Le tchèque du bout de la langue Le petit cochon d’or
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague -Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Il y a deux semaines de cela, nous nous étions quittés en découvrant que la très belle expression tchèque « žít si jako prase v žitě », soit littéralement « vivre comme un cochon dans le seigle », équivalait à ce que l’on connaît en français avec « vivre comme un coq en pâte », c’est-à-dire mener une existence confortable et disposer de tous ses aises, notamment à table. Comme promis, nous allons donc continuer à nous intéresser à cet animal à la symbolique pourtant plutôt négative dans notre culture occidentale qu’est le cochon – prase.
Même si on en entend un peu moins parler ces derniers temps, le cochon est
longtemps resté au cœur de l’actualité un peu partout dans le monde,
en raison, vous le savez, de la grippe dite « porcine » - prasečí
chřipka. Aussi appelée « grippe mexicaine », « grippe nord-américaine », voire même « nouvelle grippe », le virus est finalement devenu « grippe A » (ou H1N1) suite à une recommandation de l’Organisation
mondiale de la santé. Il n’en demeure pas moins que tout le monde ou
presque continue de parler de la grippe porcine, et ce même si le virus
n’a pas été isolé sur les animaux. Mais tant pis pour les cochons…
Après tout, comme nous l’avions noté dans notre émission précédente,
rien de plus logique, puisque dans la plupart des langues, et le tchèque
ne fait pas figure d’exception, les mots « cochon » et « porc »,
s’ils sont employés autrement que pour désigner l’animal, possèdent
une connotation négative. Vous vous en souvenez peut-être encore, les
Tchèques parlent ainsi d’être « gros, gras comme un cochon » - « tlustý jako prase », « saoul comme un cochon » - « opilý jako prase » ou, bien entendu, « sale comme un cochon » - « špinavý jako prase ». En fait, l’usage de la comparaison « comme un cochon » sous-entend
la notion de mesure. Quelqu’un qui est gros ou sale comme un cochon est
donc très gros ou très sale.
Il est intéressant de noter que la langue tchèque a choisi d’appeler
la grippe porcine « prasečí » et non « vepřová », comme elle aurait
pu tout aussi bien pu le faire. En tchèque, en effet, la viande de porc en
général est dite « vepřové maso ». On parle ainsi de « vepřový
kotlet » pour une côtelette de porc, de « vepřová pečeně » pour un
rôti de porc, ou encore de « vepřové ragú » pour un ragoût de porc.
En revanche, on ne parle pas de « vepřová chřipka ». On peut penser
qu’il en est ainsi parce que le mot « vepřový » est réservé pour ce
que les Tchèques aiment ou apprécient le plus du cochon, en
l’occurrence sa viande. Et il n’est peut-être pas neutre dans ce
contexte de souligner que les Tchèques sont de gros consommateurs de
viande en général, et de porc tout particulièrement. Inversement,
l’adjectif « prasečí » est, lui, le plus souvent associé à quelque
chose de sale, impur, voire salace. Voilà donc pourquoi, en tchèque, bien
qu’elle n’ait rien d’obscène, la grippe porcine est appelée « prasečí » et non pas « vepřová ».
Mais si le mot « prase » a donc une connotation nettement plus négative
que le mot « vepř », notons néanmoins que le mot « prase » peut faire
l’objet de diminutions plus positives, comme cela est d’ailleurs
souvent le cas avec de nombreux autres mots en tchèque. Comme en
français, on entend ainsi souvent dire d’un enfant qu’il est un « prasátko », soit un « petit cochon », un mot qui désigne également le
porcelet. Le cochonnet également comme, et il s’agit là d’un emprunt
du français, pour la petite boule en bois de la pétanque, officiellement
le « but », qui s’appelle bien entendu « prasátko ». Et pour les
amateurs de tennis, sachez aussi qu’en tchèque, une balle qui touche la
bande du filet avant de retomber dans la partie du terrain de
l’adversaire se dit familièrement « prase ».
Enfin, terminons avec celui qui est sans doute le plus célèbre des
cochons tchèques : « zlaté prasátko », soit le petit cochon d’or ou
le cochon doré. Celui-ci appartient aux traditions tchèques de Noël
parmi les plus ancestrales. On le sait, la fête de Noël est précédée
d’une période de jeûne, et notamment le jour de la veillée de Noël,
que les Tchèques appellent Štědrý den, soit littéralement « la
journée généreuse », probablement en raison de la distribution des
cadeaux par celui qu’ils appellent « le petit Jésus » - Ježíšek.
Mais pour en revenir à la tradition du petit cochon, celle-ci veut que
ceux qui respectent le jeûne pendant toute la journée précédant la
veillée de Noël, et ce jusqu’à l’apparition de la première étoile
le soir, voient ensuite apparaître le petit cochon d’or - zlaté
prasátko, au plafond ou sur un mur. Ce petit cochon doré est censé
symboliser la chance. Reste que personne ne sait très bien pourquoi
justement un cochon…
C’est donc sur ce mystère que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue », seconde partie de notre petite série consacrée au cochon – prase, et à sa présence dans la langue tchèque et ses expressions. En attendant de vous retrouver pour d’autres recherches et découvertes dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible - mějte se co nelíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !





