Le tchèque du bout de la langue L'étymologie des appelations tchèques des mois de l'année (2e partie)
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem,
milovníkům češtiny Radia Praha ! Ce deuxième épisode de
l'année du « Tchèque du bout de la langue » sera consacré à la suite et à
la fin de notre étude de l'étymologie des appelations tchèques des douze
mois que comporte le calendrier. Lors de notre dernière émission, nous
nous étions intéressés aux six premiers d'entre eux : janvier - leden,
février - únor, mars - březen, avril - duben, mai - květen,
avant de nous arrêter à juin - červen. Cette fois-ci nous allons donc
nous pencher sur les six derniers, à savoir: juillet - červenec, août
- srpen, septembre - září, octobre - říjen, novembre - listopad,
et décembre - prosinec.
Lors de notre dernière émission, nous nous étions arrêtés au mois de juin -
červen, dont nous avions découvert qu'il existe plusiers théories sur
l'origine du nom. L'origine de juillet - červenec, est quant à elle
très proche de celle de juin - červen. En fait, en vieux tchèque,
červen désignait le septième mois de l'année, le sixième mois étant
lui désigné comme petit juin - malý červen. Ce n'est que plus tard
qu'on rajouta à červen le suffixe "- ec" pour que
červen se transforme en červenec. Depuis červenec désigne
le mois de juillet et červen le mois de juin.
Poursuivons avec le mois d'août - srpen. Comme on pourrait le croire,
l'appellation devrait logiquement être à rapprocher du mot « srp » qui
signifie « faucille » en français, et donc de la moisson - žně.
Seulement voilà, dans les Pays tchèques, à cette période de l'année, la
moisson s'effectue essentiellement en montagne. Dès lors, l'idée a été
formulée que le mot srpen - août, serait plutôt à rapprocher du mot
lituanien « sirpsti », qui en tchèque signifie « zráti », et en français « mûrir ».
Septembre - září, est le neuvième mois de l'année. Une évidence
aujourd'hui, pourtant, selon le calendrier des premiers Romains, qui ne
comportait alors que dix mois et commençait en mars, septembre
représentait le septième mois et c'est pourquoi il fut alors tout
simplement appeler « september », appellation adoptée par la majorité des
langues européennes, parmi lesquelles des langues slaves comme le
slovaque. Notons d'ailleurs à ce propos que la langue slovaque, malgré sa
très forte similitude avec le tchèque, utilise les appellations d'origine
romaine pour désigner les mois. La langue tchèque fait exception à cette
règle et utilise donc l'appellation září pour désigner septembre.
Dans leur conscience collective, les Tchèques relient le nom září au
verbe zářit qui, en français, signifie « briller », « rayonner ».
C'est ce qu'on pourrait appeler une étymologie populaire, procédé par
lequel un mot est rattaché spontanément, mais à tort, à un autre mot. Car
dans le cas présent, la réalité est autre, le sens authentique de
září provient de l'expression zaříjen ou encore malý říjen.
Or, le mot říjen désigne le mois d'octobre. Malý říjen signifie
donc « octobre précoce ». Finalement, on s'aperçoit que les choses ne sont
pas aussi compliquées qu'elles peuvent en avoir l'air puisqu'à l'automne,
donc en octobre - říjen, les cerfs brament et entrent en rut. Or, « bramer » et « entrer en rut » sont deux expressions qui en tchèque se
disent říjet. Mais comme les cerfs commencent à entrer en rut à la
fin du mois de septembre, ce dernier donne září qui, comme nous
venons de l'expliquer, est une contraction de l'expression zaříjen,
soit, traduit très littéralement, « octobre précoce ».
Puisque « l'étymologie ne se devine pas, et qu'elle est l'aboutissement de
recherches minutieuses », comme aiment à l'affirmer les étymologistes, on
peut effectivement constater que ce sont des explications plutôt
compliquées qui nous ont amenés aux origines des mois de septembre-
září, et octobre - říjen. A l'opposé, novembre - listopad, est
sans aucun doute l'une des appellations tchèques des mois les plus simples
et pourtant assurément pas la moins imagée. Le mot listopad se divise, en
effet, en deux parties bien distinctes. La première, « list », signifie « feuille » en français, tandis que la seconde, « pád », veut dire « chute ». Bref, novembre - listopad, est la période de la chute des feuilles des
arbres.
Passons enfin au douzième et dernier mois de l'année, le mois de décembre
- prosinec, dont les origines sont peut-être parmi les plus incertaines,
voire obscures. La théorie la plus probable relie l'appellation prosinec
au mot « prosvítat » qui en français signifie « éclairer », « illuminer ».
Et pour cause : dans les Pays tchèques, les journées de décembre sont le
plus souvent grises, pâles, voire brumeuses, puisque, jusqu'au solstice
d'hiver, le 21 ou 22, décembre - prosinec est la période de l'année
pendant laquelle les journées sont les plus courtes et le soleil brille le
plus faiblement. C'est pourquoi le mot prosinec tirerait son origine du
verbe « svítit », soit « briller » en français. Logiquement, en fait,
puisqu'à partir du solstice d'hiver, décembre - prosinec, est donc le mois
à partir duquel le soleil « opět prosvítá », c'est à dire « éclaire,
illumine de nouveau ». Mais ce rapport ne serait pas seulement
météorologique, mais aussi religieux, puisque pour les Tchèques, les fêtes
de Noël sont les fêtes de la lumière. Mais notre remontée jusqu'à la source
ne peut s'arrêter là, car il convient de noter qu'en vieux tchèque, jusqu'à
la moitié du XIVe siècle, l'appellation du mois de décembre était listopad,
soit aujourd'hui novembre. Or, il est bien diffcile de parler de jours plus
éclairés que nous venons d'évoquer à cette période de l'année. C'est
pourquoi une autre étymologie n'est pas à écarter. Celle-ci veut que
prosinec - décembre, soit à mettre en rapport avec le verbe prosit, qui en
français signifie « prier », « demander ». Cette théorie est également très
logique, puisque novembre et décembre sont les mois de l'Avent, période
pendant laquelle on exprime des prières, des demandes pour l'arrivée du
Messie. Enfin, dernière origine possible : l'appellation prosinec -
décembre pourrait provenir de prasinec. Prasinec a été l'appellation de
décembre en Bohême, Moravie et en Slovaquie à partir du XVe siècle, et se
rapproche du mot prase - cochon. Là-aussi très logiquement, puisque
décembre est, encore aujourd'hui, le mois où l'on tue les cochons.
C'est ainsi que nous mettons un point final à ces deux émissions de début
d'année du « Tchèque du bout de la langue » consacrées aux origines, à
l'étymologie des mois tchèques et de leurs appellations. En attendant de
vous retrouver la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible -
mějte se co nejlíp ! Portez le soleil en vous - mějte slunce v
duši !, salut et à bientôt - zatím ahoj !





