Le tchèque du bout de la langue Les Slaves - Slované, « glorieux esclaves sachant parler »
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Vous le savez, les Tchèques sont des Slaves – Slované, du moins sont-ils généralement considérés ou définis comme tels. Ils le sont au même titre que leurs voisins slovaques et polonais, mais aussi que d’autres peuples de l’Europe de l’Est et du Sud-est, ou des Balkans. Un des traits communs à tous ces peuples est bien entendu leurs langues, tous parlant en effet une langue slave. C’est donc à ce mot « Slave » que nous allons nous intéresser pour cette fois…
En mars dernier, l’agence de presse tchèque ČTK avait publié une
dépêche, reprise notamment par le quotidien national Lidové noviny,
intitulée « Les Tchèques ne sont pas de purs Slaves, ils forment le
centre génétique de l’Europe », la formule « centre génétique » -
« genetický střed », étant à considérer comme une « moyenne
génétique », c’est-à-dire ce qui se trouve au milieu des deux
extrêmes, en l’occurrence entre les deux extrêmes que sont l’Europe
de l’Ouest et l’Europe de l’Est. Ainsi, la République tchèque
appartiendrait à l’Europe centrale non seulement d’un point de vue
géographique mais aussi donc génétique. Sans entrer dans les détails,
la dépêche en question présentait les résultats d’une étude
réalisée auprès de 2 000 hommes de Bohême et de Moravie par une équipe
de chercheurs tchèques et allemands spécialisés dans les tests
génétiques, la médecine légale et la criminalistique. Et à en croire
les conclusions de cette étude, Tchèques et Français par exemple
possèdent autant de caractéristiques génétiques communes que Tchèques
et Polonais, la population tchèque actuelle étant partagée en deux
grandes lignes descendantes principales : celle de l’Europe de l’Ouest
et celle de l’Europe de l’Est, aussi parfois appelée slave. Reste que
si l’on s’en réfère à l’histoire, ce sont bien les Slaves qui se
sont installés et ont occupé le territoire de l’actuelle République
tchèque.
On l’oublie parfois un peu, mais les Slaves, en plus de former une
unité ethnique regroupant aujourd’hui une quinzaine de nationalités,
constituent le plus important groupe linguistique en Europe avec environ
270 millions de locuteurs dispersés sur un territoire immense, les plus
nombreux étant bien entendu les russes. Toutes ces langues, aujourd’hui
encore, gardent de nombreux points communs, le tchèque, qui appartient à
la branche des langues slaves occidentales, se rapprochant le plus du
slovaque, évidemment, et du polonais, ou encore, dans une moindre mesure,
du serbo-croate. Cette précision relative aux liens de parenté étroits
entre les différentes langues slaves est importante car elle nous amène
à ce qui constitue le centre de notre intérêt : l’origine,
l’étymologie discutable de ce nom de « Slave » - Slovan.
Mentionné pour la première fois dans les sources écrites au début du VIe siècle, le mot « Slave » signifierait « parlant », dans le sens de « celui qui parle et qui est compréhensible des autres », selon l’hypothèse étymologique la plus probable. Mais si cette version est la plus probable ou la plus vraisemblable, cela signifie nécessairement qu’il en existe d’autres, certes moins probables mais qui méritent néanmoins tout autant d’être mentionnées.
La première de ces hypothèses, a priori la plus évidente et la plus facile, est celle selon laquelle le mot « Slave » serait à rattacher au mot de vieux slave « sláva ». Un mot très courant aujourd’hui de la langue tchèque, qui veut dire « gloire », « célébrité », « renommée », « grandeur ». Selon cette hypothèse, les Slaves se seraient donc considérés à une certaine époque comme un peuple glorieux. Mais en réalité, il n’en est sans doute rien.
Selon la deuxième hypothèse, le mot « slave » serait plutôt à relier
à celui « d’esclave ». Ce mot « esclave » proviendrait en effet du
Xe siècle et du latin « sclavus », déformation d’un autre mot latin « slavus », qui désignait un Slave. Cette évolution de sens de « Slave » à « esclave » serait liée au fait qu’à une certaine époque, au
Haut Moyen-âge plus précisément, un grand nombre de Slaves, notamment
des Balkans, ont été réduits en esclaves par les Germains et les
Byzantins. Mais là encore, il s’agit d’une explication douteuse et
discutable.
On en arrive donc à la troisième hypothèse, la plus probable d’entre toutes, selon laquelle le mot « Slave » - « Slovan », tirerait son origine du vieux slave « slovo », qui signifie « mot », « parole ». Notons d’ailleurs que ce mot « slovo » existe encore en tchèque et dans d’autres langues slaves. Les Slaves se seraient donc définis entre eux comme ceux qui savent parler, dont le langage est compréhensible. Cette hypothèse s’appuie notamment sur le fait que dans les langues slaves le terme désignant un Allemand est dérivé d’un adjectif signifiant « non-parlant » ou « muet ». Ainsi, en tchèque, il s’agit de l’adjectif « němý », et logiquement, les Allemands sont donc appelés « Němci ». En un sens, l’Allemagne – Německo, est donc les pays de ceux que les Slaves autrefois ne comprenaient pas.
C’est sur cette amusante constatation que s’achève ce « Tchèque du
bout de la langue » consacré aux origines du mot « Slave ». Dès la
semaine prochaine, nous vous inviterons à d’autres découvertes.
D’ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez
le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !







