Le tchèque du bout de la langue L’étymologie des montagnes tchèques (1ère partie)
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Comme promis la semaine dernière, et puisque la saison des sports d’hiver bat actuellement son plein, cette nouvelle émission sera consacrée à la recherche de l’étymologie des appellations des montagnes et massifs tchèques. Il en existe sept principaux qui forment des frontières naturelles entre la République tchèque et ses pays voisins. Et puisque les monts des Géants - Krkonoše, constituent le massif le plus important et le plus haut, c’est donc logiquement avec eux que nous allons commencer.
Sněžka, photo: CzechTourism
Situé à l’est du pays, dans la région des Sudètes, à la frontière
entre la République tchèque et la Pologne, le massif des Krkonoše est
bien connu et très fréquenté notamment parce que s’y trouve le point
culminant de la République tchèque, le mont Sněžka et ses 1 602
mètres. L’origine du nom de ce sommet le plus haut provient tout
simplement du mot « sníh » - « neige ». Ainsi, donc, Sněžka peut
être traduit comme « La montagne enneigée », et ce sans aucun doute
parce que son sommet est recouvert de neige pendant au moins la moitié de
l’année. Bref, un peu comme le mont Blanc, ainsi désigné en raison de
la couleur de son sommet.
Krkonoše
Pour ce qui est de ces monts des Géants – Krkonoše, qui portent donc
si bien leur nom, du moins par rapport aux autres chaînes de montagnes
tchèques de moindres altitudes, la recherche des origines de
l’appellation est, en revanche, beaucoup moins évidente puisqu’il
existe plusieurs théories. Si l’on observe bien la composition du mot,
on s’aperçoit tout d’abord que Krkonoše, dont la trace écrite la
plus ancienne remonte au XVIe siècle, est composé de deux parties : dans
la première, on retrouve en effet le mot « krk », soit « le cou » en
français, et dans la seconde le verbe « nosit », à savoir « porter ». Mais en fait, il ne s’agit pas du mot « krk », qui désignerait
donc la partie du corps qui unit la tête au tronc, mais plutôt du mot « krak », une vieille appellation slave qui désigne un pin de montagne dit « pin à crochets », un arbre qui atteint entre 15 à 25 mètres de
hauteur que l’on trouve également, par exemple, dans les Alpes ou les
Pyrénées. Et ce sont ses fruits, les cônes, qui lui donnent son nom.
Bref, selon cette hypothèse, qui est la plus répandue, l’appellation
Krkonoše signifierait donc littéralement que les versants de ces monts,
qu’on appelle aussi « des Géants » en français, portent des
peuplements de ces fameux « pins à crochets ». Une théorie qui n’a
pas absolument rien de farfelu puisqu’elle correspond à la réalité.
Il existe cependant également, comme nous l’avons déjà précisé, d’autres théories, plus ou moins probables et solides, dont une, notamment, la plus récente, selon laquelle le mot Krkonoše proviendrait d’une expression très ancienne qui aurait été utilisée dans la langue des habitants qui peuplaient la région avant même encore l’arrivée des Indo-européens. Ainsi, selon cette hypothèse, l’appellation Krkonoše signifierait quelque chose comme « parois rocheuses », « versants rocailleux » et « champs de pierres, de cailloux ». Une origine difficilement vérifiable, mais qui ne peut être complètement exclue puisque, comme pour les « pins à crochets », il existe effectivement de nombreux endroits dans les Krkonoše ressemblant à cette description d’un paysage lunaire.
Jizerské hory
Restons dans la région des Sudètes, très légèrement au nord-ouest des
Krkonoše, on trouve les Jizerské hory, soit littéralement « les monts
de Jizera », le massif le plus au nord de la République tchèque. Cette
fois, retrouver l’origine de l’appellation est beaucoup plus simple
puisque celle-ci provient du nom de la rivière Jizera, un affluent de
l’Elbe qui prend sa source sur les pentes du mont Smrk. Notons au passage
qu’il s’agit là d’un bien joli nom pour le plus haut sommet, avec
ses 1 124 mètres, de la partie tchèque des Jizerské hory puisque smrk
équivaut à un « épicéa » en français. On devine facilement
pourquoi…
Jizera
Mais revenons donc à la rivière Jizera, une appellation elle aussi très
ancienne puisqu’elle est d’origine celtique. En fait, sa racine
proviendrait du mot pré-indo-européen « isirás » qui signifiait « rapide, vif, frais ou fort » et caractérisait, donc, le cours d’eau.
Enfin, et ce n’est certainement pas le détail le moins intéressant,
notons que beaucoup de rivières tchèques mais aussi plus généralement
européennes possèdent des appellations et des origines similaires à
celles de la rivière Jizera. Parmi toutes les variantes existantes, citons
notamment, par exemple, la rivière Isère qui a, elle aussi, donné son
nom au département situé dans le sud-est de la France.
C’est ainsi que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » et avec lui la première partie de notre petite série consacrée à l’étymologie des noms des chaînes de montagnes en République tchèque. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !





