Le tchèque du bout de la langue Un péno à la « panenka » pour tromper « le gardien du temple »
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! La Coupe du monde de football - Mistrovství světa ve fotbale, se poursuit et avec elle notre étude du langage parfois très fleuri auquel acteurs, spectateurs, observateurs et autres passionnés du jeu ont souvent recours en République tchèque pour décrire l'action qui se passe sur la pelouse. Lors de notre dernière émission, nous avions évoqué la différence qui existe entre les mots fotbal et kopaná, les deux mots qui existent dans la langue tchèque pour désigner le jeu de « balle au pied » ou de « coup de pied » qu'est le football. Cette fois, nous allons entamer notre présentation d'expressions avec l'un des coups de pied, et de génie convient-il de préciser, les plus célèbres de l'histoire du ballon rond en Tchécoslovaquie et même en Europe. Un terme que nos auditeurs amateurs de foot connaissent sans doute tous, puisqu'il s'agit de la fameuse « panenka »...
Antonín Panenka, photo: www.zems.cz
Il y a quelque temps de cela, nous avions évoqué l'étymologie des mots « robot », « polka », « dollar », « pistolet » et « obus », cinq petits
mots, sans doute les seuls, d'origine tchèque passés dans le langage
courant international. Nous aurions pu y ajouter le mot « panenka », un
terme qui possède plusieurs sens, puisqu'il peut désigner à la fois la
pupille, la prunelle des yeux, ou encore une poupée, et même dans
certaines expressions une fillette qui possède des airs de poupée,
angélique et innocente aux yeux bleus.
Mais le Panenka qui nous intéresse n'a ni les yeux bleus ni les boucles dorées d'un ange. Trente ans après son jour de gloire, Antonin Panenka, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a toujours le cheveu brun et porte encore son épaisse moustache aussi célèbre que son penalty décisif réussi lors de la séance de tirs au but de la finale du championnat d'Europe 1976 contre la RFA de Franz Beckenbauer.
Le penalty d'Antonin Panenka au championnat d'Europe 1976
Antonin Panenka, légende du football tchèque, a laissé son nom, en effet,
à un geste technique encore jamais réalisé avant lui. Le joueur allemand
Uli Hoeness venait de manquer son tir au but et Antonin Panenka devait
exécuter le suivant, ayant, comme on entend dire parfois, la victoire au
bout de la chaussure. En le transformant, il pouvait en effet offrir à son
pays le premier titre international de son histoire. C'est alors qu'il
choisit de réaliser une petite pichenette, à savoir une frappe piquée
exécutée en touchant légèrement le ballon, en plein milieu du but, tandis
que le gardien allemand, le fameux Sepp Maier, qui s'attendait à un tir
puissant, plongeait sur un côté. Le ballon, quant à lui, rentrait dans le
but en « feuille morte », à savoir en retombant lentement derrière la
ligne tout en passant au dessus du gardien ridiculisé.
Certes, il serait réducteur de résumer la carrière d'Antonin Panenka à cette phase de jeu, car il s'agissait avant tout de l'un des meilleurs milieux de terrain de sa génération, mais il n'en rentre pas moins qu'encore aujourd'hui de nombreux jeunes joueurs, partout en Europe, savent ce qu'est une « panenka », l'expression étant passée dans le lexique courant utilisé sur et autour des terrains de football.
Avant le début du Mondial, l'hebdomadaire tchèque Tyden s'est amusé à
analyser ce que l'on pourrait appeler « le langage footballistique »,
relevant des dizaines de clichés, de formules toutes faites parfois
dénuées de sens, employés principalement par les journalistes. Ainsi, par
exemple, en introduction, le magazine se demandait pourquoi on évoque
parfois le rôle du gardien de but - brankář, comme celui du gardien
du temple - strážce svatyně. A l'origine, il s'agissait
incontestablement d'une très belle métaphore, car effectivement on peut
considérer que le gardien garde véritablement un espace particulier,
spécial délimité par trois poteaux dont la protection a un sens important
pour l'équipe qui le défend.
Photo: CTK
Seulement voilà, à force d'y avoir recours trop souvent, la métaphore a
perdu de son esthétique, le transfert de sens résidant dans la comparaison
s'étant évanoui. Un exemple parmi beaucoup d'autres qui s'explique, en
partie, par le fait que les journalistes doivent raconter, décrire une
action qui se répète à chaque fois sur la pelouse : les joueurs se font
des passes et s'efforcent de marquer ou de ne pas concéder de but. Car
après tout, ceux qui estiment que le foot est un jeu stupide où vingt-deux
gars courent après un ballon n'ont pas tout à fait tort. Oui, le foot est
une activité ludique simple, mais dont l'autre particularité, peut-être
d'ailleurs grâce à cette simplicité, est de passionner beaucoup de monde
partout dans le monde. Et c'est pourquoi existe ce langage si fleuri pour
le décrire, en tchèque comme dans les autres langues.
C'est ainsi que prend fin ce « Tchèque du bout de la langue » et cette deuxième partie consacrée aux expressions relatives au jeu de football. Nous poursuivrons cette étude dès la semaine prochaine. D'ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, patience à ceux et celles qui détestent le foot, salut et à bientôt - zatím ahoj !







