En Bohême du Sud, un zoo unique « sauve les crocodiles pour les générations futures »

Quasiment toutes les espèces existantes de crocodiles, de gavials, d’alligators et de caïmans sont à découvrir dans un zoo entièrement consacré à ces reptiles à Protivín, une petite ville de 4 000 habitants en Bohême du Sud. A travers différents programmes, cette institution s’efforce de sauver certaines des rares espèces de crocodiliens. Elle est, entre autres, la première au monde, en dehors des zones tropicales, à avoir réussi à faire se reproduire les gavials du Gange, menacés de disparition.

Le plus grand groupe de crocodiles de Cuba en Europe

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka Le mercure dépassant les 30 °C et une grande humidité : ce climat tropical nous surprend lorsque nous entrons dans un bâtiment à première vue discret, situé au cœur de Protivín, près de la pittoresque ville de Písek, en Bohême du Sud. Dans cette ancienne ferme datant de la fin du XVIIIe siècle et appartenant à l’époque au château local se trouve, depuis une dizaine d’années, un zoo de crocodiles unique en son genre en République tchèque, mais aussi en Europe.

Tout près de l'entrée, nous assistons tout d'abord au repas des crocodiles de Cuba. Avec 19 représentants de cette espèce dans un seul terrarium, il s’agit du plus grand groupe élevé en Europe. Les reptiles se bousculent pour attraper le meilleur morceau du poulet ou du poisson car ils ne mangent qu’une fois par semaine, une fréquence optimale pour les crocodiles en captivité, selon leurs éleveurs.

Petr Samek, photo : Vojtěch RuschkaPetr Samek, photo : Vojtěch Ruschka Ce parc zoologique privé est en effet un rêve devenu réalité pour son directeur, Miroslav Procházka. Enfant tombé amoureux de ces prédateurs, il les élève depuis 1996. En 2005, la ferme enregistre ses premiers succès en matière de reproduction de crocodiles et rejoint ainsi les quelques établissements européens ayant différents programmes de protection de ces animaux. Trois ans plus tard, la ferme se transforme en zoo et s’ouvre au public. Situés au départ dans trois pièces seulement, les terrariums pour crocodiles s’étendent aujourd’hui sur deux étages et une surface de près de 2 000 mètres carrés. Eleveur des crocodiles à Protivín, Petr Samek, présente la forme actuelle du zoo :

« Le zoo a grandi au fur et à mesure. Aujourd’hui, nous élevons 22 des 23 espèces existantes de crocodiliens. Dans ce sens, nous sommes vraiment uniques car peu d’institutions dans le monde peuvent nous égaler en termes de nombre d’espèces élevées. »

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka Le zoo participe à plusieurs projets de sauvetage de crocodiles rares, en collaboration avec différentes institutions et centres de conservation du monde entier. Petr Samek nous en dit plus :

« L’objectif de tous les jardins zoologiques est non seulement de présenter différents animaux au public mais surtout de les sauver pour les générations futures. Nous élevons donc cinq espèces en danger critique d’extinction, nous sommes parvenus à en faire se reproduire quatre. Il s’agit de gavials du Gange, de crocodiles du Siam, de crocodiles des Philippines et de crocodiles de Cuba. Cette dernière espèce est la plus représentée dans notre zoo. Nous avons déjà élevé 51 crocodiles de Cuba. Nous collaborons avec des parcs zoologiques étrangers. Une partie des crocodiles nés chez nous va à l’étranger, nous les donnons à d’autres zoos ou les échangeons contre d’autres espèces. Les espèces en dangers critiques d’extinction ne peuvent en effet pas être vendues. Enfin, nous essayons aussi de réintroduire des crocodiles dans leur milieu naturel. C’est notamment le cas des crocodiles de Cuba, des gavials du Gange et des crocodiles des Philippines. »

La reproduction de gavials du Gange, un succès mondial

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka En mai dernier, le zoo de Protivín a rencontré un succès à l’échelle mondiale. Après une première tentative infructueuse en 2012, cette institution a réussi à faire se reproduire les gavials du Gange, une espèce en danger critique d’extinction dont seulement plusieurs dizaines d’individus vivent actuellement dans la nature. Elle a ainsi bénéficié d'une véritable reconnaissance de la plupart d’autres zoo du monde entier, car jusqu’alors ces reptiles n’étaient nés que dans leurs pays d’origine – en Inde, au Népal et au Bangladesh, avec la notable exception de la Floride, qui est néanmoins aussi une région tropicale. La naisssance de ces petits crocodiles en plein cœur de l’Europe, dans une zone tempérée, en a donc surpris plus d’un :

« Seize petits gavials sont sortis de l’œuf. Nous n’en attendions pas un tel nombre ! Au total, nous avons obtenu 22 œufs en bon état. C’est donc un taux d’éclosion très haut. Seul un tiers des œufs n’ont pas survécu. »

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka Le zoo est également le premier au monde qui a aussi réussi à faire se reproduire, en plus des gavials du Gange, une autre espèce parmi les plus menacées de disparition, les crocodiles des Philippines. Petr Samek s’essaie à une explication de ces succès et précise également quel avenir attend ces petits gavials qui mesurent aujourd’hui seulement quelque 50 centimètres :

« Nous avons déjà eu des expériences avec la reproduction d’autres espèces. Certains d’entre eux se sont reproduits sans notre intervention, directement dans le terrarium, notamment les crocodiles du Siam et les crocodiles du Nil. De plus, notre directeur se rend souvent à l’étranger, dans les pays où vivent des crocodiles, pour les observer, les documenter et les photographier dans leur habitat naturel. Nous n’avons pas pu garder les seize petits gavials car ces animaux peuvent être longs jusqu’à sept mètres. Notre Čambal, leur père, est long de près de cinq mètres. Il serait donc inimaginable de les élever tous. Nous en avons gardé trois et les autres ont été envoyés ailleurs, en Suisse, aux Iles Canaries, etc. »

Les petits gavials issus du couple Ganga et Čambal, venus à Protivín directement d’Inde, ne sont toutefois pas la seule rareté du zoo. Littéralement la plus grande attraction est Golem, un crocodile marin mâle qui, avec ses près de cinq mètres et plus de 600 kilos, est le plus grand crocodile élevé en République tchèque, et selon certaines sources en Europe également.

Un refuge pour les crocodiles maltraités

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka Le zoo de crocodiles à Protivín attire chaque année dans cette petite ville tchèque plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. Ceux-ci peuvent découvrir le zoo de manière individuelle ou peuvent profiter d’une visite guidée animée par les éleveurs qui fournissent différentes informations sur la vie des reptiles de manière générale, mais également sur le sort des animaux vivant dans l’établissement. Petr Samek raconte :

« Beaucoup de ces crocodiles ont été sauvés, il s’agit souvent d’animaux qui ont rencontré un sort malheureux. Par exemple, notre crocodile américain, Kuba, a passé un tiers de sa vie, dans les années 1990, dans une boîte de nuit à Prague où il n’allait pas bien du tout. »

Outre les crocodiles, plusieurs espèces de serpents et de tortues sont exposés dans le zoo. Un petit musée proposant de découvrir des squellettes de crocodiles et d’autres animaux, ainsi que des informations sur leur évolution, fait également partie du complexe :

« Nous proposons également différentes activités aux visiteurs, comme le repas des crocodiles. En semaine, à 11 heures et à 14 heures, nous nourrissons les petits gavials du Gange. Le week-end, nous nourrissons à 11 heures les crocodiles de Cuba et à 14 heures notre Golem. »

Photo : Vojtěch RuschkaPhoto : Vojtěch Ruschka A la fin de la visite, il est également possible de prendre une photo avec un petit crocodile. Les bénéfices de la vente des photos et de souvenirs sont consacrés à la protection des crocodiles dans leur habitat naturel.

Ouvert toute l’année, le zoo s’engage à protéger la nature de manière générale. Pour cela, tout le bâtiment a été construit selon des principes rigoureusement écologiques, l’éclairage étant assuré par l’énergie solaire photovoltaïque et le chauffage à l’aide de pompes à chaleur utilisant l’énergie contenue dans la terre.

Et quels sont ses projets pour l’avenir ? Le zoo de Protivín veut notamment se procurer la dernière espèce qui lui manque et devenir ainsi la deuxième institution au monde à posséder une collection complète de crocodiliens. Il a également un nouveau objectif quant à l’élevage de « ses » crocodiles : la reproduction d’un autre prédateur rare et menacé, le faux-gavial de Malaisie.

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