Le tchèque du bout de la langue Le pain - chléb, sa symbolique et ses expressions idiomatiques
Salut à tous, les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem,
milovníkům češtiny Radia Praha. Dans ce nouveau numéro du « Tchèque du bout de la langue », nous allons nous intéresser aux expressions
relatives au pain - chléb. Le pain qui, 3800 ans après sa première citation
dans la Bible, reste, en Tchéquie comme dans tous les autres pays
appartenant à la civilisation du blé, un aliment sacré, symbole de la vie,
de la fertilité de la terre et du travail des hommes, un aliment qui,
pendant très longtemps, a également conjuré la terreur des famines.
D'ailleurs, aujourd'hui encore, dans toute famille qui se respecte,
gaspiller du pain demeure un sacrilège. Quel enfant n'a pas entendu ses
grands-parents et ses parents lui expliquer que « jeter du pain, ça ne se
fait pas » ? Homère lui-même, chantre des légendes, divisait les hommes en
deux catégories : les « mangeurs de pain » et les barbares. Eloquente, la
métaphore nous rappelle que manger du pain était la marque de l'homme
civilisé, celui capable de moissonner le blé, de le moudre pour en faire
de la farine et, enfin, de pétrir le pain. Et puis, si les Français
peuvent être fiers de leur célèbre baguette chaude et croustillante qui
les représente partout dans le monde, les Tchèques, eux non plus, ne
manquent jamais, lorsqu'ils se trouvent à l'étranger, de regretter ce
qu'ils appellent leur « bon pain tchèque ».
Comme nous l'avions déjà mentionné lors d'une émission précédente traitant
de la cuisine tchèque, selon la légende relative à la naissance de la
nation tchèque, le patriarche des Tchèques, praotec Čech, guida son
peuple jusqu'à une région dans laquelle la nature offrait en abondance à
l'homme tout ce dont il avait besoin pour vivre. La terre, entre autres,
noire et fertile, rendait possible la culture du blé. Ce blé, les ancêtres
des Tchèques le faisaient alors cuire pour en obtenir des galettes.
Dans la langue tchèque, nombreuses sont les expressions qui nous prouvent
que le pain symbolise la dureté de la vie et le travail de l'homme. Par
exemple, "vydělávat si na chleba" est l'équivalent de
l'expression française très connue "gagner son pain", le mot
"chléb" pouvant également signifier "gagne-pain", un
emploi, une activité qui rapporte de l'argent à l'homme, lui permet de
gagner sa vie. On retiendra aussi les expressions suivantes: "jít za
chlebem" - "chercher son gagne-pain"; "jít za
lepším chlebem » - « chercher un meilleur gagne-pain » ; « přijít o chleba » - « perdre son gagne-pain » ; « připravit
někoho o chleba » - « enlever, ôter, retirer à quelqu'un le pain de
sa bouche », c'est à dire le priver de sa subsistance, ou encore « to je
jeho denní chleba » - « c'est son pain quotidien ». Lorsqu'une personne a
un travail qui n'est pas très fatiguant, on dira d'elle « má lehký chléb », soit littéralement « il (elle) a le pain facile ». L'inverse est
également valable, « má těžký chléb » - « il a le pain difficile », c'est à dire qu'il gagne son pain, sa vie à la sueur de son front,
difficilement. Enfin, si un homme travaille honnêtement,
consciencieusement, on dira « nejí chléb zdarma » - « il ne mange pas de
pain gratuitement ».
Dans un autre sens, nous connaissons tous l'expression qui veut que
l'homme, lorsqu'il est amoureux, peut vivre d'amour et d'eau fraîche.
D'ailleurs, « le pain des pauvres » est une expression familière pour dire « faire l'amour ». Mais lorsqu'un homme est pauvre, et qu'il n'a pas la
chance d'avoir trouvé celle qui comblerait son coeur au point de lui en
faire oublier qu'il a aussi un estomac, on dit parfois de lui « žije
o samém chlebu » ou « žije o suchém chlebu », c'est à dire
qu'il ne vit que de pain, voire, pire encore, uniquement de pain sec. Il
existe encore une autre expression similaire : « žije o chlebu a
o vodě », soit « il ne vit que de pain et d'eau ». Cette dernière, qui
indique un repas fort frugal, n'est pas à confondre avec l'expression
consacrée « mettre quelqu'un au pain sec et à l'eau », qui équivaut à
punir quelqu'un, ou encore avec l'expression « au cachot, au pain sec et à
l'eau ».
Notons encore quelques expressions fort jolies : de celui qu'on appelle
généralement, dans le langage populaire, « un bon gars », les Tchèques
disent parfois « ten by se mohl mazat na chleba », soit littéralement « celui-là pourrait tartiner, beurrer son pain ». Une façon imagée comme une
autre qui ressemble fort à l'expression française « être bon comme du bon
pain ». Et puis, lorsque quelqu'un est mort, les Tchèques disent tout
simplement « přestal chléb jíst » - « il a cessé de manger du pain »,
équivalent de l'expression française « perdre le goût du pain », ce qui,
une nouvelle fois, nous prouve bien que le pain est le symbole de la vie.
D'ailleurs, l'expression slovaque qui veut que « du pain en temps de paix
est meilleur que gâteau en temps de guerre » est là pour nous le confirmer
si besoin en était...
C'est ainsi que prend fin ce « Tchèque du bout de la langue » consacré aux
expressions relatives au pain - chléb. En attendant de vous retrouver la
semaine prochaine, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp!,
portez le soleil en vous - slunce v duši!, salut et à bientôt -
zatím ahoj!





