Le tchèque du bout de la langue Où est passé le chien enterré ?
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Dans une émission précédente, nous avons évoqué les têtes de chat - kočičí hlavy – celles que l’on peut battre sans leur faire de mal parce qu’elles composent le pavé… Et cette fois, c’est de « chiens enterrés » dont il sera question, puisque ces chiens appartiennent à une expression plutôt curieuse de la langue tchèque…
Il n’est pas rare que les journaux tchèques titrent sur des chiens
enterrés – et ce même hors rubrique chiens écrasés ! Par exemple, le
quotidien Lidové noviny titrait « Ve smlouvách bývá zakopán pes »,
soit littéralement « il y a un chien enterré dans les contrats » pour
un article traitant des incroyables problèmes rencontrés par des
personnes qui achètent des biens immobiliers sans lire attentivement les
contrats, et se retrouvent ensuite sans le jardin promis ou forcés de
payer des suppléments effarants pour l’installation de l’eau ou du
chauffage... Le chien était donc alors enterré dans les contrats... Un
autre exemple, l’hebdomadaire culturel A2 titrait « Zakopaný pes
české kinodistribuce », soit « Le chien enterré de la distribution
cinématographique tchèque », pour un article dans lequel il était
question des raisons plus ou moins cachées de la non diffusion dans les
salles de cinéma de nombreux films d’art et d’essai. Et les raisons
cachées, c’est précisément ce chien enterré – zakopaný pes !
Vous l’aurez peut-être compris, quand il est question de chien
enterré, c’est qu’il s’agit d’un problème invisible, bien enfoui,
dont on ignorait l’existence, mais qui a un effet dommageable. C’est en
quelque sorte la partie immergée de l’iceberg, comme pourraient dire les
Français. Pauvres chiens et chats tchèques, donc ! Comme nous l’avions
découvert il y a de cela quelque temps, les chats se font écraser la
tête quotidiennement dans la Vieille ville de Prague, tandis que les
chiens enterrés incarnent, eux, les maux les plus problématiques...
L’expression a été re-rendue célèbre par la sortie d’un ouvrage de
Pavel Kohout, en 1987, intitulé « Kde je zakopán pes » – « Où est
le chien enterré ». Le roman, autobiographique, raconte les pratiques de
la StB, la police secrète sous le régime communiste, pendant la période
de la normalisation en Tchécoslovaquie, autour de la naissance de la
Charte 77. Les protagonistes du roman sont Pavel Kohout en personne,
célèbre écrivain, sa femme et leur teckel, trois personnages autour
desquels gravitent les services secrets d’un côté et les rédacteurs
signataires de la Charte 77 de l’autre. Le roman s’achève en octobre
1979, lors de l’impossibilité pour l’auteur et son épouse de
retourner sur le territoire Tchécoslovaque, à la suite d’un séjour à
l’étranger, l’épisode qui a marqué le début de leur émigration. Le
titre porte un double sens, puisqu’en plus de l’expression sur le chien
enterré ou la partie immergée de l’iceberg que vous maîtrisez
maintenant parfaitement, l’auteur fait référence à son teckel mort,
que les services secrets ont empoisonné. En lisant le livre, vous saurez
donc tout : où est enterré feu le teckel, mais aussi où est enterré le
chien de l’atmosphère de la pression, du désespoir et de l’absurdité
du régime totalitaire...
Enfin, terminons avec une expression qui met en scène un chien, lui, bien
vivant puisqu’il aboie : « pes, který štěká, nekouše », soit « un
chien qui aboie ne mord pas ». Une fois encore, la langue tchèque utilise
un de ses protagonistes préférés, le chien - pes – qui est
omniprésent dans les rues de Prague ! Ici, le chien exprime
métaphoriquement une vérité qu’il est bon de rappeler : celui qui crie
fort ne fait pas – forcément – de mal. Un constat sage, qui suggère
d’extérioriser sa colère, en aboyant par exemple, pour éviter de
frapper, de mordre ou d’enterrer un chien en douce…
C’est sur cette sagesse canine que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue », consacré notamment aux chiens enterrés… Qu’ajouter d’autre sinon de vous souhaiter de vous porter du mieux possible – mějte se co nelíp !, de porter le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !







