Le tchèque du bout de la langue La Morava et la Vltava, origines des deux grandes rivières tchèques
Salut à tous, les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Comme vous le savez certainement si vous connaissez un peu la République tchèque et ses deux grandes régions que sont la Bohême et la Moravie, les deux principales rivières qui traversent la Tchéquie sont la Vltava et la Morava. L’occasion, donc, d’une petite étude toponymique et de revenir sur les origines de ces deux appellations géographiques, de ces deux noms de rivière.
Morava
La Moravie - Morava est l'appellation de la deuxième des trois régions,
avec la Bohême - Čechy, et la Silésie - Slezsko, qui composent la
République tchèque. Frontalière à l'Autriche et à la Slovaquie, la
Moravie constitue la partie orientale du pays et est donc traversée par la
rivière Morava, dont le nom est identique en français et en tchèque.
Précisons que deux rivières d'Europe centrale portent le même nom. La
première Morava est l'affluent (rive droite) du Danube et arrose la Serbie
du nord au sud, tandis que la seconde Morava, celle qui nous intéresse,
longue de 360 kilomètres, est également un affluent (rive gauche, cette
fois) du fleuve légendaire. La Morava forme la frontière entre la
Tchéquie et la Slovaquie, puis, plus au sud, entre cette même Slovaquie
et l'Autriche.
Morava, photo: Stepanka BudkovaLe nom de la rivière est l'une des appellations
hydrographiques les plus anciennes en Europe dont la signification
originelle est « eau, marais, marécage ». On retrouve d'ailleurs la
racine du nom, « -mo » dans le mot tchèque « moře » - « la mer »,
mais aussi dans les mots latin « mare » et allemand « Meer ».
La rivière portait son nom avant même l'arrivée des Celtes sur le territoire des pays tchèques probablement au IVe siècle avant J.-C.. Pline l'Ancien, un naturaliste romain du Ier siècle, connu pour son Histoire naturelle, vaste encyclopédie des connaissances de son temps, appelait alors la rivière Maro, tandis que Tacite, un historien latin, lui donna le nom de Marus. Par la suite, dans les régions où l'on parlait le germain, on ajouta le suffixe « -ahwa », qui signifie « eau, rivière », à la racine latine « -mar », ce qui donnait alors Marahwa. Puis, dans les langues slaves, ce suffixe « -ahwa » se transforma progressivement en « -ava », d'où l'appellation finale Morava.
La Vltava (qu’il convient de prononcer en intercalant un « -e » muet entre les deux premières consonnes), plus connue en dehors des frontières de la Tchéquie sous son appellation allemande Moldau, est donc l'autre principale rivière du pays. Longue de 430 kilomètres, elle prend sa source à 1100 mètres d'altitude dans la Šumava, chaîne de montagnes de Bohême du Sud parfois également appelée Forêt de Bohême. La Vltava traverse la Bohême du sud au nord, arrosant notamment les villes de České Budějovice et de Prague, avant de se jeter dans l’Elbe – Labe.
Vltava
Dans les chroniques, la mention la plus ancienne de la rivière remonte à
872, on l'appelait alors Fuldaha, puis, plus tard, en 1113, Wultha. Mais
c'est dans les chroniques de Kosmas datant du début du XIIe siècle que
l'on trouve trace pour la première fois d'une appellation revêtant une
forme tchèque. En 1125, le chroniqueur évoque, en effet, la rivière
Wlitaua. L'hydronyme ou, si vous préférez, le nom d'un lieu ayant trait
à l'eau, tire son origine de l'appellation germaine reconstituée à
partir de la racine « -Wilth » et du suffixe « -ahwa », que nous avons
déjà évoqué pour la Morava. La racine « -Wilth » signifiait donc « fougueux, violent, impétueux, tumultueux », le suffixe « -ahwa »
désignait « l’eau, la rivière », et l'assemblage des deux éléments
Wilthahwa veut donc dire littéralement « rivière tumultueuse ».
Puis
cette appellation germanique évolua avec le vieux tchèque avant de donner
sa forme actuelle Vltava.
Vtava, photo: Stepanka BudkovaCe n'est qu'ensuite que l'appellation allemande
Moldau apparut. Mais celle-ci n'est qu'une transformation, une évolution
du nom tchèque Vltava. La mention écrite la plus ancienne date de 1253,
sous la forme de Moltaua, les deux « -v » du nom tchèque Vltava ayant
subi ce que l'on appelle une dissimilation, c'est à dire une
différenciation de deux phonèmes, deux éléments sonores du langage
articulé, identiques d’un mot.
C’est ainsi que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » consacré aux deux grandes rivières tchèques que sont la Vltava et la Morava. Dès la semaine prochaine, nous nous intéresserons aux appellations des chaînes de montagnes tchèques. D’ici-là, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp!, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj!





