Le tchèque du bout de la langue Mai - Máj: le mois florissant - kveten
Salut à tous, les tchécophiles de Radio Prague. Ahoj vám všem,
milovníkům češtiny Radia Praha. A l'occasion de ce vingt-huitième
numéro du « Tchèque du bout de la langue », nous allons nous plonger dans
l'une des périodes de l'année les plus agréables, période qui correspond à
une certaine forme de retour à la vie et à un réveil des sens trop
longtemps mis en veilleuse. Ce n'est pas un hasard si, après un hiver qui
semble parfois sans fin, le mois de mai - květen, et avec lui l'un de
ses principaux symboles, les fleurs - květiny, est, pour les
Tchèques, le temps du romantisme, celui des amoureux. D'ailleurs, le sens
étymologique de l'appellation du mois de mai - květen, est à cet
égard très significatif. Ce sens est, en effet, à rapprocher du verbe « kvést », qui signifie « fleurir », en français. Mais approfondissons sans
plus tarder nos recherches sur ce mois de mai florissant qui, nous
l'espérons, seront, pour vous, synonymes de divertissement et de
fraîcheur. Bon amusement, donc - Dobře se bavte !
Comme nous en avions fait la découverte dans une de nos émissions
précédentes, c'est Josef Jungmann, un des linguistes artisans du
dépoussiérage, de la modernisation de la langue tchèque, qui, en 1805,
invente et emploie pour la première fois le mot « květen ». Lors de
la traduction du roman de Chateaubriand « Atala ou les amours de deux
sauvages dans le désert », Jungmann utilise « květen » comme
équivalent de l'expression française « lune de fleurs ». Dans son célèbre
Dictionnaire tchéco-allemand, il définit le mois de mai comme étant « květný », c'est à dire littéralement « le mois des fleurs », car,
explique-t-il, « toho měsíce stromoví i jiné rostliny již
kvetou », soit « ce mois-ci les arbres et les plantes fleurissent
déjà ».
Karel Hynek Macha
Mais avant que n'apparaisse « květen », c'était l'appellation « máj »
qui désignait le mois de mai, appellation qui trouve son origine dans le
latin « maius », comme pour de nombreuses autres langues européennes. Pour
les Romains, le mois de mai était, en effet, celui de Maïa, déesse de la
fécondité, l'une des représentations de la Terre-Mère.
Paradoxalement, alors qu'au XIXe siècle le poétisme de Jungmann « květen » avait pris le dessus sur « máj », évolution linguistique
qui, il est vrai, était née aussi de la volonté de purifier le lexique
tchèque de tout ce qui pouvait avoir un rapport avec l'allemand,
aujourd'hui, « květen » a perdu l'essentiel de sa valeur esthétique
originelle, la vieille appellation « máj », de fait un archaïsme, ayant, à
l'inverse, comme c'est souvent le cas, retrouvé toute sa saveur poétique.
C'est en grande partie à Karel Hynek Macha, un des fondateurs de la poésie
tchèque moderne, et à ses admirateurs mélancoliques, que l'on doit ce que
l'on pourrait appeler ce retour en arrière. En 1836, Macha publie un poème
intitulé « Mai » - Máj, oeuvre classique du romantisme tchèque dont
l'action dramatique, tragique même, se situe dans le cadre enchanteur de
la nature de mai. Afin de vous en donner une idée, en voici les premiers
vers du premier chant, traduits du tchèque par Hanus Jelinek et Pasquier
et publiés en 1936 dans la revue « Poésie » :
Byl pozdní večer - první máj -
Večerní máj - byl lásky čas.
C´était la fin d´un soir de Mai,
Le premier Mai, le temps d'aimer.
Hrdliččin zval ku lásce hlas,
Kde borový zaváněl háj.
Le tendre appel des tourterelles
Montait dans la senteur des pins.
O lásce šeptal tichý mech ;
Kvetoucí strom lhal lásky žel,
La mousse chuchotait de secrètes tendresses,
L'arbre en fleur lamentait un amoureux mensonge.
Svou lásku slavík růži pěl,
Růžinu jevil vonný vzdech.
Le rossignol chantait son amour à la rose,
Et la rose amoureuse en parfums s'exhalait.
C'est également grâce à ce poème que le 1er mai - 1. máj, est devenu pour
les Tchèques amoureux un vrai jour de fête. Ce jour-là, la tradition veut
que les couples se donnent un tendre baiser - pusa, sous un arbre en fleur
pour renforcer leurs sentiments réciproques. A Prague, les amoureux
s'embrassent sur le mont Petřín qui domine la ville, au pied de la
statue de Karel Hynek Mácha.
Pas encore fané, flétri, c'est sur cette note romantique que se referme ce « Tchèque du bout de la langue ». La semaine prochaine, pour ce qui
constituera notre dernière émission du mois de mai florissant -
květen, nous approfondirons le sujet en nous intéressant aux fleurs -
květiny. En nous réjouissant déjà de vous retrouver -
těšíme se na vás, et comme le disait un présentateur du bulletin
météo de la Télévision tchèque au moment de saluer les spectateurs : « slunce v duši », « que le soleil brille dans vos esprits » !
Portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, au revoir - na
shledanou, salut et à bientôt - zatím ahoj !






