25 ans à l’UNESCO : Telč, bijou de la Renaissance tchèque

Prague et son centre historique, Český Krumlov avec son théâtre baroque et ses ruelles pittoresques, et Telč, perle de la Renaissance : il y a 25 ans de cela, ces trois villes ont été les premiers sites tchèques inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. L’occasion pour Radio Prague de vous faire découvrir ces trois villes et leur évolution ces dernières années dans une nouvelle mini-série. Commençons avec Telč, commune de 5 000 habitants située dans le sud du pays, au milieu d’une ancienne voie qui reliait Prague à Vienne.

La Renaissance à l’honneur

Telč, photo: Ondřej TomšůTelč, photo: Ondřej Tomšů « Nous venons de découvrir Telč. C’est une très jolie ville ! Elle fait partie des villes les mieux conservées que j’ai visitées. »

Un petit groupe de touristes français se reposent sur la place principale de la cité historique de Telč et regardent le château et les maisons à arcades de style Renaissance, avec des frontons ornés et des façades de toutes les couleurs qui donnent à la ville son caractère pittoresque unique.

Le français est une des nombreuses langues que l’on peut entendre à Telč. La ville, qui compte parmi les mieux conservées en Europe centrale, est aujourd’hui un site très recherché par les touristes étrangers.

Le célèbre château, dominante de Telč, est le monument le plus visité de la ville, mais aussi de toute la région de Vysočina. Bohumil Norek est son intendant depuis vingt-cinq ans. Il a repris sa gestion en 1992, année de l’inscription de la ville sur la liste de l’UNESCO. Le châtelain, qui a pris la succession de son père, explique les raisons pour lesquelles Telč compte parmi les trois premiers sites tchèques classés au patrimoine mondial :

Bohumil Norek, photo: Ondřej TomšůBohumil Norek, photo: Ondřej Tomšů « Le château de Telč est un monument important de style Renaissance. C’est le propriétaire du domaine de Telč, Zachariáš de Hradec, qui a donné à la ville sa forme actuelle en réaménageant, en 1556, le château-fort gothique en une demeure de style Renaissance et en construisant à proximité du château des maisons du même style. Le château et la ville sont donc très étroitement connectés. Ils formaient ensemble une ville fortifiée, protégée par de grands étangs. Cette architecture de style Renaissance a été conservée jusqu’à aujourd’hui dans son état originel, sans interventions majeures. »

Bel exemple de l’influence italienne dans les pays tchèques, le château de Telč peut être visité via quatre circuits touristiques. Le plus fréquenté d’entre eux est le circuit dit de la Renaissance ; cette visite commence dans l’ancienne cuisine du château et s’achève dans les six salles somptueuses aux plafonds à caisson en bois doré. Le deuxième circuit, qui permet de découvrir les grands appartements de la famille Podstatzky-Lichtenstein, dernier propriétaire du château, présente la vie de la noblesse dans la première moitié du XXe siècle ; les locaux souterrains nous plongent, pour leur part, dans la période gothique de la résidence. Le complexe est entouré d’un grand parc anglais au milieu duquel est érigée une serre de style classique, un parc qui est complété par un petit jardin français à l’intérieur du château.

 « L’inscription à l’UNESCO est un label de qualité »

Telč, photo: Ondřej TomšůTelč, photo: Ondřej Tomšů Chaque année, 350 000 personnes se rendent à Telč, parmi lesquelles 100 000 visitent le château. Cet intérêt touristique est bien visible sur la place centrale de la ville où se trouvent différents cafés et boutiques. Zdeňka travaille dans un de ces magasins :

« Oui, le nombre de touristes augmente chaque année. Il y a de plus en plus de touristes asiatiques, mais aussi tchèques. Nous vendons de la céramique, des produits cosmétiques naturels, des jouets fabriqués manuellement… Bref, différents produits tchèques. Mais ce que les visiteurs achètent le plus, ce sont ces petites maquettes des maisons de Telč, ainsi que d’autres souvenirs à l’effigie de Telč, comme des aimants, des tasses, des images pour enfants, etc. »

Mais qu’est-ce que l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO a concrètement apporté à Telč ? Pour le maire de la ville, Roman Fabeš, il s’agit avant tout d’une marque de prestige :

Roman Fabeš, photo: Ondřej TomšůRoman Fabeš, photo: Ondřej Tomšů « Être classé, à l’époque, parmi les trois monuments les plus importants de République tchèque et sur la liste des meilleurs monuments du monde, vous donne un certain label de qualité. L’inscription à l’UNESCO aide à développer le tourisme car de nombreuses agences de voyages ne proposent que des circuits consacrés à des sites classés au patrimoine mondial. Il faut toutefois préciser que le nombre de touristes qui visitent le château n’a pas vraiment évolué ces vingt à trente dernières années. C’est la composition des visiteurs qui a changé. Sous le régime communiste, il s’agissait essentiellement de groupes organisés de différentes entreprises, associations ou écoles, alors qu’aujourd’hui, ce sont avant tout des visiteurs individuels. De plus, une part importante est représentée par les touristes étrangers. L’inscription à l’UNESCO facilite également l’accès aux subventions. L’UNESCO, c’est donc tout d’abord une question de prestige et de promotion de la ville. »

La Renaissance attire à Telč également des cinéastes du monde entier. De cinquante à soixante films historiques, documentaires ou contes pour enfants ont été tournés dans cette ville. Malgré sa popularité, Telč doit toutefois faire face à certains défis, comme l’explique Roman Fabeš :

Telč, photo: Ondřej TomšůTelč, photo: Ondřej Tomšů « La visite de Telč réclame une petite journée tout au plus. Seulement un quart des visiteurs passent la nuit à Telč. Nous ne nous efforçons donc plus d’augmenter le nombre de touristes, mais plutôt de convaincre ceux qui arrivent d’y rester plus longtemps. En 2006, nous avons lancé une coopération avec les microrégions de Třešť, de Dačice, de Jemnice et de Zukunftsraum Thayaland en Autriche voisine. Nous nous sommes réunis pour créer la ‘Région de la Renaissance’ et proposons ensemble aux touristes différentes attractions comme des musées ou des pistes cyclables, afin de les convaincre de passer plusieurs jours dans cette région. »

Que des positifs… ou bien ?

Alors que Prague et Český Krumlov (Bohême du Sud) envisagent de limiter le nombre de touristes parfois excessif par exemple en régulant l’offre de logement ou en taxant l’accès à certaines parties de la ville, ce débat n’existe pour l’instant pas à Telč. Et ce même si, d’après le châtelain Bohumil Norek, ce grand intérêt a bien évidemment aussi des côtés négatifs :

« Pendant les vacances, le château est très animé, il y a vraiment beaucoup de monde. Cela diminue un peu la qualité de la visite. Nous devons donc veiller à ne pas transformer nos monuments en des ‘usines à touristes’. Notre objectif est de proposer aux visiteurs une expérience unique. Le problème est que plus les gens sont nombreux, plus le monument est endommage. Il est bien de laisser le château fermé au moins un jour par semaine pour qu’il puisse ‘se reposer’. Vous pouvez l’aérer, le nettoyer… Un millier de personnes viennent au château de Telč chaque jour. A Český Krumlov, leur nombre se situe entre 2 500 et 3 000. Je peux donc comprendre qu’ils veulent le limiter. »

Le nombre de touristes augmente encore lors des différents événements culturels, le château et la ville organisant des expositions temporaires, représentations théâtrales, concerts ou festivals. Le plus important est le traditionnel festival de musique Prázdniny v Telči (Vacances à Telč) qui, l’espace de deux semaines, attire les amateurs de folk, de musiques du monde, de jazz, de swing et d’autres genres encore. Et que pensent de cette évolution les autochtones ? Roman Fabeš :

« Les habitants de Telč sont très conservateurs. L’inscription au patrimoine mondial n’a donc pas été accueillie avec un grand enthousiasme mais plutôt avec des appréhensions relatives à l’intérêt touristique plus élevé ou encore aux règles plus strictes dans le domaine de la gestion immobilière. Même les services ne se développent que très lentement. Il a fallu du temps pour que les gens comprennent quel parti ils pouvaient tirer du tourisme. Il existe bien sûr également des côtés négatifs. Par exemple, beaucoup de gens qui habitaient dans le centre-ville ont déménagé, et ce malgré les efforts entrepris pour faire de la cité historique non seulement un lieu touristique mais aussi un centre de vie culturelle pour les habitants. Beaucoup de gens ont trouvé un logement en dehors du centre-ville et ont transformé leurs anciennes maisons en des hôtels et pensions. Rien n’est jamais noir ou blanc. Il y a toujours du positif et du négatif. »

Le château de Telč est ouvert d’avril à octobre, tous les jours sauf le lundi.
Le parc et la galerie du château restent ouverts toute l’année.
Les visites sont proposées en tchèque, en anglais, en allemand ou en français.
https://www.zamek-telc.eu/cs

Grâce à son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, Telč n’est pas devenu seulement un important site touristique, mais aussi le siège de différentes institutions. Aujourd’hui, la ville abrite, entre autres, les bureaux détachés de l’Institut national du patrimoine (NPÚ), un centre de l’Université technique de Prague (ČVUT) ou encore le Hockey Talent Center, une académie qui propose une formation spécialisée aux meilleurs joueurs de hockey âgés de 14 à 18 ans. Chaque année, Telč accueille aussi un événement phare pour les relations entre la Tchéquie et la France, l’Académie de musique franco-tchèque, des cours magistraux destinés aux futurs professionnels de musique des deux pays.