Le tchèque du bout de la langue L'hymne tchèque : Kde domov muj ? - Où est ma patrie ?
Salut à tous, les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem,
milovníkům češtiny Radia Praha ! Il y a 170 ans était
interprété pour la première fois le chant « Kde domov můj? » - « Où
est ma patrie ? », devenu depuis l'hymne national tchèque. C'est donc à
l'histoire et à l'étude d'un texte qui fait figure d'éloge des beautés de
la Bohême que nous allons nous intéresser dans ce nouveau numéro du « Tchèque du bout de la langue ».
C'est le 21 décembre 1834, sur la scène du Théâtre des états, situé en
plein coeur de Prague, que le public découvrit un chant qui allait
devenir, en 1918, au moment de la naissance de la Tchécoslovaquie, l'hymne
national tchèque. Ce chant, au titre quelque peu curieux, « Kde domov
můj ? » - "Où est ma patrie?", était le résultat du travail
en commun d'un dramaturge, Josef Kajetán Tyl, et d'un compositeur,
Frantisek Škroup, qui adapta la mélodie aux paroles du texte rédigé
par son compère. Lors de la première de la comédie musicale intitulée
"Fidlovačka », farce pour laquelle « Kde domov můj ? » fut
spécialement écrit et composé, aucun des deux auteurs n'aurait imaginé
quel destin attendait un chant qui, très vite, fut adopté par tout un
peuple qui en fit son symbole. Et pourtant...
Josef Kajetán Tyl
Au début, Josef Kajetán Tyl considérait le chant comme trop court et,
selon ses dires, « indigeste ». Tellement court et indigeste qu'il eut,
paraît-il, l'intention de le retirer de la pièce. Frantisek Skroup l'en
dissuada, bien que lui-même n'était guère plus convaincu de la qualité du
chant. Aujourd'hui, plusieurs légendes, plus ou moins fantaisistes, se
rapportent à sa création. La plus crédible veut qu'un beau matin, le
dramaturge trouva le compositeur chez lui abattu, découragé et désespéré.
Tête basse, ce dernier était assis à côté de son piano et se mit à
raconter qu'il avait passé toute la nuit au chevet de sa femme malade,
composant uniquement lorsque celle-ci sommeillait. Ce drame et cette peur
de perdre un être cher expliqueraient le ton très sentimental, romantique,
du chant, ton pour lequel « Kde domov můj » fut d'ailleurs très
souvent critiqué. Mais qu'importe ! Critiqué et par trop sentimental, le
chant l'est peut-être, il n'en reste pas moins prenant...
Où est ma patrie ? Dans ma patrie
L'onde murmurante coule par les prairies ;
Des forêts bruissent sur les rochers ;
Des jardins au printemps resplendissent de fleurs
Et ce paradis terrestre,
[ : c'est ma patrie, la terre de Bohême]
Frantisek Skroup
Sentimental, le contenu du premier couplet, celui-là même qui est repris
lorsque l'hymne tchèque est joué officiellement, l'est également dans la
majorité de ses rares traductions françaises. Celle que nous avons
choisie, réalisée par le consulat tchèque à Marseille, en 1934, est sans
doute l'une des plus fidèles au texte original tchèque. Le deuxième
couplet, que la plupart des Tchèques eux-mêmes ne connaissent pas, fait,
quant à lui, l'éloge de la grandeur de l'âme et du peuple tchèque.
Où est ma patrie ? Où est ma patrie ?
Connais-tu dans ce doux pays
Ces âmes délicates dans des corps agiles,
Ces esprits lucides et hardis
Et cette force qui brise les résistances ?
C'est la vaillante race tchèque
[ : de ce pays de Bohême, ma patrie. :]
Dans les années 70 du XIXe siècle, de nombreuses voix s'élevèrent pour
critiquer ce qui était déjà devenu officieusement l'hymne du peuple
tchèque. L'écrivain Jan Neruda aurait même invité le compositeur
Bedřich Smetana à composer un autre chant. Mais selon les témoignages
de l'époque, ce dernier aurait refusé en affirmant : « Le chant que le
peuple seul a choisi pour hymne, ce chant-là restera son hymne ». Et
l'auteur du célèbre cycle de poèmes symphoniques intitulé « Ma patrie » ne
se trompa pas...
Et c'est ainsi que se termine ce « Tchèque du bout de la langue » consacré
à l'hymne tchèque « Kde domov můj ? » - « Où est ma patrie ? ». En
attendant de vous retrouver la semaine prochaine, portez-vous du mieux
possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v
duši !, salut et à bientôt - zatím ahoj !





