Le tchèque du bout de la langue Les quartiers « de la guerre de Troie » et « des chasseurs des mauvais esprits »
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Nous allons poursuivre et achever notre série consacrée aux quartiers de Prague et aux origines de leurs appellations. Dans la dernière émission, nous nous étions rendus dans le quartier « des coupeurs de gorges » - Hrdlořezy, ainsi que dans celui du géologue et paléontologue français Joachim Barrande – Barrandov. Cette fois, nous allons successivement vous emmener dans les quartiers « du diable », « de la guerre de Troie » ou encore « des chasseurs des mauvais esprits ».
Photo: cea.livinghistory.cz
Commençons d’abord par Dejvice, un quartier situé à proximité du
centre-ville, de Hradčany - le quartier du Château de Prague, mais aussi
de l’aéroport de Prague Ruzyně. Selon la version la plus répandue, le
nom de Dejvice proviendrait d’une transformation ou d’une déformation
de l’appellation originelle Dehnice. Cette appellation caractérisait la
production locale qui existait autrefois de « goudron » – dehet. Mais
il existe une autre version, plus poétique et romanesque, selon laquelle
Dehnice serait un dérivé du nom personnel de « dehna », qui, en vieux
tchèque, désignait un esprit malin, le diable ou un démon. Ce nom était
donné, semble-t-il, aux habitants des lieux car ils menaçaient leurs
voisins et les passants. Mais il n’existe aucun document écrit ou preuve
historique confirmant la véracité de cette version. Mais on le sait,
Prague est une ville de légendes, alors accommodons-nous de celle-ci.
Trojský zámek
Autre quartier résidentiel de la capitale, apprécié pour son clame
relatif, sa verdure environnante et sa proximité avec le centre-ville :
Troja, littéralement « le quartier de Troie ». C’est là-bas que se
trouvent notamment le très fréquenté zoo de Prague, le jardin botanique
ou encore le château de Troja – Trojský zámek. Ce château, justement,
c’est lui qui nous intéresse le plus. En effet, ici, le quartier a
adopté le nom qui avait d’abord été donné au château de style
baroque construit dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Il avait été
baptisé de la sorte en raison de la décoration des intérieurs du
bâtiment. On y trouve en effet de nombreux tableaux et motifs antiques, et
notamment bien entendu des scènes de la légendaire guerre de Troie.
Concernant l’ensemble du quartier actuel, il s’agissait à l’époque
d’une petite commune qu’on appelait alors Ovnec ou Ovenec. Cette
appellation tire son origine d’un mot de vieux slave « ov », (qui en
tchèque signifie « beran » - « bélier »), un prince y possédant une
bergerie – ovčinec. Finalement, Ovenec devint Troja au XVIIIe siècle,
adoptant ainsi le nom du bâtiment le plus représentatif de l’endroit.
Autre quartier au nom intéressant : Strašnice. Intéressant parce que la
racine « -straš » est la même que celle du verbe « strašit », qui
signifie « effrayer, hanter, terrifier ». On le sait, cependant, les
apparences sont parfois trompeuses. La question est donc de savoir si ce
quartier, dans lequel se trouve quand même le plus grand crématorium en
Europe, est bien un quartier de la peur. Certaines légendes évoquent des
fantômes qui auraient régné autour des étangs et des marais qui
existaient autrefois. En réalité, l’existence de ces fantômes n’a
jamais pu être confirmée. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que
l’appellation Strašnice servait à désigner « le village des gens
Strašen » - „ves lidí Strašnových“. Ce nom de Strašen devait
permettre à la personne qui le portait de chasser, d’éloigner, ou
plutôt de « dissuader », « effaroucher », bref de faire fuir en
effrayant – odstrašovat, les mauvais esprits, les démons.
Libuše
Enfin, un des derniers quartiers pragois dont le nom mérite que l’on
s’arrête dessus (mais il y en aurait encore bien d’autres) est le
quartier de Libuš. Les origines de ce nom sont en effet quelque peu
curieuses. Très logiquement, on pourrait penser qu’il est un dérivé du
nom de la princesse Libuše, l’ancêtre mythique de la dynastie des
Přemyslides et du peuple tchèque qui, selon la légende, fonda Prague au
VIIIe siècle. Il s’agit là de ce que l’on pourrait appeler la « grande histoire » de Prague et des pays tchèques. Mais la « petite
histoire » du quartier de Libuš relève, elle, plus de l’anecdote. En
fait, selon une autre légende, les lieux à l’époque de la princesse
Libuše étaient bien connus en raison d’un élevage réputé d’oies.
Or, l’éleveur en question s’appelait, semble-t-il, Libouš. Vous
l’aurez compris, le nom du quartier Libuš n’est donc pas un dérivé
du nom de la princesse Libuše, mais de l’éleveur d’oies Libouš.
C’est sur cette ultime légende que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue » et avec lui notre série consacrée aux origines des noms de certains quartiers pragois. Dès la semaine prochaine, nous vous inviterons à d’autres découvertes. D’ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !






