Le tchèque du bout de la langue Les petites mains tchèques dorées
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Comme promis, nous allons poursuivre notre présentation des expressions de la langue tchèque relatives aux mains et aux bras, des membres du corps regroupés dans un même mot en tchèque : ruka. Lors d’une émission précédente, nous avions ainsi découvert un certain nombre d’expressions imagées comme « le bras est déjà dans la manche », « ne former qu’une main » ou encore « placer sa main dans celle d’un autre ».
Tout le monde, croyant ou non, connaît la symbolique des mains de Dieu,
dans lesquelles on entend parfois que l’on peut s’y abandonner ou s’y
remettre. En tchèque, on peut dire « být v rukou božích » - « être
dans les mains de Dieu » mais il existe également une autre expression
mettant en scène le bon Dieu, à savoir « dotkla se ho ruka Páně » - « la main du Seigneur l’a touché », qui signifie tout simplement que
celui qui a été symboliquement touché est mort et a été rappelé
auprès du Seigneur, à ses côtés. Sur le fond, si l’on croit que notre
sort est soumis à des forces supérieures, cette expression équivaut à
« mít někoho, něco v ruce » - soit « avoir quelqu’un ou quelque
chose en main », c’est-à-dire contrôler, commander la personne ou la
chose en question, s’en charger, en avoir la responsabilité. Bien
entendu, dans ce cas-là, mieux vaut « être entre de bonnes mains » - « být v dobrých rukou », ce qui signifie alors que quelqu’un s’occupe
bien, attentivement de vous, que l’on se sent en sécurité.
Toujours en référence au bon Dieu, notons également cette jolie
formule, bien qu’elle ne soit guère utilisée, dont l’emploi sert à
désigner quelqu’un de généreux : « všechno by rozdal, kdyby mu
pánbůh ruce nedržel » - « il donnerait tout ce qu’il a si le bon
Dieu ne lui tenait pas les mains ». Dans le même ordre d’idées, on
peut dire plus simplement que l’on « a les mains ouvertes » - « mít
otevřené ruce ». Et il ne s’agit là d’être prêt à recevoir mais
bien à donner. Toutefois, il s’agit également de faire attention à ne
pas tomber dans l’excès et de ne pas gaspiller en « jetant des deux
mains » - « vyhazovat, rozhazovat oběma rukama », c’est-à-dire
dépenser beaucoup trop d’argent. Parfois aussi, tout ce que l’on
possède « brûle entre les mains » - « všechno mu hoří v rukou ».
On risque alors de « se retrouver les mains vides » - « být s holýma,
prázdnýma rukama » et de ne plus rien avoir en sa possession.
Mais avoir les mains vides, ou nues plus précisément, n’est pas forcément négatif, au contraire même. Ainsi, de quelqu’un qui ne possède que ce qu’il gagne de ses propres mains, de son propre travail, on entendait parfois dire qu’il « vit de ses mains nues » - « živit se na holé ruce ». Et si le travailleur en question fait bien son travail, alors on peut le rémunérer comme il se doit, vouloir bien le payer, et pour cela les Tchèques ont alors parfois recours à l’expression « někomu pozlatit ruce », soit littéralement « dorer les mains de quelqu’un ».
Et puisque nous en sommes arrivés aux mains dorées, à l’or que
certains ont dans leurs mains, on ne peut pas ne pas évoquer le fameux
proverbe qui parle littéralement des « petites mains tchèques dorées »
- « zlaté české ručičky » et que les Tchèques aiment tant évoquer
entre eux ou auprès des étrangers. En fait, ce proverbe, relativement
ancien, évoque l’habilité du peuple tchèque dans le travail manuel,
une certaine forme de débrouillardise mêlée au talent, et la capacité
qu’ont finalement les Tchèques à produire, à fabriquer, à construire
des choses de leurs propres mains. Ce proverbe valait surtout au temps du
totalitarisme, lorsque les gens ne trouvaient pas ce dont ils avaient
besoin dans les commerces et devaient donc faire appel à leur imagination,
leur ingéniosité, et à leur savoir-faire manuel pour fabriquer
eux-mêmes ce qui leur manquait, notamment dans leurs habitations. Et si
ces « petites mains tchèques dorées » prêtent aujourd’hui quelque
peu à sourire et ne sont sans doute pas plus dorées que les mains des
artisans et ouvriers d’autres pays, il convient cependant de reconnaître
qu’à une certaine époque, les Tchèques formaient effectivement un
peuple vraiment débrouillard et ingénieux, et il suffit pour s’en
rendre compte de visiter un peu le pays.
C’est sur cette invitation que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » consacré donc aux expressions de la langue tchèque relatives à la main – ruka. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine pour un tout autre thème, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !







