« Pes », le meilleur ami des Tchèques

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague –Le chien est le meilleur ami de l’homme, et plus encore des Tchèques. Une raison suffisante pour nous intéresser au petit mot qui, en tchèque, désigne l’animal : « pes ». Un petit mot dont il y a cependant bien des choses à dire…

Photo: Barbora NěmcováPhoto: Barbora Němcová « Prague, royaume canin » est le titre d’un papier de Radio Prague qui remonte à… 2004 (cf. : www.radio.cz/fr/rubrique/panorama/prague-royaume-canin). Malgré toutes les années passées depuis, le chien – pes, comme cela était constaté à l’époque, reste l’animal domestique préféré et le meilleur ami - ne serait-ce qu’à quatre pattes - des Tchèques, ce que confirment d’ailleurs les statistiques. On estime ainsi à plus de deux millions la population canine en République tchèque, tandis que près d’un foyer sur deux élèverait un chien. La Fédération cynologique internationale estime même à dix-huit le nombre de chiens vivant en République tchèque pour cent habitants. C’est donc bien simple : les toutous, qui remplaceraient les enfants selon les sociologues et psychologues dans un pays affichant un taux de natalité particulièrement faible, sont présents partout ou presque. Et même là où il ne faut pas parfois. En 1992, lors de sa première visite postrévolutionnaire à Prague, le prince Charles avait ainsi été pris en photo en train de contempler le dessous de sa chaussure après avoir écrasé une crotte sur un trottoir de la capitale... La classe, sir… Depuis, reconnaissons-le, les choses se sont quand même nettement améliorées, ne serait-ce qu’au niveau slaloms entre les excréments, les rues des villes tchèques étant relativement propres par rapport à celles d’autres pays que l’on ne citera pas.

Omniprésent, le « pes » l’est aussi bien entendu dans la langue tchèque, nombreuses étant les expressions dans lesquelles il figure. Mais il s’agit là d’abord d’un mot qui mérite que l’on arrête sur son origine. Selon le dictionnaire étymologique de la langue tchèque publié par l'Académie des sciences, la référence en la matière, le mot « pes » provient en effet sans aucun doute de l'interjection « ps ! ps ! » servant à appeler et attirer le chien à soi. Cette interjection était utilisée autrefois dans la plupart des langues slaves et pouvait même se transformer, paraît-il, en « psi ! psi ! » dans certaines dialectes polonais. Voilà donc pourquoi toutes les langues slaves disposent d'un mot similaire pour désigner le chien, qui trouve sa source dans le slave commun. « Pes » en tchèque et slovaque devient ainsi « pies » en polonais ou encore « pas » en serbe et croate.

Photo: Kristýna MakováPhoto: Kristýna Maková Mais selon une autre version, que l’on qualifiera de plus « folklorique », cette interjection « ps » serait une imitation du son provenant de… la miction du chien. Autrement dit, il s’agirait d’une onomatopée, soit le processus permettant la création de mots dont le signifiant est étroitement lié à la perception acoustique des sons émis par des êtres animés ou des objets. Un peu comme le « coucou » est une onomatopée de l’oiseau. Cela peut paraître étonnant, mais l’interjection « ps » renverrait alors au français « pissoir », un substantif certes populaire voire vulgaire, dont l’équivalent plus élégant serait bien entendu une « vespasienne », voire un urinoir. Si l’on préfère ici utiliser la version moins convenue, c’est simplement parce qu’en tchèque le mot désignant cet urinoir pour les hommes fait référence au français et se dit « pisoár » ; un mot à l’orthographe un peu curieuse pour un francophone mais qui aide les Tchèques à mieux le prononcer comme il se doit, c’est-à-dire à la française. Et qui les aide d’autant plus que l’emploi de « pisoár » est tout ce qu’il y a de plus courant et n’a absolument rien de vulgaire.

Enfin, il existe une troisième et dernière version selon laquelle le mot « pes » serait à rapprocher de l’adjectif « pestrý », qui signifie « bariolé », « varié ». Ici toutefois, à l’exception de la première syllabe, on peut légitimement se demander quel est le rapport entre les deux mots. Sachez donc que l’on considérait alors que les chiens – « psi », à la différence des loups – « vlci » (« vlk » au singulier) et des renards – « lišky » (« liška » au singulier), deux animaux de la même famille qui ont un pelage gris ou roux pour les espèces les plus communes, avaient différentes colorations. Autrement dit, les couleurs des poils des chiens étaient plus « variées », d’où l’idée en quelque sorte de « pestrý pes », littéralement « chien bariolé ».

Photo: Mariana Figueroa / freeimagesPhoto: Mariana Figueroa / freeimages Tout aussi intéressant est le constat que l’on peut faire avec les mots et expressions dérivés du terme « pes », la majorité d’entre eux ayant une connotation négative, voire même un sens insultant. Un constat étonnant si l’on tient compte du fait que le chien est considéré comme le meilleur ami de l’homme. On parle ici par exemple du « temps de chien » - « psí počasí » lorsque la météo est très mauvaise, et qui peut nous donner une « humeur de chien » - « psí nálada » ou plutôt « nálada pod psa ». Et cette humeur peut même être si triste qu’elle nous fait mener une « vie de chien » - « psí život » ou là encore « život pod psa » comme diraient de préférence les Tchèques ; des Tchèques qui peuvent aussi avoir un « psí čumák », littéralement une « truffe de chien », ce qui signifie alors qu’ils sont froids dans le sens d’un manque de chaleur humaine et d’une absence d’émotions.

Tout cela est toutefois à relativiser. Car même s’il y fait parfois un « psí počasí », mener une vie de chien chez les Tchèques, compte tenu de toute l’attention que ceux-ci portent à l’animal, n’est sans doute pas une si mauvaise chose. On se dit même parfois qu’il y a bien des gens qui aimeraient mener la vie que mènent certains chiens… Bref, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, comme un chien tchèque peut-être même, portez le soleil en vous - slunce v duši!, même s’il fait un temps de chien, salut et à bientôt - zatím ahoj !