus nobles portés par
les belles dames et charmants gentilshommes aux visages couverts de masques
de formes des plus étranges, des plus inventives et d’une beauté
surprenante. Rostislav Maria Müller, designer et fondateur de l’Atelier
Franzis Wussin, nous donne quelques précisions sur la famille Wussin :
« La famille était propriétaire d’un hôtel particulier, rue Masná
à Prague, où elle organisait des bals masqués de grande renommée dans
un style baroque et plus tard rocaille, d’après le modèle vénitien.
Auparavant les bals masqués étaient organisés en privé dans les
somptueux palais de la noblesse tchèque, puis à l’époque du baroque
les bals ont été déplacés au XVIIIe siècle dans les salles des hôtels
particuliers que les familles aristocratiques louaient et payaient. Le plus
célèbre des hôtels particuliers était justement le Palais Wussin,
devenu au XVIIIe siècle le centre des bals et divertissements. C’est
donc là que se déroulaient les fameux bals masqués de l’aristocratie
et, plus tard, au XIXe siècle, les bals bourgeois. »
La tradition des bals masqués de Prague date déjà de l’époque du
gothique. Gérés par le peintre italien Giuseppe Arcimboldo, arbitre de
l’élégance et designer des masques à la cour des Habsbourg à Prague,
à l’époque de la Renaissance, les bals masqués ont connu leur plus
grand essor et gloire à l’époque du baroque. Le plus ancien
sauf-conduit impérial sur l’organisation des bals, excepté ceux du
Mardi-gras, date de 1742. Il a été délivré au bourgmestre de Prague Jan
Václav Friedrich de Friedenberg, qui épousa la fille de Franzis Wussin,
Francesca. Ce privilège a été successivement confirmé par
l’impératrice Marie-Thérèse et l’empereur germanique et corégent
des Etats de Habsbourg, Josef II, puis par l’empereur François Ier. La
tradition a donc commencé à se perdre avant la Seconde Guerre mondiale et
a complètement disparu sous le régime communiste.
Zlatuše Josefa Müller
Vers la fin des années 1990, la photographe et scénographe Zlatuše
Josefa Müller et son mari l’architecte et designer Rostislav Maria
Müller se sont posé la question de savoir pourquoi il n’y avait plus de
bals masqués et de carnaval à Prague. Ils ont alors commencé à caresser
l’idée de faire revenir cette belle et noble tradition. Ils se sont
lancés dans des recherches sur l’histoire de ces festivités et ont
organisé de grandes soirées masquées. Rostislav Maria Müller :
« Depuis longtemps nous avions en tête l’idée de renouveler la
tradition du carnaval de Prague, dont l’existence remonte plus ou moins
au XIIIe siècle. Les bals et les festivités du Mardi-gras faisaient
partie de la vie culturelle en Bohême et sont arrivés avec d’autres
aspects de la culture. Le mot Carnaval vient de l’italien ‘Carnevalo’
ou plutôt encore du latin et signifie littéralement ‘enlever, laisser
la viande’. Le Mardi-gras était célébré par toutes les couches de la
société. Le peuple le fêtait dans la rue et l’aristocratie organisait
des bals et d’autres divertissements qui étaient le point culminant de
la saison du carnaval. Dans le cadre de nos recherches (iconographie) nous
avons obtenu des informations concernant les différentes périodes, dont
l’une d’elle est le XVIIIe siècle, où les bals étaient organisés au
Palais Wussin. Le premier bal a eu l’honneur d’accueillir W. A. Mozart,
qui, avec Giacomo Casanova, est devenu un habitué de ces bals. Nous nous
sommes donc concentrés sur l’origine, la réalisation et l’aspect des
masques. Nos recherches concernaient évidemment aussi les costumes et
accessoires qui font partie intégrante d’une soirée dans un style
baroque et rocaille. »
Les masques et les costumes produits par l’Atelier Fanzis Wussin,
dégageant des temps depuis longtemps révolus, ont pu être admirés à
l’occasion du prestigieux Crystal Ball, qui a eu lieu le 13 février
dernier au somptueux Palais Clam-Gallas dans le centre de Prague dans le
cadre du Bohemian Carnaval, organisé par les époux Müller. Et c’est
Rostislav Müller qui nous confie le secret de la confection des masques et
costumes éblouissants entièrement faits main avec des bijoux en cristal
de Jablonec. Rostislav Maria Müller :
Photo: Atelier Franzis Wussin
« Nous essayons de respecter l’ancienne procédure de réalisation des
masques. Au fil des siècles les masques ont été produits de différentes
façons. Au XVIIIe siècle on utilisait la méthode papier mâché, en
italien la ‘carta pesta’. Les masques de notre atelier sont
confectionnés à la méthode papier mâché, donc avec des coupures de
papier qui sont pressées dans des moules en plâtre et tendus de brocart
ou d’autres tissus nobles. A la fin les masques sont décorés avec des
cristaux de Bohême, d’or et d’argent, c’est la touche finale. Il est
indispensable que les masques soient assortis avec les costumes. Le tissu
du costume est identique à celui des chaussures et du masque. On respecte
donc toutes les disciplines artisanales utilisées autrefois. Actuellement
on prépare déjà les masques pour la prochaine saison. Il s’agit
d’une collection de douze modèles qui seront présentés à
l’ouverture du carnaval de Prague. C’est le même cycle que pour les
défilés de mode actuelle, mais c’est la mode du XVIIIe siècle. »
En 2009, l’atelier Franzis Wussin a ouvert un atelier de couture, et on
peut retrouver les masques de carnaval à la Ruelle d’Or, où il est
possible de les acheter ou simplement de les admirer. En mai, l’atelier
ouvrira un centre d’information au Palais Colorado-Mansfeld, également
renommé dans le temps pour ses bals masqués.
Et à la fin une petite idée de plat que l’on mangeait aux XVIe et au
XVIIe siècles en Bohême. A l’occasion des fêtes on servait surtout du
canard, des coqs de bruyère, des paons et des écureuils (considérés
comme un vrai délice) à profusion et du bœuf rôti à la broche, que
l’on laissait ensuite mijoter dans du roux aux prunes et au vin rouge.
Les boulettes de viande de veau étaient également un plat très
apprécié. En voici la recette baroque :
Veau, œufs, vin blanc persil frais haché, safran, poivre (la quantité dépend de vos goûts).
• Hacher la viande de veau.
• Ajouter le vin, les œufs, le persil haché et le safran.
• Bien mélanger, former les boulettes et les cuire dans l’eau.







