Le tchèque du bout de la langue Le robot a fêté ses 85 ans !
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem,
milovníkům češtiny Radia Praha. Le 25 janvier dernier, un des
mots tchèques parmi les plus célèbres a fêté le 85e anniversaire de son
invention. Le 25 janvier 1921, au Théâtre national, à Prague, était
donnée, en effet, la première représentation de la célèbre pièce de Karel
Capek, R.U.R.. A cette occasion, le public entendait pour la première fois
un nouveau mot, le mot « robot ». C'est donc à la naissance du robot et à
l'apparition de ce terme désignant des ouvriers artificiels que nous
allons nous intéresser...
Mais avant de nous lancer dans cette petite recherche étymologique et
historique, il convient de mentionner une anecdote. Voilà de cela
désormais deux ans, le Premier ministre japonais effectuait une visite
officielle en République tchèque. Outre sa femme, Junichiro Koizumi avait
emmené avec lui un compagnon pour le moins particulier, un robot répondant
au nom d'Asimo. Invité à dîner par le chef du gouvernement tchèque, à
l'époque Vladimir Spidla, Junichiro Koizumi présenta donc son compagnon
Asimo qui aussitôt surprit l'assemblée et Vladmir Spidla par son tchèque
excellent. « Na přátelství lidí a robotů » - « A la santé de
l'amitié entre les peuples et des robots », lança-t-il. Le lendemain
matin, les photos montrant le robot Asimo serrant la main au Premier
ministre tchèque étaient en une de tous les quotidiens pragois. Peuple
friand de nouvelles technologies, les Japonais n'avaient pas oublié les
origines du robot et d'Asimo qui, en quelque sorte, avait retrouvé la
terre de ses ancêtres. Des origines que nous a racontées plus en détail
Anna Cerna, responsable du département linguistique à l'Institut de la
langue tchèque de l'Académie des sciences :
« Le mot robot est traditionnellement le mot d'origine tchèque le plus
connu et le plus célèbre à être devenu international. La plupart des gens
savent que ce mot a été entendu pour la première fois lors de la première
de la pièce de théâtre intitulée « R.U.R », qui sont les initiales de
Rossumoví Univerzální Roboti - les Robots universels de Rossum. Mais son
inventeur n'est pas l'auteur de la pièce Karel Capek, comme beaucoup de
gens le pensent à tort, mais son frère Josef. Le mot robot possède une
origine un peu particulière car peu de monde fait la relation avec les
mots « robit » et « robota » qui auparavant signifiaient « faire » et « corvée ». Les robots sont des êtres, si on peut les désigner ainsi, dont
la mission est de « robotovat » comme on dira en tchèque, « roboter » en
quelque sorte en français, c'est à dire travailler comme ceux qui étaient
chargés de la « robota », donc de la corvée, d'un travail forcé. C'est
donc pourquoi Capek inventa le mot robot. Ensuite, comme les pièces de
Capek étaient très appréciées, le mot a franchi les frontières avec la
pièce s'internationalisant du même coup. »
Dès leur création, les robots ont donc été ces fameuses machines à
l'aspect humain devenus plus tard l'objet de la fantaisie de nombreux
auteurs de science-fiction, comme le précise Anna Cerna :
« Dans cette pièce, les robots avaient le rôle d'êtres, de personnes qui
étaient destinées à accomplir des travaux qui n'étaient pas agréables. Il
s'agissait d'êtres qui ne devaient pas réfléchir sur le sens de leur
travail, il fallait qu'ils accomplissent leurs tâches de façon
systématique, mécanique. Ils devaient rendre service et se comporter comme
des objets, des éléments sans raison, sans conscience et sans volonté
quelconque qui aurait pu se manifester. »
Si le robot japonais Asimo est apparu bien sympathique au public tchèque,
qui apprécie toujours que l'on n'oublie pas ce qu'il a donné au monde, une
civilisation dirigée par des robots a cependant toujours inspiré des
craintes à l'homme. Ainsi, lorsque la picèe est présentée au public au
tout début des années 1920, l'Amérique et l'Europe traversent une grave
crise économique et il n'est dès lors peut-être pas surprenant ni innocent
que le mot robot soit devenu si populaire et passe dans le langage courant
aussi rapidement. Une version qu'Anna Cerna n'exclut pas :
« Il n'est pas tout à fait évident de répondre, mais je pense que la
situation économique qui régnait à l'époque a pu jouer un rôle important,
car pour beaucoup de gens, la question « avoir ou ne pas avoir de travail » était très actuelle et se trouvait au centre de leurs préoccupations
quotidiennes. Et puis la crainte née de la prise de conscience qu'ils
doivent réfléchir et penser à leur travail tandis que quelqu'un d'autre
qui n'était pas doué de ces facultés aurait pu prendre leur place devait
être extrêmement douloureuse. C'est pourquoi je pense que oui, le chômage
et la crise mondiale de l'époque ont pu jouer un grand rôle dans la
diffusion du mot. »
Voilà, c'est la fin de ce « Tchèque du bout de la langue » un peu spécial
consacré au 85e anniveraire de l'invention du mot robot. Dès la semaine
prochaine, nous nous intéresserons aux autres mots tchèques passés dans
les langues étrangères, et plus précisément au dollar, au pistolet ou
encore à la polka. D'ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se
co nejlíp!, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt -
zatím ahoj!





