Pays du tourisme La maison «Aux Trois Lys», une merveille architecturale qui a failli disparaître
La maison « Aux Trois Lys » se trouve à Pohořelec dans le quartier de Hradčany, un peu en amont sur la droite de la route qui mène à Notre Dame de Lorette. Elle est située tout près de l’arrêt Pohořelec du tram n° 22 qu’il faut prendre à côté du métro Malostranská. Cette maison somptueuse, construite dans un style baroque apparaît dans de nombreux films hollywoodiens et tchèques. On parle souvent de la maison « Aux Trois Lys » en évoquant le restaurant et l’auberge du même nom, mais peu de gens savent qu’elle est étroitement liée au destin de son premier propriétaire et créateur, le célèbre sculpteur František Ignác Platzer, issu de la famille des grands sculpteurs Platzer. Pourtant Emanuel Poche a rassemblé toutes les données historiques à ce sujet et les a publiées dans ses œuvres.
La maison 'Aux Trois Lys', photo: Archives de Josef Wagner
František Ignác Platzer a fait construire la maison d’après son propre
projet entre 1750 et 1756 sur un terrain offert par les dignitaires
ecclésiastiques du Couvent des prémontrés de Strahov, centre de la
culture de Prague. Ce don lui a été fait en guise de reconnaissance pour
son travail dans le couvent, que Platzer a décoré de ses statues. Le
sculpteur a installé dans la partie sud de la maison son atelier de
sculpture et de tailleur de pierres où il créait ses magnifiques statues
profanes et religieuses. Ses œuvres ornent de nombreux palais de Prague,
notamment le palais Golz-Kinský, le dôme de Saint-Nicolas dans le
quartier de Malá Strana, le couvent de Zbraslav, et décorent entre autres
l’intérieur et l’extérieur du château de Dobříš. Grâce aux
descendants de F. I. Platzer l’atelier a fonctionné jusqu’au XIXe
siècle.
La maison 'Aux Trois Lys', photo: Archives de Josef Wagner
Aux fins des réformes innovatrices de Joseph II, empereur germanique et
corégent des Etats des Habsbourg, époque de la renaissance nationale du
peuple tchèque, la partie sud du bâtiment, où se trouvait l’atelier de
sculpture de Platzer, a été démolie. Aujourd’hui il ne reste que le
portail baroque attenant à la chapelle de Saint Roch, construite sous le
règne de l’empereur germanique Rodolphe II. Aux alentours de 1834 on
installa au rez-de-chaussée une auberge et au 1er étage un restaurant
dont les arcades donnaient sur le cimetière. Les salles situées sous les
combles furent transformées en chambres séparées. Chaque dimanche on
organisait au 1er étage des cours de danse pour les cadets des casernes
situées juste en face de la maison « Aux Trois Lys ».
Sculpture par F.I. Platzer, photo: Archives de Josef Wagner
La musique
commença à pénétrer les lieux baroques et les salles jadis silencieuses
s’animaient du froissement des robes de soie. Les cours de danse étaient
suivis de bals auxquels assistait la crème de Prague. Il est bien connu
que le célèbre poète tchèque Jan Neruda venait régulièrement à ces
bals et y dansait souvent avec la non moins célèbre femme de lettres
Božena Němcová. Le poète parle d’ailleurs de la maison « Aux Trois
Lys » dans le conte du même nom qui fait partie de ses célèbres Contes
de Malá Strana.
Gravure du 19e siècle, photo: Archives de Josef Wagner
Au fil du temps la maison « Aux Trois Lys » se délabrait et après la
Seconde Guerre mondiale, elle ne ressemblait plus en rien à la somptueuse
bâtisse d’antan. Et c’est le propriétaire actuel, le peintre et
architecte Josef Wagner, issu de la famille des célèbres sculpteurs
Wagner et descendant du fondateur de l’architecture européenne moderne
Otto Wagner, qui nous parle du destin de la maison dans la période
d’après-guerre. Josef Wagner.
Josef Wagner, photo: Jaroslava Gregorová
« Après le coup d’Etat communiste de 1948 l’auberge et le
restaurant de la maison « Aux Trois Lys » ont été nationalisés et
repris par l’entreprise nationale Restaurants et cantines (RAJ). Grâce
aux efforts surhumains des employés l’auberge et le restaurant ont été
exploités jusqu’à la fin des années 1960 puis ont été fermés pour
des raisons d’hygiène. A cette époque un grand nombre d’anciennes
maisons de Prague étaient masquées par d’odieux échafaudage qui
devaient empêcher la chute du crépi ou des parties des maisons. C’est
le déclin criminel du désir d’instruction, de la connaissance de
l’histoire et de piété au travail de nos ancêtres.»
La maison 'Aux Trois Lys', photo: Archives de Josef Wagner
Les dirigeants communistes avaient élaboré un plan de démolition des
anciennes maisons placé sous le slogan On ne peut pas vivre à
l’ancienne. Le destin de la maison « Aux Trois Lys » commence à
devenir dramatique. La démolition menace ! Heureusement, conformément aux
normes socialistes, la maison est classée maison de famille et monument
historique et ne peut donc être démolie. Le banquier František Müller,
dernier propriétaire de la maison et exécuteur du legs de la Fondation de
l’architecte Josef Hlávka, est un homme intelligent qui a de bonnes
notions de droit. Captivé par la passion de Josef Wagner pour
l’architecture et par l’histoire de la famille Wagner, il lui vend la
maison et Josef Wagner se lance dans la reconstruction. Plus de détails
avec Josef Wagner.
La maison 'Aux Trois Lys', photo: Archives de Josef Wagner
« L’avantage était que la maison se trouvait sur la route menant au
stade de Strahov où se déroulaient les fameuses Spartakiades
(manifestations sportives socialistes) qui succédèrent aux rassemblements
des Sokols. Il ne pouvait donc pas y avoir de maisons délabrées sur la
route que prenaient les délégations étrangères. La reconstruction de la
maison « Aux trois Lys » a été intégrée dans le Plan d’aide des
entreprises régionales de bâtiment à la ville socialiste de Prague. Les
travaux se sont déroulés entre 1974 et 1977 et grâce au travail acharné
de 187 artisans passionnés par leur travail, la reconstruction et la
restauration sont arrivées à leur terme. La façade a été restaurée
d’après l’ancienne formule baroque, c'est-à-dire un mélange de chaux
éteinte, de sable tamisé et de briques et tuiles pilées. C’est
justement ce mélange qui donne à la façade cet aspect rosâtre. »
Josef Wagner, photo: Jaroslava Gregorová
La porte d’entrée en marqueterie (assemblage décoratif de lamelles de
bois d’essences variées, employé en revêtement) est la partie la plus
précieuse de la maison. Elle date du XVIIIe siècle et la poignée en fer
forgé a été réalisée par le frère de Josef Wagner, le plasticien et
sculpteur Jan Wagner.
Grâce à la famille Wagner, seul investisseur, la somptueuse bâtisse baroque « Aux Trois Lys » a été respectée en l’honneur de son premier propriétaire František Ignác Platzer et de tous ceux qui ont demeuré en ces nobles lieux.
Et à la fin de notre émission une recette de civet de chevreuil tchèque à l’ancienne.
Civet de chevreuil tchèque à l’ancienne
600g de civet de chevreuil, 50 g de lard, 150 g de céleri et de carottes,
1 gros oignon, 60g de farine, 1/2 c. à soupe de purée de tomate, 1 c. à
soupe de compote d’airelles, 60 ml de vin rouge, beurre, sel, sucre
• Larder le civet de chevreuil bien nettoyé et saler.
• Faire revenir l’oignon, les carottes et le céleri finement coupé
dans du beurre.
• Sucrer légèrement et étuver jusqu’à ce que le sucre commence à
se caraméliser.
• Faire braiser le civet de chevreuil de tous les côtés sur les
légumes caramélisés et mouiller avec de l’eau chaude.
• Couvrir et étuver au four.
• Retourner la viande pendant la cuisson et arroser au besoin avec de
l’eau chaude.
• Lorsque la viande est tendre, sortir du four et étuver encore un
peu le jus sans couvrir.
• Ajouter la farine délayée dans un peu d’eau froide et faire cuire
une vingtaine de minute.
• Avant la fin de la cuisson ajouter la purée de tomate et la compote
d’airelles, arroser de vin et saler.
• Couper la viande en tranche, placer dans la sauce et laisser
réchauffer.
Servir avec du pain de campagne (le pain se trempe dans la sauce) ou des
gnocchis et du vin rouge.









